Remco Evenepoel au Plateau de Solaison : le test de vérité
Le Belge mise sur la montée finale de 11,3 km à 9,1% qu'il a reconnue en juin pour limiter les dégâts
Le Belge a reconnu la montée finale plusieurs fois en juin. Ce dimanche, il découvrira si sa préparation spécifique pour les Alpes suffit face à Pogačar et Vingegaard.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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16 juin
Reconnaissance à l'entraînement
Evenepoel grimpe le Plateau de Solaison plusieurs fois lors de son stage de préparation dans les Alpes
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Juin 2026
Préparation spécifique
Le Belge zappé toutes les courses (Dauphiné, Tour de Suisse) pour des stages en altitude à Sierra Nevada et Teide
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Étapes 10 et 14
Difficultés en montagne
Evenepoel accuse le coup sur le Col du Haag et lors de la 10e étape mais limite les pertes
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19 juillet
Étape 15 - Plateau de Solaison
Montée finale HC de 11,3 km à 9,1% après 183,9 km et 3950 m de dénivelé
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Lundi (étape 16)
Contre-la-montre décisif
26,1 km en solo, la discipline où Evenepoel (double champion du monde) peut reprendre du temps
Remco Evenepoel connaît la montée par cœur. Le 16 juin - pendant que le peloton roulait ailleurs, le Belge grimpait le Plateau de Solaison à l’entraînement. Plusieurs fois. 11,3 km à 9,1 % - des sections à plus de 10 % - un effort de 35 à 40 minutes à fond. Il a noté les virages, les faux-plats, les ruptures de rythme. Ce dimanche 19 juillet - sur la 15e étape du Tour de France 2026 - il saura exactement où il met les pieds.
« La montée finale devrait un peu mieux me convenir avec un effort de 40 minutes sur des pentes de 8 à 9 %. J’ai grimpé ce col plusieurs fois lors de mon stage, je sais ce qui m’attend » - a déclaré le coureur de la Red Bull-BORA-hansgrohe. Une confiance affichée qui tranche avec ses dernières sorties alpines. Sur le Col du Haag, lors de la 14e étape - Evenepoel a accusé le coup. Idem lors de la 10e étape. Mais le Belge a tenu, limitant les pertes, consolidant sa troisième place au général.
Un profil qui colle à son gabarit
Le Plateau de Solaison culmine à 1508 m d’altitude. L’ascension hors catégorie s’étire sur 11,3 km avec une pente moyenne de 9,1 %. Les premiers 4,8 km sont les plus raides: 10,2 % de moyenne. Puis la pente se stabilise autour de 8,3 % jusqu’au sommet. Un profil régulier, sans variations violentes, qui correspond mieux au style d’Evenepoel qu’aux murs irréguliers du Haag.
Le Belge a calqué sa préparation sur ce type d’effort. En juin 2026 - il a zappé toutes les courses. Pas de Dauphiné, pas de Tour de Suisse. À la place: stages en altitude à Sierra Nevada et à Teide - reconnaissance méthodique des cols alpins de la dernière semaine du Tour. Il a perdu 4 kg depuis les classiques de printemps pour optimiser son ratio poids-puissance. Le pari: être au pic de forme pour les Alpes, quitte à arriver moins affûté en première semaine.
« Il s’agit de monter le plus fort possible de bas en haut, sans vraiment être en mode économique, si je puis dire. C’est 35 minutes à fond ». La stratégie est limpide. Pas de gestion, pas de calcul. Un effort maximal du pied au sommet. Evenepoel a déjà prouvé qu’il savait souffrir sur ce type de pente: en 2022, au Tour de Norvège - il avait dominé l’ascension de Gaustatoppen-Stavsro, 10,5 km à 8,7 % - un profil quasi identique.
Le piège de l’étape
L’étape fait 183,9 km avec 3950 m de dénivelé positif. Quatre cols avant le final. De quoi éreinter les jambes avant l’ascension décisive. La montée finale n’est pas une montée isolée qu’on grimpe frais: c’est le coup de grâce d’une journée de carnage. Les premiers 4 km à plus de 10 % vont faire exploser les groupes. Ceux qui auront économisé dans les cols précédents tiendront. Les autres plongeront.
Evenepoel occupe la troisième place du classement général à 5’04 » du maillot jaune Tadej Pogačar et 34″ du deuxième, Jonas Vingegaard. Derrière, Paul Seixas le suit à seulement 15″. Le Belge est pris en sandwich. Devant, deux grimpeurs hors-norme qu’il ne peut pas suivre en haute montagne. Derrière, un concurrent direct qui attend la faille.
L’objectif du jour: limiter la casse face à Pogačar et Vingegaard, tenir Seixas à distance. Le contre-la-montre de 26,1 km programmé lundi est le vrai terrain de chasse d’Evenepoel, double champion du monde de la discipline. S’il sort indemne de la montée finale, il pourra y reprendre du temps. Mais s’il perd 2 minutes aujourd’hui, le chrono ne suffira pas.
Ce que personne ne dit
Le Plateau de Solaison a déjà accueilli des arrivées du Critérium du Dauphiné en 2017, 2022 et 2026. En 2022 - Jonas Vingegaard y avait franchi la ligne aux côtés de Primož Roglič. Cette année, c’est Isaac del Toro qui s’y est imposé. Mais le Tour n’y a jamais mis les roues. Aucun coureur du peloton actuel ne connaît le col en situation de course, sous la pression d’un maillot jaune à défendre ou à conquérir. Tous l’ont reconnu à l’entraînement, Evenepoel plus que les autres. Mais rouler un col tranquille en juin et le grimper après 180 km de course avec Pogačar qui accélère, ce n’est pas le même sport.
Le paradoxe du Belge: il arrive sur un terrain qu’il a préparé mieux que quiconque, mais dans un état de forme incertain. Les signaux envoyés lors des étapes précédentes laissent planer le doute. Peut-on vraiment affûter sa forme pour la troisième semaine quand on a déjà perdu du temps en deuxième? La stratégie de préparation d’Evenepoel, tout miser sur les Alpes en sacrifiant les courses de juin, repose sur un pari physiologique: que le pic de forme arrive pile au bon moment. Si le pic est décalé de 48 heures, le plan s’effondre.
À l’inverse, le profil régulier de la montée finale pourrait neutraliser une partie de l’avantage de Pogačar et Vingegaard. Ces deux-là excellent dans les montées cassantes, avec des accélérations qui font exploser les groupes. Ici, pas d’explosivité possible: c’est un effort de puissance soutenue, 35 à 40 minutes dans le rouge. Le genre d’effort qu’Evenepoel, rouleur de base, maîtrise mieux que les purs grimpeurs alpins. Si le rythme reste élevé mais constant, il tiendra. Si Pogačar place une accélération violente dans les premiers kilomètres à 10 % - Evenepoel décollera.
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Le test de vérité
Le départ est donné de Champagnole. 183,9 km jusqu’au sommet. Quatre cols avant la montée finale. Puis l’ascension finale. 11,3 km à 9,1 %. Evenepoel sait ce qui l’attend. Il connaît chaque virage, chaque pourcentage, chaque faux-plat. Il a les chiffres dans la tête, la reconnaissance dans les jambes, la stratégie sur papier. Ce qu’il ne sait pas, c’est comment son corps répondra après 170 km de course et 3950 m de dénivelé.
La montée finale dira si la préparation était la bonne. Si le sacrifice de juin valait le coup. Si le pari du pic de forme en troisième semaine tient la route. Evenepoel le dit lui-même: il sait ce qui l’attend. Ce qu’il découvrira, c’est s’il a les jambes pour le faire.