Deux morts lors d’opérations ICE en une semaine aux États-Unis
Lorenzo Salgado Araujo et Joan Sebastián Durán Guerrero ont été abattus par des agents fédéraux lors de contrôles routiers au Texas et dans le Maine. Aucun n'était visé par les mandats initiaux.
En l'espace de six jours, deux hommes ont été tués par balles lors d'opérations de l'agence américaine d'immigration ICE. Le 7 juillet à Houston, puis le 13 juillet dans le Maine, ces drames ont déclenché une suspension partielle des contrôles routiers et une demande d'enquête de près de 200 élus du Congrès.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Lorenzo Salgado Araujo, 52 ans, a été tué le 7 juillet 2026 à Houston et Joan Sebastián Durán Guerrero, 26 ans, le 13 juillet à Biddeford (Maine).
- Aucun des deux hommes n'était visé par les mandats d'arrêt exécutés par l'ICE lors des contrôles routiers.
- L'ICE a suspendu la majorité de ses contrôles routiers non urgents à la suite de ces drames.
- Près de 200 membres du Congrès réclament des enquêtes indépendantes et la protection des témoins contre l'expulsion.
- Au moins 29 tirs par des agents d'immigration depuis janvier 2025, dont 8 mortels.
Le 7 juillet 2026, Lorenzo Salgado Araujo, Mexicain de 52 ans résidant aux États-Unis depuis 35 ans, a été tué par balle par un agent de l’ICE lors d’un contrôle routier à Houston, au Texas. Six jours plus tard, le 13 juillet, Joan Sebastián Durán Guerrero, Colombien de 26 ans, a été abattu dans des circonstances similaires à Biddeford, dans le Maine, sous les yeux de sa famille. Selon les autorités, aucun des deux hommes n’était la cible des mandats d’arrêt que les agents de l’Immigration and Customs Enforcement exécutaient ce jour-là.
Ces deux décès successifs portent à au moins dix le nombre de tirs mortels par des agents de l’ICE depuis le début du second mandat du président Donald Trump, selon un décompte du Guardian publié le 9 juillet. Au total, les agents fédéraux d’immigration ont ouvert le feu à au moins 29 reprises depuis janvier 2025, dont huit tirs mortels, rapporte la chaîne WBAL-TV.
Ce qui s’est passé à Houston et dans le Maine
À Houston, Lorenzo Salgado Araujo circulait à bord d’un véhicule lorsque des agents de l’ICE l’ont intercepté dans le cadre d’une opération visant un autre individu. Les circonstances exactes de l’usage de la force létale n’ont pas été détaillées par l’agence, mais le procureur du comté de Harris, Sean Teare, a ouvert une enquête. Pour garantir la coopération de témoins clés, le procureur a certifié trois demandes de visa U, un statut temporaire qui protège de l’expulsion les victimes ou témoins de crimes graves, rapporte le Houston Chronicle.
Dans le Maine, Joan Sebastián Durán Guerrero se trouvait dans un véhicule avec des membres de sa famille lorsque des agents de l’ICE les ont arrêtés à Biddeford, une ville côtière de 22 000 habitants. Le jeune homme, arrivé récemment de Colombie, a été abattu devant ses proches. La gouverneure démocrate Janet Mills s’est rendue sur place mercredi 16 juillet pour rencontrer les élus locaux et la famille de la victime, selon la chaîne locale CW39.
Dans les deux cas, les agents de l’ICE impliqués ne portaient pas de caméras corporelles, une pratique pourtant recommandée par les organisations de défense des droits civiques pour documenter l’usage de la force, souligne The Hill.
Suspension partielle des contrôles routiers
Face à l’indignation provoquée par ces deux décès rapprochés, le Department of Homeland Security a annoncé le 14 juillet la suspension temporaire de la majorité des contrôles routiers non urgents menés par l’ICE. Cette décision intervient alors que des manifestations ont éclaté à Houston, New York et Boston pour dénoncer l’usage disproportionné de la force par les agents fédéraux, selon CNN.
La mesure vise à apaiser les tensions tout en permettant une révision des protocoles opérationnels. Toutefois, les opérations jugées prioritaires par l’agence, notamment celles visant des individus considérés comme dangereux, se poursuivent. L’ICE n’a pas précisé la durée de cette suspension ni les critères qui déterminent le caractère urgent d’une intervention.
Appel du Congrès à des enquêtes indépendantes
Près de 200 membres du Congrès, majoritairement démocrates, ont signé une lettre adressée au secrétaire à la Sécurité intérieure exigeant des enquêtes indépendantes sur ces deux décès. Le texte, porté par la représentante Pramila Jayapal, demande également l’arrêt immédiat des procédures d’expulsion contre les témoins des fusillades afin qu’ils puissent coopérer avec les enquêteurs sans crainte de représailles.
Le sénateur indépendant du Maine Angus King a confirmé dans un communiqué que ni Lorenzo Salgado Araujo ni Joan Sebastián Durán Guerrero n’étaient les cibles des mandats exécutés par l’ICE au moment de leur mort. Cette révélation a renforcé les critiques contre les méthodes employées par l’agence, accusée de recourir trop facilement à la force létale lors d’interpellations de routine.
Contexte aux États-Unis : une politique d’immigration durcie
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, l’ICE a intensifié ses opérations d’arrestation et d’expulsion d’immigrés en situation irrégulière. Le nombre d’interpellations a augmenté de 40 % par rapport à la même période en 2024, selon les données du Department of Homeland Security. Cette politique s’inscrit dans la promesse électorale du président de mener « la plus grande opération d’expulsion de l’histoire américaine ».
Les contrôles routiers, devenus un outil privilégié de l’ICE, suscitent une vive opposition. Les organisations de défense des droits civiques dénoncent des pratiques qui, selon elles, s’apparentent à du profilage racial et créent un climat de peur au sein des communautés immigrées. Les cas de Lorenzo Salgado Araujo, qui vivait aux États-Unis depuis trois décennies et demi, et de Joan Sebastián Durán Guerrero, récemment arrivé, illustrent la diversité des profils touchés par ces opérations.
Au Texas, le gouverneur républicain Greg Abbott a défendu l’action des agents fédéraux lors d’un point presse mercredi, selon CW39 Houston. Il a appelé à attendre les conclusions des enquêtes avant de porter un jugement sur l’usage de la force, tout en réaffirmant son soutien à une application stricte de la législation sur l’immigration.
Réaction diplomatique de la Colombie
Le président colombien Gustavo Petro a qualifié publiquement la mort de Joan Sebastián Durán Guerrero d' »assassinat » commis par le gouvernement américain. Dans une déclaration sur X, le chef d’État de gauche a exigé que les responsables soient traduits en justice et a dénoncé ce qu’il considère comme une « violation systématique des droits humains » des ressortissants latino-américains aux États-Unis.
Cette prise de position marque une nouvelle détérioration des relations entre Bogota et Washington. Les autorités colombiennes ont demandé un accès consulaire immédiat à la famille de la victime et ont annoncé qu’elles suivraient de près les enquêtes en cours. Le ministère colombien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur américain pour obtenir des explications sur les circonstances du drame.
Mobilisation associative et communautaire
Des veillées en mémoire des deux victimes ont réuni plusieurs centaines de personnes à Houston et à Biddeford dans les jours qui ont suivi les fusillades. À Houston, des associations de défense des droits des immigrés ont organisé une marche silencieuse devant les bureaux locaux de l’ICE. Dans le Maine, la communauté latino-américaine de Biddeford, qui représente environ 8 % de la population locale selon les données du recensement, s’est rassemblée devant l’hôtel de ville pour exiger justice.
Le Portland Press Herald rapporte que ces événements ont créé un climat d’anxiété au sein des familles immigrées, nombreuses à redouter les contrôles routiers. Plusieurs organisations ont lancé des campagnes d’information pour rappeler aux résidents leurs droits face aux agents fédéraux, notamment le droit de refuser de répondre aux questions sans la présence d’un avocat.
Prochaines étapes judiciaires
Les enquêtes sur les deux fusillades sont menées par les procureurs locaux, en coopération avec le FBI dans le cas du Maine. Le procureur du comté de Harris, au Texas, a annoncé qu’il présenterait ses conclusions préliminaires à un grand jury d’ici la fin du mois de juillet. Les noms des agents impliqués n’ont pas été rendus publics à ce stade.
Les familles des victimes ont annoncé leur intention de porter plainte au civil contre l’ICE et le Department of Homeland Security pour usage excessif de la force et négligence. Leurs avocats réclament également la publication des enregistrements radio et des rapports d’intervention, que l’agence fédérale n’a pas encore communiqués.
