Vingegaard et Pogačar réveillés en pleine nuit pour un contrôle antidopage
Le Belge juge « scandaleux » les tests à 2h du matin sur Pogačar et Vingegaard
Le 19 juillet, Jonas Vingegaard et Tadej Pogačar sont tirés du sommeil à 2h et 5h du matin pour des contrôles antidopage. Remco Evenepoel dénonce une pratique scandaleuse qui fausse l'équité sportive en plein Tour de…
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Jonas Vingegaard réveillé à 2h du matin, Tadej Pogačar à 5h pour des contrôles antidopage nocturnes
- Remco Evenepoel dénonce une pratique « scandaleuse » et « irrespectueuse » avant l'étape 15 du Tour
- Le règlement UCI interdit normalement les tests entre 23h et 6h, sauf exception justifiée ou soupçon sérieux
- L'ITA invoque une autorisation légale française de 2016 permettant les prélèvements nocturnes
- Vingegaard met 40 minutes à se rendormir, Pogačar n'a dormi que 4 heures cette nuit-là
Jonas Vingegaard ouvre les yeux à 2h du matin. Des contrôleurs antidopage se tiennent au pied du lit. Il met 40 minutes à se rendormir. Trois heures plus tard, Tadej Pogačar subit le même réveil brutal, à 5h. Les deux hommes doivent affronter la 15e étape dans quelques heures. Le 19 juillet - veille de repos, Remco Evenepoel explose.
« Par contre, si c’est vraiment le cas, ce serait tout de même franchement scandaleux » - lâche le Belge. « Ce n’est en tout cas pas du tout respectueux ». Evenepoel - leader de Red Bull-BORA-hansgrohe, n’a pas subi ces contrôles nocturnes. Il dénonce quand même. Au classement général, il pointe à 5 minutes 04 de Pogačar - qui mène avec 4 minutes 30 d’avance sur Vingegaard.
La règle des 6 heures, ignorée
L’International Testing Agency - organisme indépendant mandaté par l’UCI, a mené ces contrôles. Selon l’article 5.2.2 du règlement UCI, les tests antidopage ne sont normalement pas autorisés entre 23h et 6h du matin - sauf exception: si le coureur a lui-même indiqué cette plage horaire comme disponible, ou en cas de soupçon sérieux. Aucun des deux n’a précisé être réveillable en pleine nuit. Aucun soupçon formulé publiquement.
L’ITA se défend. Elle se dit « consciente que les contrôles nocturnes peuvent perturber le repos et la récupération des coureurs » - mais affirme que « des contrôles efficaces doivent, dans des circonstances limitées et justifiées, pouvoir être effectués en dehors des heures normales de la journée ». L’agence s’appuie sur une autorisation légale française datant de 2016 - qui permet à l’Agence Mondiale Antidopage d’effectuer des prélèvements entre 23h et 6h.
Un classement général faussé
Le timing des contrôles soulève une question d’équité sportive. Pogačar et Vingegaard occupent les deux premières places du classement général, séparés de 4 minutes 30. Ils sont testés la même nuit, avant une étape de montagne décisive. Evenepoel, troisième à 5 minutes 04 - dort tranquillement. Le lendemain, sur la route, les cartes sont rebattues: deux leaders privés de sommeil, un troisième frais. L’ITA invoque des « circonstances limitées et justifiées » sans préciser lesquelles. Si le soupçon justifiait ces contrôles, pourquoi cibler simultanément les deux hommes en tête? Si aucun soupçon n’existait, le règlement UCI interdisait formellement ces tests. La neutralité sportive, pilier des Grands Tours, vacille quand l’antidopage perturbe le classement sans critère transparent.
Le sommeil, carburant sacrifié
Vingegaard met 40 minutes à retrouver le sommeil après le contrôle. Pogačar n’aura dormi que quatre heures cette nuit-là. En haute montagne, où chaque watt compte, le sommeil conditionne la récupération musculaire, la vigilance dans les descentes, la capacité à enchaîner les efforts. Cette nuit-là, les deux favoris sont passés sous ce seuil. Quelques heures après, Vingegaard abandonne lors de la 15e étape - victime d’une chute. Certains spéculent sur un lien avec son sommeil écourté. Rien ne le prouve. Mais le doute s’installe: jusqu’où peut-on perturber la performance au nom du contrôle?
Le peloton hausse le ton
La colère dépasse les deux coureurs testés. Matteo Jorgenson - coéquipier de Vingegaard chez Visma-Lease a Bike, parle d’un « manque total de respect ». Florian Vermeersch - équipier de Pogačar, qualifie la situation de « presque inhumaine et complètement insensée ». Richard Plugge - manager de Visma, reconnaît l’importance de la lutte antidopage mais juge le timing « très déplaisant ». La protestation n’est pas individuelle: elle traverse les équipes, des leaders aux équipiers, des coureurs aux directeurs sportifs. Une unanimité rare dans un peloton d’ordinaire divisé.
Vingegaard dira plus tard: « Tester à 2 heures du matin, ça dépasse les bornes ». La phrase résume le sentiment collectif. L’ITA contrôle, le peloton subit, personne n’arbitre.
Un précédent lointain
Le cyclisme connaît les contrôles de nuit depuis longtemps. Des coureurs avaient déjà protesté contre des contrôles antidopage nocturnes lors d’une 9e étape. Le Tour a introduit des contrôles systématiques en 1968. Près de soixante ans plus tard, le débat revient. Cette fois, ce sont les leaders du classement général qui subissent, en pleine bataille pour le maillot jaune, depuis le départ de Barcelone.
Ce que personne ne dit
Evenepoel n’en est pas à sa première plainte sur la fréquence des contrôles. Il s’était déjà montré « sur les nerfs » sur ce sujet lors du Tour d’Espagne. La multiplication des contrôles nocturnes pose une question que l’ITA ne formule pas: si ces tests sont « limités et justifiés », pourquoi viser simultanément les deux hommes en tête du classement la même nuit, avant une étape décisive? Le règlement autorise, mais le timing interroge. Une synchronisation qui ressemble plus à une démonstration de pouvoir qu’à une traque ciblée.
► Lire aussi: Pogačar et Vingegaard contrôlés en pleine nuit: ce que dit le règlement
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (12)
« Pogačar a d'ailleurs indiqué n'avoir dormi que quatre heures cette nuit-là, tandis que Vingegaard a mis 40 minutes à se rendormir après son contrôle. »
tour-magazin.de ↗ ↩
« Pogačar a d'ailleurs indiqué n'avoir dormi que quatre heures cette nuit-là, tandis que Vingegaard a mis 40 minutes à se rendormir après son contrôle. »
tour-magazin.de ↗ ↩
« Selon l'article 5.2.2 des règles de l'UCI, les contrôles antidopage ne sont normalement pas autorisés entre 23h et 6h du matin, sauf si le coureur a indiqué cette plage horaire ou en cas de soupçon sérieux de dopage. »
road.cc ↗ ↩
« l’UCI ne procédera pas à un contrôle antidopage entre ces heures, sauf en cas de soupçon sérieux »
cyclismactu.net ↗ ↩
« Les contrôles antidopage peuvent légalement être effectués 24h/24 par l'Agence Internationale de Tests (ITA) depuis 2016, mais leur application en pleine nuit pour les leaders du classement général a suscité une vive polémique au sein du peloton. »
boursorama.com ↗ ↩
« Tadej POGACAR. 51:18:28 »
cyclismactu.net ↗ ↩
« Jonas VINGEGAARD. + 04:30 »
cyclismactu.net ↗ ↩
« D'autres coureurs comme Matteo Jorgenson et Florian Vermeersch ayant également exprimé leur colère et leur incompréhension face à ces méthodes jugées "inhumaines et insensées". »
road.cc ↗ ↩
« D'autres coureurs comme Matteo Jorgenson et Florian Vermeersch ayant également exprimé leur colère et leur incompréhension face à ces méthodes jugées "inhumaines et insensées". »
road.cc ↗ ↩
« Le manager de l'équipe Visma-Lease a Bike, Richard Plugge, a également jugé le timing "très déplaisant" malgré son soutien à la lutte antidopage. »
laprovence.com ↗ ↩
« Matteo Jorgenson, coéquipier de Vingegaard, a jugé que ces contrôles nocturnes témoignaient d'un "manque total de respect" envers les coureurs, mettant en avant l'importance du sommeil entre deux étapes de montagne difficiles. »
charentelibre.fr ↗ ↩
« Florian Vermeersch a quant à lui qualifié la situation de "presque inhumaine et complètement insensée". »
sports.fr ↗ ↩