Cyberespionnage : la France nomme l’unité russe 61240 qui cible ses ministères depuis 2004
Paris localise près de Saint-Pétersbourg l'unité 61240 du FSB, responsable de vingt ans d'intrusions dans les ministères et la défense
Le 13 juillet 2026, Paris publie un rapport inédit l'unité militaire 61240 du FSB, localisée près de Saint-Pétersbourg, cible méthodiquement ministères, défense et justice françaises.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Attribution publique sans précédent
Paris franchit un palier inédit en nommant l'unité militaire 61240 du FSB et en la localisant près de Saint-Pétersbourg. Cette transparence géographique et organisationnelle marque une rupture avec les attributions passées, qui restaient au niveau du groupe APT ou de l'agence de renseignement sans descendre à l'unité militaire précise.
Vingt ans d'espionnage continu documentés
Les activités de Turla remontent à 2004 et ciblent méthodiquement ministères, défense, justice et technologies françaises. Le rapport du C4 documente une continuité opérationnelle entre les premières traces de 2004 et les compromissions récentes de février 2025. Le code Kazuar, actif depuis 2016, fonctionne toujours en 2026.
Escalade des sanctions européennes
L'Union européenne sanctionne 9 individus et 4 entités russes, dont certaines liées à des tentatives de sabotage contre le système d'assainissement de l'eau et le secteur énergétique en Pologne. Cette coordination diplomatique amplifie la pression sur Moscou au-delà du seul cas français et vise des infrastructures critiques européennes.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le 13 juillet 2026, la France nomme publiquement l'unité 61240 du 16e Centre du FSB, basée près de Saint-Pétersbourg, responsable d'espionnage numérique depuis 2004.
- Les cibles françaises incluent des ministères (Armées depuis 2017), l'ambassade de France à Moscou (2018), la justice (2019) et un institut de recherche pour la défense (février 2025).
- Le groupe Turla utilise le code Kazuar (actif depuis 2016) et des techniques d'hameçonnage ciblé pour compromettre Windows, Linux, macOS, Outlook et Exchange.
- L'Union européenne sanctionne 9 personnes et 4 entités russes la France convoque l'ambassadeur de Russie. Le Kremlin nie toute implication.
- Le 16e Centre du FSB, également connu sous le nom d'unité militaire 71330, opère onze centres d'interception sur le territoire russe, avec des antennes orientées vers l'Europe, les États-Unis et l'Asie.
Pskov, Krasnoïe Selo, Zelenogradsk. Onze antennes orientées vers l’Europe et les États-Unis - d’autres vers l’Asie. Le 16e Centre du FSB - également connu sous le nom d’unité militaire 71330, héritier de la 16e Direction du KGB soviétique - intercepte, déchiffre, exfiltre. Depuis au moins 2004. Ce que personne ne savait, c’est la localisation précise de l’unité qui cible spécifiquement la France.
Le 13 juillet 2026 - le Centre de coordination des crises cyber français, ANSSI, COMCYBER, DGA, DGSE, DGSI réunis, publie un rapport. Une première: Paris nomme l’unité militaire 61240 du 16e Centre du FSB - la localise près de Saint-Pétersbourg - détaille ses victimes françaises depuis les années 2010. Le mode opératoire porte un nom: Turla. Les Anglo-Saxons l’appellent aussi Snake, Uroburos, Secret Blizzard, Venomous Bear, Pacifier ou Waterbug.
Ministères, défense, justice: la liste des victimes françaises
La victimologie est méthodique. Ministères - secteur diplomatique - défense - justice - technologies. Les comptes de messagerie du ministère des Armées sont ciblés depuis 2017. En 2018, le réseau de l’ambassade de France à Moscou est compromis. En 2019, un serveur du secteur de la justice tombe. En février 2025, un institut de recherche travaillant pour la défense française perd un volume significatif de données. Le code Kazuar - employé depuis 2016, est toujours actif.
Les techniques d’accès sont classiques: hameçonnage ciblé, attaques par point d’eau. Une fois dedans, Turla reste. Les codes malveillants visent Windows, Linux, macOS - les services Outlook et Exchange. Turla n’est pas une campagne ponctuelle. C’est une infrastructure permanente.
Mais l’unité 61240 opère depuis le territoire russe - hors de portée de la justice française.
Une attribution sans précédent: de l’unité APT à l’adresse militaire
Les services français ont déjà attribué des cyberattaques russes. En 2015, le sabotage de TV5Monde. En 2017, la tentative de déstabilisation du processus électoral. Ces deux opérations étaient signées GRU, le renseignement militaire russe, via le groupe APT28 (Fancy Bear). Mais ces attributions restaient au niveau du groupe APT ou de l’agence de renseignement, sans descendre à l’unité militaire précise.
Cette fois, Paris franchit un palier. Le rapport du 13 juillet 2026 nomme l’unité militaire 61240 du 16e Centre du FSB - la localise près de Saint-Pétersbourg - et publie l’organigramme de ses onze centres d’interception. Ce niveau de granularité, nom de l’unité, localisation géographique, infrastructure technique, est inédit dans les attributions publiques françaises.
Activité continue: de 2004 aux compromissions récentes
Les premières traces documentées de Turla remontent à 2004. Mais les attaques visant spécifiquement les entités françaises sont enregistrées depuis les années 2010. Entre ces deux dates, une décennie de montée en charge. Le rapport du C4 documente une continuité opérationnelle: le ciblage des comptes de messagerie du ministère des Armées débute en 2017 - l’ambassade de France à Moscou est compromise en 2018 - un serveur du secteur de la justice en 2019 - et en février 2025, l’exfiltration de données d’un institut de recherche pour la défense. Le code Kazuar - déployé depuis 2016, fonctionne toujours.
Une activité ininterrompue depuis au moins 2004. Turla n’est pas une campagne ponctuelle. C’est une infrastructure permanente d’espionnage, adaptée au fil des années aux nouvelles cibles et aux nouvelles défenses.
Sanctions européennes: neuf personnes, quatre entités, un signal diplomatique
L’Union européenne impose des sanctions contre 9 individus et 4 entités russes le 13 juillet 2026. Certaines de ces entités sont liées à des tentatives de sabotage contre le système d’assainissement de l’eau et le secteur énergétique en Pologne. Ces sanctions coordonnées amplifient la pression diplomatique au-delà du seul cas français. Le ciblage ne se limite pas à l’espionnage de données sensibles. Il inclut des opérations de sabotage sur des infrastructures critiques européennes.
Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères condamne « avec la plus grande fermeté » les activités du FSB. La France annonce la convocation de l’ambassadeur de Russie. L’escalade des sanctions marque une coordination européenne renforcée face aux activités du 16e Centre du FSB.
Le déni russe face aux preuves techniques
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov - rejette les accusations. Il les qualifie de « gratuites », « non argumentées » et « non appuyées par des preuves ». Cette réponse ignore le rapport publié par le C4 - qui documente l’unité militaire 61240 - sa localisation près de Saint-Pétersbourg - les victimes françaises depuis 2017 - les modes opératoires - et les codes malveillants employés.
Le déni russe illustre le fossé entre démonstration technique et réponse politique. Paris publie l’organigramme, localise l’unité, liste les compromissions. Moscou nie en bloc. Cette posture n’est pas nouvelle, mais le niveau de détail technique publié par la France rend le déni plus difficile à soutenir face aux alliés occidentaux. Le FSB sait désormais que la France sait. Le reste est surveillance mutuelle.
Unité 61240: une sous-structure du 16e Centre
Le 16e Centre du FSB, également connu sous le nom d’unité militaire 71330 - est l’héritier de la 16e Direction du KGB soviétique. Il opère onze centres d’interception sur le territoire russe - avec des antennes orientées vers l’Europe et les États-Unis - d’autres vers l’Asie. L’unité militaire 61240 est une sous-structure du 16e Centre, spécifiquement chargée de cibler la France. Le rapport français localise cette unité 61240 près de Saint-Pétersbourg - distinguant ainsi la structure globale (71330) de la cellule opérationnelle française (61240).
Sources
- CERT-FR - Ciblage et compromission d'entités françaises par le FSB
- Cyber.gouv.fr - Ciblage et compromission d'entités françaises par le FSB
- Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères - Attribution à la Russie d'activités cyber malveillantes
- Le Parisien - Une campagne cyber de sabotage et d'espionnage
- InCyber - France attributes major cyberespionage campaign to Russia
- Conseil de l'UE - Cyber: Russia - Statement by the High Representative