Bassines sabotées dans le Poitou : la FNSEA 79 exige une répression plus ferme

Deux réserves d'eau agricoles dégradées dans la nuit du 6 au 7 mai, un collectif militant revendique les faits, le préfet et les agriculteurs réclament des sanctions.

Bassines sabotées dans le Poitou : la FNSEA 79 exige une répression plus ferme
Illustration Agnès Poirier / info.fr

Dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, des militants ont dégradé plusieurs bassines agricoles à la frontière entre la Vienne et les Deux-Sèvres. Ludovic Barrière, secrétaire général de la FNSEA 79, dénonce une attaque contre les outils de production et appelle les autorités à faire respecter la loi.

Des bâches lacérées au cutter, un cadenas sectionné, des installations rendues inutilisables. Dans la nuit du 6 au 7 mai 2026, plusieurs réserves d’eau agricoles ont été ciblées à la frontière entre la Vienne et les Deux-Sèvres. Un collectif militant a revendiqué ces actes dès le lendemain. La FNSEA 79 et le préfet du département ont réagi avec fermeté.

L’essentiel

  • Nuit du 6 au 7 mai 2026 : dégradations commises sur trois sites de bassines agricoles à la frontière Vienne/Deux-Sèvres, bâches lacérées et cadenas sectionné.
  • Revendication le 8 mai : le collectif « Amicale pour le débâchage permanent du Poitou » assume les faits et déclare « Il n’y aura pas de répit tant que les bassines seront en état de marche ! »
  • Sites visés : une bassine appartenant à Pampr’oeuf (élevage de poules pondeuses, Vienne) et une autre à la Compagnie d’aménagement de l’eau des Deux-Sèvres.
  • Enquête ouverte : le préfet Simon Fetet a qualifié les actes d’« infractions pénales » et annoncé des investigations par la gendarmerie.
  • 24 millions de m³ : volume moyen prélevé pour l’irrigation agricole dans les Deux-Sèvres chaque année (données 2018-2022, source Territoires Fertiles/INSEE).

Des bâches lacérées, un collectif inconnu qui revendique

Les faits se sont produits sur trois sites distincts. Selon France 3 Régions et ici.fr, les auteurs ont utilisé des cutters pour lacérer les bâches d’imperméabilisation et ont sectionné un cadenas. L’un des sites appartient à Pampr’oeuf, un élevage industriel de poules pondeuses en Vienne qui prévoit de passer de 200 000 à plus de 325 000 volatiles. L’autre, situé dans les Deux-Sèvres, est la propriété de la Compagnie d’aménagement de l’eau des Deux-Sèvres.

Le 8 mai, un collectif baptisé « Amicale pour le débâchage permanent du Poitou » a revendiqué ces sabotages, selon Sud Ouest. Le groupe les présente comme une « riposte » contre les réserves d’eau destinées à l’agriculture intensive. Ces dégradations surviennent le lendemain d’une décision de justice du 7 mai 2026 concernant Julien Le Guet, figure connue du mouvement anti-bassines, sans que le lien entre les deux événements ait été établi formellement à ce stade.

Ludovic Barrière : « Enlever des roues à un camion »

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Interviewé par France Bleu Poitou dans l’émission L’invité de ici Poitou, Ludovic Barrière, secrétaire général de la FNSEA 79, a comparé ces dégradations à « enlever des roues à un camion » : les installations deviennent inutilisables du jour au lendemain.

Pour le responsable syndical, ces actes ne visent pas seulement du matériel. Ils attaquent « les outils de production indispensables pour l’irrigation agricole, l’alimentation animale et humaine », selon ses propos rapportés par Radio France. Il ajoute : « On ne peut pas accepter des dégradations dans le milieu de travail » et « il ne faut pas que ça continue. »

Barrière n’a pas annoncé de mobilisation physique des agriculteurs. Sa demande est explicite : il appelle les autorités à « respecter la loi avec plus de fermeté » pour réprimer ces actes et en prévenir de nouveaux. Il souligne également que la souveraineté alimentaire est en jeu, dans un contexte où la France importe de la volaille et des œufs en raison de normes de production plus strictes qu’à l’étranger. Sur ce sujet agricole, les tensions autour des politiques européennes agricoles alimentent aussi les débats dans les Pays de la Loire voisins.

Le préfet Fetet condamne, la gendarmerie enquête

Le préfet des Deux-Sèvres, Simon Fetet, a publié un communiqué le 8 mai 2026 sur la page officielle de la préfecture. Il qualifie les actes d’« agissements intolérables » et d’« infractions pénales ». Des investigations sont en cours pour identifier les auteurs.

Sur le plan politique national, Bruno Retailleau a réagi sur X le 9 mai :

Le terme « écoterrorisme » employé par Retailleau n’est pas nouveau dans ce débat. Il polarise les réactions entre défenseurs de l’agriculture irriguée et opposants aux bassines, qui dénoncent de leur côté une privatisation de l’eau publique. Par ailleurs, la question des orientations imposées aux filières agricoles et agronomes fait également débat dans les sphères académiques.

Contexte dans les Deux-Sèvres

Les Deux-Sèvres sont un département à vocation agricole marquée. La superficie agricole utilisée représentait 74,1 % du territoire en 2021, selon les données INSEE. Le prélèvement moyen pour l’irrigation y atteint 24 millions de m³ par an sur la période 2018-2022, soit 89 m³ par hectare (source : Territoires Fertiles).

Le conflit autour des bassines y est ancien. Les premières oppositions aux réserves de substitution remontent aux années 2000. En 2018, un protocole a été signé malgré les oppositions pour financer 16 réserves de substitution dans le bassin Sèvre Niortaise-Marais Poitevin, avec une capacité totale de 6,2 millions de m³, selon Wikipedia et La Nouvelle République. En 2023, des manifestations dans les Deux-Sèvres avaient dégénéré, un manifestant ayant été grièvement blessé, selon Sud Ouest et Radio France.

La question de l’eau reste structurellement tendue dans ce territoire soumis à des sécheresses estivales récurrentes. Les bassines - conçues pour stocker l’eau des nappes phréatiques en hiver pour l’irrigation estivale - sont au cœur d’un désaccord profond sur le partage de la ressource. Le sujet dépasse largement les Deux-Sèvres : des solutions alternatives de gestion de l’eau sont explorées dans d’autres départements, comme en Ardèche avec le génie écologique.

Un collectif nouveau, une pratique ancienne

L’« Amicale pour le débâchage permanent du Poitou » est un collectif inconnu jusqu’à cette action. Son nom fait référence à une pratique déjà documentée dans la région : le « débâchage », soit l’arrachage ou la lacération des bâches qui imperméabilisent les bassines. Ce mode opératoire ne nécessite pas de matériel lourd et laisse peu de traces exploitables, ce qui complique l’enquête selon les éléments disponibles.

La revendication est explicite et non anonyme. Le collectif a communiqué publiquement via les canaux habituels des mouvements militants, selon Sud Ouest. Il revendique une logique de « riposte » face à une décision judiciaire, sans en préciser le détail.

Les investigations de la gendarmerie sont en cours. La préfecture des Deux-Sèvres n’a pas communiqué de calendrier pour les résultats de l’enquête.

Sources

Agnès Poirier

Agnès Poirier

Agnès est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Deux-Sèvres (79), avec Niort pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale française des mutuelles d'assurance et Marais poitevin. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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