Fibre Excellence en redressement judiciaire : 670 emplois en sursis, l’État au chevet du dernier papetier français

Le tribunal de commerce de Toulouse a accordé six mois au fabricant de pâte à papier pour trouver un repreneur.

Fibre Excellence en redressement judiciaire : 670 emplois en sursis, l'État au chevet du dernier papetier français
Illustration Benoît Lecomte / info.fr

Le dernier fabricant français de pâte à papier marchande a été placé en redressement judiciaire le 27 avril 2026. Ses deux usines, en Haute-Garonne et dans les Bouches-du-Rhône, emploient 670 personnes. L'État a déjà investi 75 millions d'euros pour tenter d'éviter la liquidation.

Le tribunal de commerce de Toulouse a tranché lundi 27 avril 2026. Fibre Excellence, seul fabricant français de pâte à papier marchande, est placé en redressement judiciaire. Six mois au maximum pour trouver un repreneur ou négocier un plan de continuation.

Deux sites, 670 emplois directs

L’entreprise exploite deux usines : Saint-Gaudens (Haute-Garonne, 275 salariés) et Tarascon (Bouches-du-Rhône, 270 salariés). Ensemble, elles ont produit 500 000 tonnes de pâte à papier en 2025, pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros, selon Les Échos. Mais le site de Saint-Gaudens est à l’arrêt depuis le 24 avril, tandis que Tarascon continue partiellement l’activité pendant la période d’observation. Au-delà des emplois directs, c’est l’ensemble de la filière forêt-bois-papier qui est exposée : selon le site Dis-leur, jusqu’à 10 000 emplois indirects seraient menacés.

L’entreprise appartient à l’homme d’affaires indonésien Jackson Wijaya, dont la famille dirige le géant Asia Pulp and Paper. En avril 2026, l’actionnaire a refusé d’injecter des fonds supplémentaires, précipitant le dépôt de bilan, toujours selon Les Échos.

Énergie et concurrence, les deux plaies du secteur

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Les causes sont connues depuis plusieurs années : hausse des coûts de l’électricité et pression internationale sur les prix de la pâte à papier. Le secteur papetier français a reculé de 3 % en 2025, à 5,6 milliards d’euros selon Les Échos. La production française de pâte à papier a fondu en vingt ans, selon le syndicat Copacel. La filiale Fibre Excellence Tarascon avait déjà été déclarée en faillite en 2020, avant d’être reprise.

Face à cette situation, l’État a révisé le prix d’achat de l’électricité produite par les usines et investi 75 millions d’euros en avril 2026, selon Le Figaro. Des mesures jugées insuffisantes par Carole Delga, présidente de la Région Occitanie : « On va laisser mourir la filière française de la pâte à papier », a-t-elle alerté, citée par La Tribune. Un constat partagé, comme dans d’autres dossiers industriels devant les tribunaux ces derniers mois.

Le dossier Chapelle Darblay en suspens

Le redressement judiciaire a une autre dimension, plus au nord. Fibre Excellence était associée au projet de reprise du site Chapelle Darblay, ancien moulin à papier situé près de Rouen en Seine-Maritime, à la frontière de la Normandie. Ce projet, qui prévoyait de produire du carton recyclé, avait reçu un soutien de l’État à hauteur de 52 millions d’euros en juin 2025, selon France 3 Normandie. Le redressement judiciaire fait peser une incertitude directe sur cette relance industrielle normande.

La question de la gestion durable des ressources forestières s’invite aussi dans ce débat industriel : sans filière papetière nationale viable, la chaîne de valorisation du bois français se fragilise davantage.

Prochaine étape : le 3 juin

Le tribunal de commerce de Toulouse examinera la situation de trésorerie de l’entreprise lors d’une audience fixée au 3 juin 2026. Les offres de reprise seront évaluées le 17 juin 2026, selon La Dépêche du Midi. D’ici là, l’entreprise doit convaincre des repreneurs potentiels de s’engager sur un outil industriel fragilisé, dans un secteur sous pression mondiale.

Sources

Benoît Lecomte

Benoît Lecomte

Benoît est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Manche (50), avec Saint-Lô pour chef-lieu. Spécialité du département : chantier naval Cherbourg (Naval Group, sous-marins) et Mont-Saint-Michel. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Normandie.

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