Cuers (Var) : pionnière des îlots de fraîcheur, freinée par les normes pompiers
Lancée en 2022, la démarche VBTE de Cuers réduit de 20°C la température au sol, mais les contraintes d'accès pompiers limitent l'extension du modèle.
Depuis 2022, la commune de Cuers (Var) réaménage ses rues et cours d'école pour lutter contre la chaleur urbaine. La rue Carnot a servi de laboratoire. Un frein persiste les normes d'accès pompiers aux façades bloquent des projets similaires dans des rues non piétonnes.
L’essentiel
- 2022 : lancement de la démarche VBTE (« Ville Basse Température l’Été ») à Cuers, suite à un été particulièrement chaud.
- −20°C : baisse mesurée de la température au sol rue Carnot après remplacement de l’enrobé noir par des revêtements clairs et drainants (Bioklair® végétal).
- 46 000 € HT : coût des travaux de la rue Carnot sur 43 mètres linéaires.
- 300+ participants au 1er salon professionnel VBTE organisé par la mairie le 26 septembre 2024 ; 2e édition le 17 septembre 2025.
- Frein identifié par des experts : les normes d’accès pompiers aux façades bloquent la végétalisation dense dans les rues non piétonnes.
La rue Carnot comme laboratoire
En 2022, la mairie de Cuers a choisi la rue Carnot, en plein centre-ville, comme « rue témoin ». L’enrobé noir a été remplacé par deux types de revêtements : un enrobé pétrolier ocre et un enrobé végétal Bioklair®, tous deux clairs et drainants. Les sols ont été désimperméabilisés. Résultat mesuré : une baisse d’environ 20°C de la température au sol par forte chaleur, selon les données publiées par la plateforme Plus fraîche ma ville.
Le coût : 46 000 € HT pour 43 mètres linéaires. À titre de comparaison, l’enrobé noir standard coûte environ 70 €/tonne ; l’enrobé coloré pétrolier monte à 250 €/tonne, et le Bioklair® végétal à 380 €/tonne. Un surcoût assumé par la collectivité dans le cadre d’une stratégie plus large.
Une démarche globale inscrite dans le PLU
La démarche VBTE ne se limite pas à une rue. Elle comprend un plan pluriannuel d’arborisation : 26 arbres replantés en 2023, une trentaine par an entre 2024 et 2026, sur les axes piétons, dans les parcs et en zone artisanale. Toutes les cours d’école de la commune doivent être désartificialisées et arborées selon le concept de « cour oasis ».
Le maire Bernard Mouttet a déclaré, cité par Plus fraîche ma ville : « Nous nous préparons à nouveau à modifier le Plan Local d’Urbanisme pour préconiser, voire pour imposer de nouvelles manières de construire avec des obligations plus draconiennes en matière d’arborisation, de non-artificialisation des sols dédiés au stationnement ou de choix de traitement des façades. »
Ces objectifs sont désormais intégrés aux révisions du PLU : trame verte, îlots de fraîcheur, façades à fort albédo. La démarche inclut aussi l’isolation des bâtiments publics et la création d’ombrières dans le centre-ville.
Un modèle qui s’exporte… jusqu’à un certain point
Cuers a choisi de partager son expérience. Un premier salon professionnel VBTE a réuni plus de 300 participants le 26 septembre 2024. Une deuxième édition s’est tenue le 17 septembre 2025. D’autres communes s’intéressent au modèle, selon le site officiel de la mairie.
Mais l’extension du concept se heurte à un obstacle récurrent. L’expert en îlots de chaleur urbains Clément Gaillard l’a pointé directement sur X :
La contrainte est technique : dans une rue non piétonne, les normes imposent un gabarit libre pour l’accès des véhicules de secours aux façades des bâtiments. Végétalisation dense, ombrières fixes ou mobilier urbain volumineux peuvent bloquer cet accès. La rue Carnot, bien que non piétonne, a été aménagée sans franchir ces limites - ce qui restreint les possibilités.
Des solutions techniques existent
Des réponses existent pour concilier fraîcheur et sécurité incendie. Clément Gaillard l’a précisé dans un autre message sur X :
Parmi les options documentées : les voies d’accès pompiers végétalisées à revêtement perméable, ou les systèmes de voiles d’ombrage équipés d’un mécanisme de décrochage rapide en cas d’intervention. Ces solutions restent plus coûteuses et nécessitent une validation au cas par cas avec les services départementaux d’incendie et de secours. Le SDIS83, actif dans le Var, n’a pas commenté publiquement les aménagements de Cuers à ce stade.
Contexte dans le Var
Cuers compte environ 13 271 habitants en 2023 selon l’INSEE. La commune se situe dans l’arrière-pays varois, à une trentaine de kilomètres de Toulon. Le Var est l’un des départements français les plus exposés aux canicules répétées et aux incendies de forêt, ce qui rend l’adaptation climatique des centres urbains particulièrement urgente.
La démarche VBTE de Cuers s’inscrit dans un mouvement plus large documenté notamment par La Fabrique de la Cité et le CAUE Var. Selon l’AEF Info, les contraintes normatives - dont celles liées aux pompiers - figurent parmi les principaux freins identifiés dans les projets de ville fraîche à l’échelle nationale. Cuers fait figure d’exception dans le département par l’ampleur et la structuration de sa démarche, et par sa capacité à en faire un outil de diffusion professionnelle.
À l’échelle du Var, peu de communes de taille comparable ont formalisé une stratégie aussi complète d’adaptation thermique urbaine. Le territoire varois multiplie par ailleurs les initiatives locales dans des domaines variés, mais la question du confort thermique en milieu urbain dense reste largement ouverte.
Prochaine étape
Le plan d’arborisation doit se poursuivre à raison d’une trentaine d’arbres par an jusqu’en 2026 au minimum. La révision du PLU intégrant les nouvelles obligations constructives est en cours, sans date d’adoption officielle communiquée à ce stade.
Sources
- Plus fraîche ma ville : Faire baisser la température au sol l'été, l'exemple de Cuers – rue Carnot
- CAUE Var : Faire baisser la température de nos villes l'été, le défi initié par la commune de Cuers
- Mairie de Cuers : Ville Basse Température l'Été – site officiel de Cuers
- WEKA : 2e édition du salon Ville Basse Température l'Été à Cuers – 17 septembre 2025

