Drôme : la justice suspend le supercalculateur IA de Sesterce à Alixan
Le tribunal administratif de Grenoble bloque le méga data center d'intelligence artificielle faute d'étude d'impact environnemental complète
Le 10 juillet, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu en référé le permis de construire du data center d'IA porté par Sesterce à Alixan. Le juge a pointé l'absence d'étude d'impact sur les enjeux énergétiques. Le projet représente 1,5 milliard d'euros d'investissement.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le tribunal administratif de Grenoble a suspendu le 10 juillet 2026 le permis de construire du data center d'IA à Alixan
- Le projet porté par Sesterce représente un investissement de 1,5 milliard d'euros et la création de 800 emplois
- Le juge a pointé l'absence d'étude d'impact environnemental sur les enjeux énergétiques (560 GWh par an)
- Le supercalculateur devait être équipé de 40 000 GPU avec une puissance de 40 MW
- Sesterce a déposé un recours devant le Conseil d'État pour contester la suspension
Le méga projet de supercalculateur d’intelligence artificielle prévu à Alixan, sur le parc de Rovaltain, est à l’arrêt. Le tribunal administratif de Grenoble a suspendu le 10 juillet 2026 le permis de construire délivré en décembre 2025 par la mairie. La décision fait suite au recours en référé déposé par le collectif « Assez Datacenters Rovaltain », qui regroupe riverains et Amis de la Terre Drôme.
Absence d’étude d’impact environnemental
Le juge a motivé sa décision par l’absence d’une étude d’impact environnemental complète, selon le tribunal administratif de Grenoble. Les enjeux énergétiques du site, considérés comme importants, nécessitaient une analyse approfondie avant toute autorisation. Le collectif d’opposants dénonce une consommation annuelle projetée de 560 GWh, un volume qui menacerait la capacité énergétique du territoire.
Le permis de construire avait été délivré le 18 décembre 2025 par le maire d’Alixan. Il autorisait l’implantation d’un data center destiné à abriter un supercalculateur doté de 40 000 GPU, avec une puissance de fonctionnement de 40 MW. Sesterce, la start-up marseillaise porteuse du projet, n’a pas fourni les garanties environnementales exigées par la réglementation.
Un investissement de 1,5 milliard d’euros bloqué
Le projet représente un investissement total estimé jusqu’à 1,8 milliard d’euros, selon Sesterce. L’infrastructure devait accueillir le plus grand supercalculateur de France. Anthony Tchakerian, cofondateur de l’entreprise, promettait la création de 800 emplois sur le site de Rovaltain. Il mettait en avant un système de refroidissement liquide présenté comme vertueux pour limiter l’impact environnemental.
L’ambition de Sesterce était de positionner Alixan comme un pôle européen de l’intelligence artificielle. Le supercalculateur devait offrir une capacité de calcul massive pour des applications d’IA, de recherche scientifique et d’analyse de données. Ce blocage juridique remet en question le calendrier du projet et sa viabilité financière à court terme.
La mobilisation des opposants
Le collectif « Assez Datacenters Rovaltain » a porté l’action en justice. Les riverains et les Amis de la Terre Drôme contestaient le projet depuis son annonce. Ils pointent les risques liés à la consommation énergétique massive et aux besoins de raccordement électrique. La suspension en référé leur donne raison sur la procédure administrative suivie par la commune.
Cette mobilisation locale illustre les tensions croissantes autour de l’implantation de data centers sur le territoire français. Les projets d’IA et de calcul haute performance suscitent des inquiétudes sur leur bilan carbone et leur impact sur les réseaux électriques locaux. Le cas d’Alixan pourrait faire jurisprudence pour d’autres dossiers similaires.
Contexte dans la Drôme
Alixan compte environ 2 700 habitants et se situe à une dizaine de kilomètres au nord-est de Valence. La commune accueille le parc d’activités de Rovaltain, une zone économique de dimension régionale qui s’étend aussi sur les communes voisines. Ce parc regroupe des entreprises des secteurs agroalimentaire, chimie verte et numérique.
Le département de la Drôme a développé ces dernières années une filière numérique portée par des acteurs de la transition énergétique et de l’innovation technologique. L’implantation de Sesterce s’inscrivait dans cette dynamique, mais elle se heurte aux préoccupations environnementales qui traversent le territoire. La Drôme a vu émerger plusieurs collectifs de citoyens vigilants sur les projets à fort impact écologique.
Recours de Sesterce devant le Conseil d’État
Sesterce a réagi à cette suspension en déposant un recours devant le Conseil d’État, selon le site spécialisé DCmag. L’entreprise conteste la décision du tribunal administratif et demande la levée de la suspension. Elle argue que le projet répond aux besoins stratégiques de la France en matière de souveraineté numérique et d’intelligence artificielle.
Le dossier pourrait prendre plusieurs mois avant qu’une décision définitive ne soit rendue. Entre-temps, les travaux restent suspendus et l’avenir du supercalculateur demeure incertain. La filière IA française observe ce dossier avec attention : un blocage prolongé pourrait freiner d’autres projets d’infrastructures de calcul intensif.
Impact sur l’écosystème numérique régional
Le blocage du projet Sesterce a des répercussions sur l’écosystème numérique de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Plusieurs acteurs économiques attendaient le déploiement de cette infrastructure pour développer des applications d’IA locales. Les 800 emplois promis ne verront pas le jour à court terme, ce qui affecte les perspectives d’emploi sur le bassin de Valence.
La suspension interroge aussi sur la compatibilité entre les ambitions de la France en matière d’IA et les exigences environnementales locales. Le gouvernement a fixé des objectifs de développement de l’intelligence artificielle pour rester compétitif face aux États-Unis et à la Chine. Mais ces projets doivent désormais intégrer dès l’amont les contraintes énergétiques et climatiques.
L’issue de ce contentieux déterminera la trajectoire des futurs data centers en France. Une décision favorable à Sesterce pourrait relancer le projet avec des ajustements environnementaux. Un maintien de la suspension remettrait en cause la viabilité du dossier et orienterait l’entreprise vers d’autres sites.