Doubs : la rivière totalement à sec près de Pontarlier, le département en alerte

Une sécheresse exceptionnelle frappe le Haut-Doubs. La rivière a disparu sur plusieurs kilomètres. Deux communes dépendent de camions-citernes pour l'eau potable.

Doubs : la rivière totalement à sec près de Pontarlier, le département en alerte
Illustration Maxime Joly / info.fr

La rivière Doubs s'est entièrement asséchée sur plusieurs kilomètres près de la frontière franco-suisse, un phénomène aggravé par le déficit pluviométrique de -55 % enregistré en juin. Le préfet a placé l'ensemble du département en alerte renforcée le 3 juillet. Deux communes sont ravitaillées d'urgence par camions-citernes.

L’essentiel

  • Déficit pluviométrique : -55 % de précipitations en juin 2026 selon Météo-France
  • Alerte préfectorale : l’ensemble du département du Doubs placé en alerte renforcée sécheresse le 3 juillet 2026
  • Ravitaillement d’urgence : deux communes approvisionnées par camions-citernes de 30 m³ à 300 € l’unité
  • Impact agricole : production laitière chutée de 25 à 18-19 litres par vache et jour

Le lit de la rivière Doubs ressemble à un désert lunaire. Sur plusieurs kilomètres, entre Arçon et la frontière suisse, le cours d’eau a entièrement disparu. Les galets affleurent, la végétation sèche sur pied. Un phénomène aggravé par la nature karstique du sol, qui favorise l’infiltration rapide des eaux de surface.

Fabien Henriet, maire d’Arçon, une commune de 1 000 habitants en aval de Pontarlier, constate l’ampleur du désastre. « Le lit devient totalement désertique », rapporte-t-il à l’AFP. Les berges qui accueillaient autrefois baigneurs et pêcheurs sont aujourd’hui inaccessibles.

Un déficit de pluie historique

Météo-France a mesuré un déficit pluviométrique de -55 % en juin par rapport à la normale régionale. Ce manque d’eau persiste durant le mois de juillet, accentuant la crise. La préfecture du Doubs a réagi en plaçant l’ensemble du département en niveau d’alerte renforcée par arrêté préfectoral du 3 juillet 2026.

Cette sécheresse précoce et intense touche particulièrement le Haut-Doubs, secteur de moyenne montagne où l’agriculture et la sylviculture constituent l’essentiel de l’économie locale. La situation rappelle celle observée dans d’autres départements cet été, comme en Lozère où la Colagne subit également des restrictions durcies.

Deux communes ravitaillées d’urgence

Anthony Mérique, vice-président de la communauté de communes chargé de l’eau, coordonne les opérations d’approvisionnement. Cinq villages doivent déjà être ravitaillés en eau potable par camions-citernes de 30 mètres cubes, facturés 300 euros l’unité. Un coût qui pèse sur les budgets municipaux.

À Maisons-du-Bois-Lièvremont, le cantonnier Olivier Masson surveille les compteurs et les réservoirs jour et nuit. Il doit garantir l’approvisionnement des foyers tout en évitant l’arrêt d’activité de la fromagerie locale, un pilier économique du village. « On surveille en continu pour éviter la rupture », confie-t-il à l’AFP.

Les restrictions d’usage de l’eau s’appliquent à l’ensemble du département, à l’image des mesures prises dans 30 communes des Alpes-Maritimes confrontées au même phénomène.

Les éleveurs laitiers en première ligne

Patrice Glasson, producteur laitier du secteur, voit sa production quotidienne s’effondrer. Chaque vache ne produit plus que 18 à 19 litres de lait par jour, contre 25 litres en temps normal. La canicule et le manque d’herbe fraîche expliquent cette chute.

« On entame déjà nos stocks de fourrage prévus pour l’hiver », explique-t-il. Cette situation met en péril l’équilibre économique des exploitations. Les éleveurs redoutent de manquer d’aliments pour leurs bêtes durant la saison froide si la sécheresse se prolonge.

Les prairies du Haut-Doubs, habituellement vertes même en été grâce à l’altitude, ont jauni. Les cours d’eau qui alimentaient les abreuvoirs se sont taris. Les agriculteurs multiplient les allers-retours avec des citernes pour abreuver les troupeaux.

Menace sur les revenus forestiers

Les communes du secteur tirent une part importante de leurs revenus de l’exploitation forestière. La sécheresse favorise la pullulation de scolytes, des insectes ravageurs qui s’attaquent aux épicéas affaiblis par le manque d’eau. Ces coléoptères percent l’écorce et détruisent les arbres en quelques semaines.

Les élus craignent une baisse significative de leurs recettes sylvicoles. Le bois attaqué perd de sa valeur commerciale. Les forestiers doivent abattre rapidement les arbres touchés avant que l’infestation ne se propage, saturant le marché et faisant chuter les prix.

Cette problématique s’inscrit dans un contexte national de vigilance accrue face aux risques d’incendies. Dans le département voisin de Haute-Saône, les feux d’artifice ont été interdits jusqu’au 19 juillet pour limiter les départs de feu.

Contexte dans le Doubs

Le département du Doubs compte 539 000 habitants selon l’INSEE. Le Haut-Doubs, secteur de moyenne montagne culminant à plus de 1 000 mètres d’altitude, concentre une économie agricole tournée vers l’élevage laitier et la production fromagère, notamment le comté. La rivière Doubs, longue de 453 kilomètres, prend sa source dans le massif du Jura avant de rejoindre la Saône.

Le caractère karstique du plateau accentue la vulnérabilité du territoire face à la sécheresse. Les eaux de surface s’infiltrent rapidement dans le sous-sol calcaire fissuré, laissant les lits des cours d’eau à sec lors des périodes de faible pluviométrie. Ce phénomène, habituel en automne, survient exceptionnellement dès le début de l’été cette année.

La préfecture du Doubs suit de près l’évolution de la situation hydrologique. Les services de l’État coordonnent les mesures de restriction et l’approvisionnement d’urgence. Les élus locaux réclament un plan de résilience à long terme face à la multiplication des épisodes de sécheresse.

Un territoire fragilisé

Au-delà de l’urgence immédiate, la disparition de la rivière pose la question de l’avenir du territoire. Les habitants du Haut-Doubs, habitués à la présence permanente du cours d’eau, découvrent un paysage méconnaissable. « On se baignait dans le Doubs, nos enfants ne pourront pas le faire », témoigne une riveraine sur les réseaux sociaux.

Les activités touristiques liées à la rivière sont à l’arrêt. Les bases de canoë-kayak ont fermé. Les campings riverains voient leurs réservations annulées. L’impact économique de la sécheresse dépasse le seul secteur agricole.

Les scientifiques rappellent que le réchauffement climatique accentue la fréquence et l’intensité des épisodes de sécheresse dans le massif jurassien. Les modèles prévoient une augmentation des températures estivales et une diminution des précipitations sur le long terme.

La situation du Doubs illustre la fragilité des territoires de moyenne montagne face au dérèglement climatique. L’adaptation des pratiques agricoles, la gestion économe de la ressource en eau et la préservation des milieux naturels s’imposent comme des priorités pour les années à venir. Les prochaines semaines diront si les orages annoncés par Météo-France apporteront un répit ou si la crise s’inscrira dans la durée.

Maxime
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Sources

Maxime Joly

Maxime Joly

Maxime est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Doubs (25), avec Besançon pour chef-lieu. Spécialité du département : horlogerie/microtechniques et frontière suisse (40 000 frontaliers). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Bourgogne-Franche-Comté.

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