Morbihan : l’ex-maire d’Evellys condamné à 5 ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts
Jugé via une CRPC le 6 mai 2026, Gérard Corrignan écope aussi d'une amende de 5 000 euros avec sursis pour des faits commis durant sa présidence intercommunale.
Gérard Corrignan, ancien maire d'Evellys pendant 43 ans et ex-président de Centre Morbihan Communauté, a été condamné le 6 mai 2026 par le tribunal judiciaire de Lorient. Il a reconnu des faits de prise illégale d'intérêts et d'usage de faux. La peine cinq ans d'inéligibilité et 5 000 euros d'amende avec sursis.
Gérard Corrignan, ancien maire d’Evellys pendant 43 ans et ex-président de Centre Morbihan Communauté, a été condamné le 6 mai 2026 par le tribunal judiciaire de Lorient. Il a reconnu des faits de prise illégale d’intérêts et d’usage de faux. La peine : cinq ans d’inéligibilité et 5 000 euros d’amende avec sursis.
L’essentiel
- Condamnation : prononcée le 6 mai 2026 par le tribunal judiciaire de Lorient, via une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC)
- Peines : 5 ans d’inéligibilité et 5 000 € d’amende avec sursis
- Infractions : prise illégale d’intérêts et usage de faux, commis durant la présidence de Centre Morbihan Communauté (2017-2020)
- Plainte à l’origine : déposée par l’association Anticor en 2023, selon Anticor sur X
- Mandat : Gérard Corrignan a exercé comme maire de Naizin puis d’Evellys de 1983 à 2026, soit 43 ans
Une CRPC : les faits reconnus devant le tribunal de Lorient
La procédure retenue est une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Ce mécanisme, parfois appelé « plaider-coupable » à la française, suppose que le prévenu accepte les faits qui lui sont reprochés et la peine proposée par le parquet, homologuée ensuite par un juge.
Gérard Corrignan a donc reconnu des actes de prise illégale d’intérêts et d’usage de faux commis durant son mandat de président de Centre Morbihan Communauté, entre 2017 et 2020. Il avait été élu à cette présidence en janvier 2017, sans opposition, selon actu.fr.
Lors de l’audience, il a déclaré : « J’ai peut-être été négligent », selon Ouest-France. Une formule qui évoque davantage la maladresse que la malveillance délibérée, sans pour autant remettre en cause la reconnaissance des faits.
La plainte d’Anticor, déposée en 2023
L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée par l’association Anticor en 2023. Spécialisée dans la lutte contre la corruption dans la vie publique, l’association a relayé la condamnation le 7 mai 2026 sur le réseau X.
La procédure aura donc duré environ trois ans entre le dépôt de la plainte et la condamnation définitive. Les détails précis des faits reprochés - nature exacte de la prise illégale d’intérêts, contenu des documents qualifiés de faux - n’ont pas été rendus publics à ce stade par le tribunal ou les parties.
43 ans de mandat, une longévité record dans le département
Gérard Corrignan a exercé comme maire sans discontinuer de 1983 à 2026, d’abord à Naizin, puis à Evellys après la fusion de plusieurs communes. Quarante-trois ans de mandat, ce qui lui valait d’être souvent présenté comme l’un des élus les plus anciens du Morbihan.
En janvier 2026, il avait présenté ses derniers vœux en tant que maire, annonçant qu’il ne se représenterait pas, selon actu.fr. La condamnation du 6 mai marque donc la fin de carrière judiciaire et politique d’un élu qui avait quitté ses fonctions peu de mois plus tôt.
Sa présidence de Centre Morbihan Communauté, de 2017 à 2020, avait été suivie d’une période de turbulences pour l’intercommunalité. En mars 2021, il avait qualifié la scission de la communauté de « gâchis », selon Ouest-France. En mars 2024, lors d’un conseil municipal d’Evellys, il avait encore défendu la gestion de l’intercommunalité face aux observations de la Cour des comptes, selon Le Télégramme. Des signaux qui indiquaient, en creux, que la gestion de cette période restait contestée.
Contexte dans le Morbihan
Le Morbihan compte 249 communes et une population d’environ 760 000 habitants. La gouvernance intercommunale y a connu plusieurs recompositions depuis les lois NOTRe et MAPTAM, avec des fusions et des dissolutions de communautés de communes qui ont parfois généré des tensions entre élus locaux.
Centre Morbihan Communauté, créée dans ce contexte, avait regroupé plusieurs communes du centre du département avant sa scission en 2021. C’est précisément durant la période où Corrignan en assurait la présidence que les faits jugés ont été commis.
Les affaires de probité impliquant des élus locaux restent rares dans le département, mais pas inédites. Des condamnations pour infractions commises dans l’exercice de fonctions ou de responsabilités locales font l’objet d’un suivi croissant par des associations comme Anticor, actives sur l’ensemble du territoire national.
La procédure CRPC utilisée ici est de plus en plus fréquente dans les affaires de probité des élus : elle permet un traitement judiciaire plus rapide et évite un procès public long, mais implique une reconnaissance explicite des faits par le condamné.
Une inéligibilité de cinq ans : les effets concrets
La peine principale - cinq ans d’inéligibilité - interdit à Gérard Corrignan de se porter candidat à toute élection pendant cette durée. Dans la pratique, ayant annoncé en janvier 2026 ne pas vouloir se représenter à la mairie d’Evellys, cette peine n’aura probablement d’effet concret que s’il envisageait d’autres mandats ou responsabilités électives.
L’amende de 5 000 euros est prononcée avec sursis, ce qui signifie qu’elle ne sera pas recouvrée immédiatement sauf nouvelle infraction dans le délai imparti. Aucune peine d’emprisonnement n’a été prononcée.
La CRPC ne peut pas faire l’objet d’un appel classique sur le fond une fois homologuée par le juge : la condamnation est donc définitive sauf voie extraordinaire de recours. Les détails sur d’éventuelles voies de recours engagées par Corrignan n’ont pas été communiqués.
Réaction d’Anticor, silence des institutions locales
L’association Anticor a salué la décision sur X le 7 mai 2026, au lendemain du jugement. Elle avait été à l’initiative de la plainte trois ans plus tôt. Aucune réaction publique n’a été signalée à ce stade de la part de la commune d’Evellys, de Centre Morbihan Communauté ou du conseil départemental du Morbihan.
Pour les affaires impliquant des figures locales condamnées par voie de CRPC, la communication des collectivités concernées reste généralement discrète dans les jours suivant le jugement.
L’affaire illustre le rôle croissant des associations anti-corruption dans le déclenchement de procédures pénales visant des élus locaux, une tendance observée sur l’ensemble du territoire français depuis plusieurs années.
La commune d’Evellys, désormais dirigée par un nouveau maire, tourne la page d’une ère politique longue de quatre décennies. La condamnation de son prédécesseur marque la clôture judiciaire d’une période qui avait déjà suscité des controverses locales bien avant l’audience du 6 mai.
Sources
- Ouest-France : « J'ai peut-être été négligent » : Gérard Corrignan, ancien maire d'Evellys, condamné à cinq ans d'inéligibilité
- actu.fr : Conflits d'intérêts, faux en écriture : l'ex-président d'une intercommunalité du Morbihan devant la justice
- Anticor : Anticor sur X — condamnation de Gérard Corrignan
- Le Télégramme : Le rapport de la Cour des comptes sur Centre Morbihan Communauté débattu lors du conseil municipal d'Évellys