Polytechnyl : 550 emplois en jeu ce lundi au tribunal de Lyon

Le Tribunal des Activités Économiques statue ce 27 avril sur l'avenir de l'usine chimique de Saint-Fons, filiale de Domo Chemicals.

Polytechnyl : 550 emplois en jeu ce lundi au tribunal de Lyon
Illustration Margaux Bernard / info.fr

Le sort de 550 salariés de Polytechnyl se joue ce lundi devant la justice lyonnaise. Une seule offre de reprise est sur la table, jugée insuffisante par les syndicats. Le fonds américain Lone Star ne propose de conserver que 72 postes.

Ce lundi 27 avril 2026, le Tribunal des Activités Économiques de Lyon rend son délibéré sur l’avenir de Polytechnyl. Implantée à Saint-Fons depuis le début des années 1950, cette filiale française du groupe belge Domo Chemicals est le dernier fabricant européen de fibres de polyamide. Elle emploie 450 personnes sur ce site de la vallée de la chimie, et 90 autres à Valence.

L’entreprise a été placée en redressement judiciaire le 8 janvier 2026, après la faillite de trois filiales allemandes de Domo fin 2025 et l’échec des négociations avec les créanciers, selon le site officiel de Domo Chemicals. La cessation des paiements avait été fixée au 30 décembre 2025. Le tribunal avait accordé un répit à l’unique candidat à la reprise jusqu’au 20 avril pour amender son offre, avant le délibéré de ce jour.

Une offre jugée « minimaliste » par les syndicats

Le fonds américain Lone Star a déposé la seule offre reçue : 10 millions d’euros pour reprendre les brevets, la marque Technyl, la R&D et le commercial. Soit 72 emplois maintenus. Le site de Valence et l’outil de production ne sont pas inclus, selon Challenges. Les 450 salariés restants seraient licenciés - rappelant que 130 postes avaient déjà été supprimés depuis l’été 2025 dans le cadre d’un PSE antérieur, comme le rapporte BFMTV.

Les syndicats Unsa, CFE-CGC et CGT demandent au tribunal un sursis de quelques semaines. Objectif : permettre au géant chinois Shenma Industrial - concurrent de BASF, avec un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros - de déposer une offre alternative incluant les sites industriels.

Pascal Mayen, délégué syndical Unsa, a alerté sur BFMTV : « Si Polytechnyl ferme, la France ne pourra plus produire en autonomie du plastique technique. » Il pointe un savoir-faire de 70 ans menacé de disparition.

Un risque en cascade sur la vallée de la chimie

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L’enjeu dépasse le seul site de Saint-Fons. Polytechnyl fournit des intrants à d’autres installations voisines. Selon l’intersyndicale, rapportée par L’Usine Nouvelle, une fermeture pourrait entraîner un effet boule de neige sur plusieurs sites chimiques de la vallée, menaçant d’autres emplois en cascade. L’entreprise affichait un chiffre d’affaires de 605 millions d’euros en 2024, principalement dans l’automobile et l’électronique - avant que la flambée des prix du gaz, multipliés par quatre à cinq par rapport aux États-Unis, ne fragilise son modèle économique.

Le 24 avril, le maire de Saint-Fons a interpellé l’État pour repousser l’audience et explorer des alternatives, selon Le Progrès. Un cas qui rappelle d’autres batailles industrielles récentes : l’implantation de Safran dans l’Ain, labellisée projet stratégique de l’État, illustre à l’inverse ce que peut peser un arbitrage gouvernemental favorable à l’industrie.

Les syndicats reprochent à Bercy un manque d’implication. Aucune déclaration officielle du ministère n’avait été rendue publique avant ce lundi. La question de la souveraineté industrielle sur les plastiques techniques est posée - un débat qui touche aussi d’autres bassins industriels français en quête de renouveau.

Prochaine étape

Le délibéré du Tribunal des Activités Économiques de Lyon est attendu ce lundi 27 avril 2026. Le tribunal peut valider l’offre Lone Star, accorder un sursis aux syndicats pour une offre Shenma, ou prononcer la liquidation judiciaire. La décision déterminera le devenir immédiat des 550 salariés et, potentiellement, de plusieurs sites voisins de la vallée de la chimie.

Sources

Margaux Bernard

Margaux Bernard

Basée à Lyon, elle traite la métropole, les tensions sur les transports, la chimie et les débats sur la piétonnisation. Issue de Sciences Po Grenoble, elle a commencé en presse écrite. Méthode rigoureuse : interroger les élus écologistes, les syndicats, les commerçants, vérifier les budgets du SYTRAL avant de publier.

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