Décès de la mère de Deschamps : Stéphan prend les commandes des Bleus face à la Norvège
L'adjoint historique remplace le sélectionneur pour le match de vendredi au Gillette Stadium, touché par le décès de sa mère. Il confie son malaise.
L'équipe de France dispute vendredi 26 juin face à la Norvège son troisième match de Coupe du monde sans Didier Deschamps, parti en France après le décès de sa mère. Guy Stéphan, son adjoint, prend les rênes dans une atmosphère lourde.
L’essentiel
- Fait 1 : Didier Deschamps a quitté le camp de base américain le 24 juin après le décès de sa mère Ginette, survenu le 23.
- Fait 2 : Guy Stéphan, adjoint des Bleus depuis 2012, dirige l’équipe pour le match du 26 juin contre la Norvège.
- Fait 3 : La France, déjà qualifiée pour les huitièmes, doit obtenir au moins le nul pour finir première du groupe D.
- Fait 4 : William Saliba et Marcus Thuram sont absents, respectivement ménagé et touché au mollet.
- Fait 5 : Guy Stéphan avait déjà remplacé Deschamps en juin 2022 après le décès de son père.
Un adieu brutal en pleine Coupe du monde
Le camp de base des Bleus à l’université de Bentley, dans le Massachusetts, a basculé dans une tout autre atmosphère cette semaine. Mardi 23 juin, au lendemain de la victoire 3-0 contre l’Irak qui assurait la qualification pour les huitièmes de finale, Didier Deschamps a appris le décès de sa mère, Ginette. La nouvelle a frappé le groupe comme un coup de massue. Le sélectionneur a immédiatement regagné la France pour assister aux obsèques, laissant son adjoint historique Guy Stéphan aux commandes pour le dernier match de poule face à la Norvège, vendredi 26 juin au Gillette Stadium.
Une minute de silence a été observée mercredi 24 juin en hommage à Ginette Deschamps. Le capitaine Kylian Mbappé a pris la parole au nom du groupe pour adresser ses condoléances au sélectionneur et réaffirmer le soutien collectif, selon les informations de RDS. « On a tous une pensée pour lui, pour sa famille. On veut gagner ce match pour lui », auraient confié des cadres du vestiaire.
« J’ai l’impression de ne pas être à ma place » : les mots crus de Stéphan
En conférence de presse, Guy Stéphan n’a pas caché son trouble. Le Breton de 69 ans, qui a accompagné Deschamps depuis la prise de fonction de ce dernier en 2012, a qualifié la situation de « cruelle ».
« J’ai l’impression de ne pas être à ma place. Je ne devrais pas être là, a confié Stéphan, cité par ActuFoot. Le chef n’est pas là, je vais le remplacer ponctuellement. » Un aveu de vulnérabilité rare chez l’homme de l’ombre, habituellement discret. Il a ajouté : « On s’efforce de mettre la meilleure équipe possible demain. Mais le contexte est pesant. »
Stéphan n’avait jamais dirigé les Bleus en match officiel. Sa seule expérience à la tête du groupe remonte à un match amical face au Danemark en juin 2022, alors que Deschamps avait également dû s’absenter pour le décès de son père, Pierre. Ce soir-là, les Bleus ont fait match nul 1-1 face à la Pologne.
Un match à enjeu pour la tête du groupe
Sportivement, la France aborde ce choc face à la Norvège en position de force. Deux victoires en deux matches (3-1 contre le Sénégal, 3-0 contre l’Irak) lui assurent déjà une place en huitièmes. Mais la première place du groupe I n’est pas encore mathématiquement acquise. Un nul suffirait pour conserver le leadership, une défaite combinée à une victoire du Sénégal sur l’Irak pourrait la faire glisser à la deuxième place, synonyme de tableau théoriquement plus relevé.
La Norvège, de son côté, a montré un visage séduisant : large victoire contre l’Irak (4-1) et succès 3-2 sur le Sénégal. Les Scandinaves, emmenés par Erling Haaland, jouent leur place en huitièmes et n’ont donc rien à perdre. « Ce sera un match intense, prévient Stéphan. La Norvège a des individualités fortes, mais nous avons les armes pour les contrer. »
Pour ce rendez-vous, le staff technique a décidé de ménager William Saliba, victime d’une gêne musculaire, et Marcus Thuram, qui souffre d’une douleur au mollet. Leur absence ouvre la voie à des rotations, alors que les Bleus doivent gérer l’effort et l’émotion.
Contexte dans le football français
Ce drame rappelle que l’équipe de France, souvent habituée aux tumultes extra-sportifs, sait aussi puiser dans l’épreuve une force collective. En 1998, Aimé Jacquet avait perdu son père durant la Coupe du monde et les Bleus avaient soulevé le trophée. En 2018, le groupe Deschamps avait été marqué par l’accident vasculaire cérébral de Laurent Blanc en quart de finale. « On a déjà vécu des moments difficiles ensemble, mais jamais à ce niveau d’intimité », glisse un membre de l’encadrement. La Fédération française de football a apporté tout son soutien à la famille Deschamps et rappelé que le sélectionneur reste en contact permanent avec Stéphan pour préparer la suite.
À l’échelle du football hexagonal, ce coup du sort relance le débat sur la gestion des ressources humaines en équipe nationale. Le précédent de 2022 (décès du père) avait montré la capacité de Stéphan à assurer l’intérim sans faillir. Cette fois, l’enjeu est encore plus grand : la Coupe du monde bat son plein, et les Bleus sont parmi les favoris.
Un précédent, une histoire
Guy Stéphan connaît bien l’exercice de la suppléance. En juin 2022, il avait dirigé les Bleus face au Danemark en Ligue des nations, après le décès du père de Deschamps. « Ce n’était pas la même pression, avait-il déclaré après la défaite. Mais l’expérience m’a servi. » Depuis, il est resté dans l’ombre, considéré comme le lieutenant fidèle, homme de terrain et de vestiaire. Son parcours, de Ploumilliau (Côtes-d’Armor) aux sommets du football mondial, force le respect.
La question de la succession est taboue, mais cette situation remet sur le tapis le nom de Stéphan comme possible successeur le jour où Deschamps passera la main. « Je ne suis que de passage », répète-t-il. En attendant, il doit coacher le match le plus important depuis son arrivée dans le staff.
La réaction du groupe
Mercredi, à l’université de Bentley, les Bleus ont observé une minute de silence avant l’entraînement. Kylian Mbappé, capitaine, a pris la parole pour dire quelques mots. « C’est un moment difficile, mais on est soudés. On pense à Didier et à sa famille », a-t-il déclaré, selon des témoins. Antoine Griezmann, très proche de Deschamps, a confié son émotion. « On va tout donner pour lui. Il nous a tout donné. »
Le groupe semble déterminé à ne pas laisser le chagrin parasiter la préparation. « Le foot est parfois cruel, mais il peut aussi être un exutoire », a résumé un joueur sous couvert d’anonymat. Sur le terrain, les automatismes restent les mêmes, mais l’absence du patron se fait sentir.
Prochaine étape : le retour de Deschamps
Didier Deschamps devrait rejoindre la délégation française dans la nuit de vendredi à samedi ou dans la journée de samedi 27 juin, selon des sources proches de la FFF. Le temps de participer aux obsèques en France et de prendre un vol pour les États-Unis. À son retour, il retrouvera une équipe qui aura disputé la dernière rencontre de poule, et surtout, une équipe qui espère lui offrir une qualification en tête pour adoucir l’épreuve.
En attendant, Guy Stéphan a une mission claire : diriger les Bleus face à la Norvège, sans trahir la confiance de son mentor. « Je ne suis pas le chef, mais je dois faire le job », a-t-il résumé, sobrement.
Alors que le match se prépare, d’autres drames secouent l’Hexagone : dans les Yvelines, 27 000 foyers sont toujours privés d’électricité, tandis que dans la Manche, l’arrêté encadrant les moissons a été prolongé face aux risques d’incendie. Autant de réalités qui rappellent que le football, même en Coupe du monde, n’échappe pas à la vie.