ENS Rennes épinglée pour sexisme et rituels archaïques par une enquête de 2022
Une enquête administrative confidentielle révélée par Mediapart dénonce fessées rituelles et chansons sexistes au sein de la grande école bretonne
Mediapart révèle ce 15 mai 2026 une enquête administrative confidentielle menée en 2022 à l'École normale supérieure de Rennes. Le rapport qualifie de « délétères » et « d'un autre âge » des pratiques lors d'événements étudiants, incluant fessées rituelles et chansons aux contenus jugés « pédophiles ». Deux enseignants-chercheurs restent sous le coup d'une procédure disciplinaire.
Mediapart révèle ce 15 mai 2026 une enquête administrative confidentielle menée en 2022 à l’École normale supérieure de Rennes. Le rapport qualifie de « délétères » et « d’un autre âge » des pratiques lors d’événements étudiants, incluant fessées rituelles et chansons aux contenus jugés « pédophiles ». Deux enseignants-chercheurs restent sous le coup d’une procédure disciplinaire.
L’essentiel
- 2022 : une enquête administrative interne à l’ENS Rennes documente des pratiques sexistes lors d’événements étudiants, incluant fessées rituelles et chansons à caractère jugé « pédophile ».
- 15 mai 2026 : Mediapart rend publics les conclusions de ce rapport confidentiel, qualifié d’« accablant ».
- 2 enseignants-chercheurs de l’ENS Rennes sont toujours visés par une enquête disciplinaire en cours, selon Mediapart.
- Environ 600 élèves fréquentent l’établissement, grande école publique implantée sur le campus de Ker Lann depuis 1994.
- ENS Lyon, 2021 : 27 situations de violences sexuelles et sexistes recensées depuis 2017, précédent documenté de négligence institutionnelle comparable.
Ce que révèle le rapport de 2022
L’enquête administrative, menée en interne par l’ENS Rennes en 2022 et restée confidentielle jusqu’à sa révélation par Mediapart, décrit des rituels lors d’événements étudiants comprenant des fessées et des chansons dont les paroles ont été qualifiées de « pédophiles » par les enquêteurs. Le rapport conclut à des pratiques « délétères » et « d’un autre âge », selon Mediapart.
Ces faits se seraient déroulés dans le cadre d’événements liés à la vie associative ou aux traditions de l’école. L’enquête ne précise pas, dans ce qui a été rendu public, sur quelle période les pratiques ont eu lieu ni combien d’étudiants ont été directement impliqués ou touchés.
La publication intervient cinq ans après la vague #MeToo, dans un contexte où la pression sur les établissements d’enseignement supérieur pour traiter ce type de faits s’est fortement accrue.
Deux enseignants-chercheurs sous enquête disciplinaire
Selon Mediapart, deux enseignants-chercheurs de l’établissement sont toujours visés par une procédure disciplinaire en lien avec les allégations documentées dans le rapport de 2022. L’état d’avancement de cette procédure n’a pas été précisé par la direction dans les éléments portés à la connaissance du média.
La direction de l’ENS Rennes, toujours selon Mediapart, affirme avoir engagé une « révision en profondeur » des pratiques à la suite de l’enquête interne. L’établissement indique par ailleurs mener une politique de prévention du sexisme et du harcèlement sexuel en partenariat avec l’Université de Rennes, incluant des formations et des procédures renforcées depuis 2022, selon les informations publiées sur son propre site.
Aucune date ni étape précise liée à la conclusion de la procédure disciplinaire n’a été communiquée à ce stade.
Contexte dans l’Ille-et-Vilaine
L’ENS Rennes est implantée sur le campus de Ker Lann, à Bruz, en périphérie sud de Rennes. Créée en 1994 comme antenne bretonne de l’ENS Cachan, elle forme environ 600 élèves destinés aux hauts cadres scientifiques de la fonction publique. C’est l’un des rares établissements de ce rang hors Île-de-France.
Dans un département où l’enseignement supérieur occupe une place centrale - Rennes est l’une des premières villes étudiantes de France par rapport à sa population - , l’affaire prend un poids particulier. Elle touche une institution publique nationale dont le rayonnement dépasse le seul territoire breton.
La question du sexisme dans les grandes écoles et les établissements d’enseignement supérieur fait l’objet d’une attention croissante en Bretagne, portée notamment par les instances de l’Université de Rennes et les associations étudiantes locales, sans que des données spécifiques au département n’aient été rendues publiques à ce jour.
Un précédent à l’ENS de Lyon
L’affaire rennaise n’est pas isolée dans le paysage des ENS françaises. À Lyon, une enquête interne menée en 2021 avait recensé 27 situations de violences sexuelles et sexistes remontant à 2017. France Info avait rapporté les propos d’un représentant étudiant selon lequel « l’ampleur était connue et rien n’a été fait pendant de nombreuses années ». Mediacités avait également documenté la lenteur de la prise de conscience institutionnelle.
Ces deux cas illustrent une difficulté structurelle commune : des pratiques documentées en interne, des rapports qui restent confidentiels, et des procédures disciplinaires dont le calendrier s’étire. Au niveau national, un baromètre 2023 des violences sexistes dans l’enseignement supérieur recensait 12 types de violences, avec une intensification à l’adolescence - 15 % des filles au collège déclaraient subir des violences sexuelles, contre 12 % des garçons.
Les traditions estudiantines dans les ENS ont une histoire longue, documentée jusqu’aux rituels inspirés des fêtes antiques et des pratiques corporatistes héritées du XIXe siècle. Mais plusieurs établissements ont engagé, depuis #MeToo, une révision formelle de ces pratiques pour en écarter les dérives. À Rennes, ce travail de révision était engagé depuis 2022 - en interne, et sans publicité.
Réaction et diffusion
L’article de Mediapart, publié le 15 mai 2026, a circulé rapidement sur X dès les premières heures suivant sa mise en ligne, relayé notamment par des journalistes et des observateurs du monde éducatif. Cette diffusion rapide signale un intérêt qui dépasse le seul lectorat breton.
La question du traitement institutionnel des violences de genre dans les établissements publics alimente un débat national récurrent. Les grandes écoles, longtemps perçues comme des environnements hermétiques, sont désormais soumises à une pression accrue pour rendre publics leurs dispositifs de signalement et leurs résultats.
Le maire de Gy avait récemment interpellé l’Arcom sur le traitement médiatique de faits graves, illustrant une exigence croissante de transparence et de responsabilité, y compris de la part des institutions elles-mêmes.
Prochaines étapes
La procédure disciplinaire visant les deux enseignants-chercheurs est toujours en cours. L’ENS Rennes n’a pas précisé de calendrier pour sa conclusion. Mediapart n’a pas indiqué si d’autres témoignages ou pièces du rapport confidentiel seraient publiés.
Sources
- Mediapart : Sexisme, fessées et chansons « pédophiles » : l'ENS Rennes épinglée pour des « pratiques d'un autre âge »
- France Info : Violences sexuelles à l'ENS de Lyon : « l'ampleur était connue et rien n'a été fait pendant de nombreuses années »
- Mediacités : Violences sexuelles à l'ENS de Lyon : une si laborieuse et tardive prise de conscience
- ENS Rennes (officiel) : La prévention du sexisme et du harcèlement sexuel — ENS Rennes