États-Unis : guerre Iran-USA, pétrole en hausse et bataille sur la taxe profits
Le conflit au détroit d'Ormuz enflamme les prix de l'énergie et relance le débat sur la taxation des superprofits pétroliers
La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran provoque une flambée des prix du pétrole aux États-Unis, où les ménages font face à près de 70 milliards de dollars de surcoûts énergétiques. Les démocrates relancent un projet de taxe sur les profits exceptionnels des géants pétroliers, vivement contesté par l'industrie.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Les 100 plus grandes entreprises pétrolières ont réalisé 30 millions de dollars de profits excédentaires par heure au début du conflit Iran-USA selon Global Witness et le Guardian
- Les ménages américains font face à 69,3 milliards de dollars de surcoûts énergétiques depuis le début de la guerre d'après l'American Action Forum
- Le diesel dépasse 5 dollars le gallon et l'essence approche 4 dollars aux États-Unis selon l'AAA
- Le sénateur Sheldon Whitehouse et le représentant Ro Khanna ont réintroduit le Big Oil Windfall Profits Tax Act pour taxer les profits exceptionnels
- L'American Petroleum Institute s'oppose à cette taxe, estimant qu'elle nuirait aux investissements énergétiques américains
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran ravive les tensions sur le marché mondial de l’énergie et relance le débat politique américain sur la taxation des « superprofits » pétroliers. Depuis le blocage du détroit d’Ormuz, artère stratégique par où transite près d’un cinquième du pétrole mondial selon Reuters et Wikipedia, les prix du brut ont connu une volatilité extrême, entraînant des répercussions directes sur les ménages américains.
Des milliards de profits pour les compagnies pétrolières
Selon une analyse de Global Witness et du Guardian relayée par NPR le 16 juillet, les données sur les profits excédentaires des 100 plus grandes entreprises pétrolières ne sont pas vérifiées. Ces gains exceptionnels contrastent avec la situation des consommateurs américains, confrontés à la facture énergétique alourdie n’est pas chiffrée à 69,3 milliards de dollars par l’American Action Forum.
Le prix moyen du diesel ne dépasse pas 5 dollars le gallon aux États-Unis, tandis que l’essence approche les 4 dollars, d’après les données de l’AAA. Cette hausse pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, particulièrement dans les zones rurales et les États où la dépendance à la voiture est forte.
Un projet de loi démocrate pour taxer les profits exceptionnels
Face à cette situation, le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse et le représentant Ro Khanna ont réintroduit le « Big Oil Windfall Profits Tax Act », un projet de loi visant à taxer les profits exceptionnels des compagnies pétrolières et à redistribuer les revenus aux ménages américains, selon EXPOSEDbyCMD. Cette initiative, qui avait déjà été proposée lors de précédentes crises énergétiques, trouve un nouvel écho dans le contexte actuel.
Le texte propose un mécanisme de taxation progressive des bénéfices dépassant un seuil défini, avec des recettes destinées à financer des chèques énergie pour les contribuables américains. Les promoteurs du projet estiment qu’il s’agit d’une mesure de justice fiscale, permettant de redistribuer une partie des gains exceptionnels générés par une crise géopolitique.
L’industrie pétrolière dénonce une menace sur l’investissement
L’American Petroleum Institute (API), principal lobby de l’industrie pétrolière, s’oppose fermement à cette taxe. Dans une déclaration rapportée par NPR, l’API argue que cette mesure « nuirait à la certitude des investissements énergétiques américains » et risquerait de freiner la production domestique à long terme. L’organisation met en avant la nécessité de maintenir des conditions favorables pour attirer les capitaux dans le secteur énergétique, particulièrement dans un contexte de transition vers des sources d’énergie plus diversifiées.
Les compagnies pétrolières soulignent également que les profits actuels reflètent en partie les investissements massifs réalisés au cours des années précédentes, et qu’une taxation rétroactive pourrait décourager les projets futurs. L’API rappelle que l’industrie pétrolière contribue déjà largement aux recettes fiscales fédérales et étatiques.
Un impact limité sur les prix à la pompe selon les économistes
Malgré la hausse des prix du brut sur les marchés internationaux, Reuters note que l’impact sur les prix à la pompe aux États-Unis pourrait rester limité. James Knightley, économiste chez ING, a commenté que les consommateurs américains ne devraient pas subir une répercussion aussi forte qu’attendu, en raison de plusieurs facteurs structurels : capacités de raffinage domestiques importantes, stocks stratégiques de pétrole, et ajustements rapides de la production de schiste.
Cette analyse nuance les craintes d’une inflation énergétique incontrôlée, même si les prix restent nettement supérieurs aux niveaux d’avant-conflit. Les économistes soulignent que la résilience du système énergétique américain, combinée à une demande intérieure relativement stable, permet d’absorber une partie des chocs d’approvisionnement.
Contexte international : le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement stratégique
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et la péninsule arabique, est un passage maritime stratégique par lequel transite environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près d’un cinquième du transport maritime mondial de pétrole, selon Wikipedia. La fermeture de ce détroit lors de précédents conflits avait déjà provoqué des flambées des prix du brut, comme lors de la guerre Iran-Irak dans les années 1980.
La reprise des hostilités entre Washington et Téhéran ravive ces inquiétudes. Les perturbations d’approvisionnement touchent non seulement les États-Unis, mais également l’Europe et l’Asie, créant une pression à la hausse sur les prix mondiaux de l’énergie. Cette situation complique les efforts de lutte contre l’inflation dans de nombreux pays, dont la France, où les prix agricoles subissent déjà une forte pression.
Vu de France : un débat qui résonne en Europe
Le débat américain sur la taxation des superprofits pétroliers fait écho aux discussions européennes sur le même sujet. Plusieurs pays de l’Union européenne, dont l’Espagne et l’Italie, ont déjà instauré des taxes temporaires sur les bénéfices exceptionnels des compagnies énergétiques lors de la crise énergétique de 2022-2023. En France, le gouvernement avait envisagé une telle mesure mais avait finalement privilégié des contributions volontaires des entreprises.
La situation américaine illustre la difficulté de trouver un équilibre entre justice fiscale et attractivité économique. Les observateurs européens suivent de près l’évolution du dossier, qui pourrait influencer les politiques énergétiques du continent. La hausse des prix du pétrole aux États-Unis pourrait également avoir des répercussions indirectes sur les marchés européens, notamment si Washington décide de puiser dans ses réserves stratégiques ou d’ajuster ses exportations de pétrole de schiste.
Prochaines étapes : bataille politique au Congrès
Le projet de loi Whitehouse-Khanna doit maintenant franchir les étapes législatives au Congrès, où il fait face à une opposition républicaine solide et à des réticences au sein même du camp démocrate. Les élus des États producteurs de pétrole, comme le Texas et l’Alaska, sont particulièrement hostiles à toute taxation supplémentaire du secteur énergétique.
L’issue du débat dépendra en grande partie de l’évolution de la situation au Moyen-Orient et de la durée de la crise énergétique. Si les prix à la pompe continuent d’augmenter, la pression politique sur les élus pourrait s’intensifier, rendant la taxation des superprofits plus difficile à éviter.
