Un expert NASA quitte Trump pour le CNRS de Toulouse

John Baker, spécialiste des ondes gravitationnelles, rejoint le Laboratoire des deux infinis via le programme Choose France for Science

Un expert NASA quitte Trump pour le CNRS de Toulouse
Illustration Baptiste Castel / info.fr

Vingt ans à la NASA, puis Toulouse. John Baker, physicien américain spécialisé dans les ondes gravitationnelles, a quitté les États-Unis fin 2025 pour intégrer le CNRS en Haute-Garonne. Raisons invoquées les coupes budgétaires sous l'administration Trump et des inquiétudes personnelles liées aux politiques anti-LGBTQ+.

Vingt ans à la NASA, puis Toulouse. John Baker, physicien américain spécialisé dans les ondes gravitationnelles, a quitté les États-Unis fin 2025 pour intégrer le CNRS en Haute-Garonne. Raisons invoquées : les coupes budgétaires sous l’administration Trump et des inquiétudes personnelles liées aux politiques anti-LGBTQ+.

L’essentiel

  • 20 ans : durée de la carrière de John Baker à la NASA avant son départ fin 2025
  • 6 mai 2026 : date du point presse du CNRS Occitanie-Ouest à Toulouse présentant Baker et le chercheur russe Ivan Khaymovich
  • 46 lauréats : dont 33 internationaux, annoncés en février 2026 dans le cadre de Choose France for Science ; le CNRS en accueille 15
  • Projet LISA : Baker travaille désormais au Laboratoire des deux infinis (L2iT) sur le Laser Interferometer Space Antenna, mission spatiale de l’ESA
  • « Je ne prévois aucunement de retourner » : déclaration de John Baker, selon AEF Info et La Dépêche du Midi

Un départ motivé par la politique américaine

John Baker l’a dit sans détour lors du point presse du 6 mai 2026 organisé par le CNRS Occitanie-Ouest : « La situation politique globale et ses répercussions m’ont incité à quitter les États-Unis », rapportent actu.fr et La Dépêche du Midi. Il cite explicitement les conflits entre l’administration Trump et la NASA - coupes budgétaires, départs massifs d’ingénieurs - mais aussi des craintes d’ordre personnel : son enfant transgenre, exposé selon lui aux politiques anti-LGBTQ+ de l’administration fédérale.

Ce départ intervient dans un contexte où les tensions géopolitiques liées à la politique étrangère de Trump pèsent sur plusieurs secteurs scientifiques américains. La NASA, dont le budget a été réduit sous la pression de l’exécutif, a vu partir des profils seniors ces derniers mois, selon plusieurs médias spécialisés.

Le projet LISA au cœur du recrutement

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Baker intègre le Laboratoire des deux infinis (L2iT), rattaché au CNRS et à l’Université de Toulouse. Il y travaille sur LISA - Laser Interferometer Space Antenna - , un projet de l’Agence spatiale européenne (ESA) visant à détecter les ondes gravitationnelles depuis l’espace à l’aide de trois engins spatiaux en formation. Une mission pour laquelle son expertise de deux décennies à la NASA constitue un apport direct, selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Baker est arrivé à Toulouse aux côtés d’Ivan Khaymovich, chercheur russe lui aussi recruté via le programme Choose France for Science. Les deux scientifiques ont été présentés conjointement lors du point presse du 6 mai par le CNRS Occitanie-Ouest.

Choose France for Science : 46 lauréats, 15 au CNRS

Le programme Choose France for Science a été lancé en mai 2025 par Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen et Philippe Baptiste, alors président du CNES. Son objectif : attirer des chercheurs internationaux dans des contextes jugés instables, pour renforcer la souveraineté scientifique européenne. En février 2026, une première vague de 46 lauréats a été annoncée - dont 33 chercheurs étrangers. Le CNRS en accueille 15, selon Campus France et l’ANR.

Ce recrutement s’inscrit dans une dynamique plus large : selon la Commission européenne, les candidatures ERC (European Research Council) déposées par des chercheurs non-UE ont progressé de 130 % en 2026. Plus de 100 initiatives nationales et régionales participent à cet effort à l’échelle du continent, selon un rapport de la direction Recherche & Innovation de l’UE publié en janvier 2026.

Contexte en Haute-Garonne

Toulouse est depuis plusieurs décennies l’un des principaux pôles aérospatiaux d’Europe. Le secteur aérospatial représente un pilier économique majeur de la Haute-Garonne, avec des acteurs comme Airbus, le CNES, Thales Alenia Space ou encore l’ONERA concentrés dans la métropole et sa périphérie. Le cluster Aerospace Valley, qui fédère les entreprises et organismes de recherche d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine, constitue l’un des plus importants d’Europe dans ce domaine, selon l’INSEE.

Le L2iT, où Baker est désormais affecté, se positionne à l’interface entre physique théorique et instrumentation spatiale. L’industrie de haute technologie en Occitanie bénéficie de cet afflux de compétences internationales, qui renforce l’écosystème régional au-delà du seul secteur spatial.

« Je ne prévois aucunement de retourner »

La déclaration de Baker, rapportée par AEF Info et La Dépêche du Midi, tranche avec la prudence habituelle des chercheurs en mobilité internationale. Ivan Khaymovich, son homologue russe recruté en parallèle, a exprimé une intention similaire de s’installer durablement en France.

Le profil de Baker - senior, spécialisé sur un projet phare de l’ESA, en rupture explicite avec son environnement institutionnel d’origine - illustre ce que le programme Choose France for Science cherche à capitaliser : des experts déjà formés, immédiatement opérationnels, motivés par autre chose que le seul salaire. La prochaine vague de lauréats du programme n’a pas encore été annoncée à ce stade.

Sources

Baptiste Castel

Baptiste Castel

Baptiste est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Haute-Garonne (31), avec Toulouse pour chef-lieu. Spécialité du département : Airbus et capitale européenne de l'aérospatiale. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Occitanie.

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