Free party sur zone militaire du Cher : élus et résidents alertent sur les risques
Environ 20 000 personnes sur un polygone de tir jonché de munitions non explosées, élus et riverains du Loiret dénoncent l'accès interdit aux habitants
Une free party illégale a investi le 1er mai 2026 le polygone de tir militaire de la DGA-TT à Cornusse, dans le Cher, à deux pas du Loiret. Jusqu'à 20 000 personnes se sont installées sur un terrain jugé « très dangereux » par la préfecture, contenant des munitions non explosées vieilles de 150 ans. Élus et résidents, y compris du Loiret adjacent, dénoncent une situation paradoxale des milliers de fêtards sur un sol interdit à leurs propres habitants.
Une free party illégale a investi le 1er mai 2026 le polygone de tir militaire de la DGA-TT à Cornusse, dans le Cher, à deux pas du Loiret. Jusqu’à 20 000 personnes se sont installées sur un terrain jugé « très dangereux » par la préfecture, contenant des munitions non explosées vieilles de 150 ans. Élus et résidents, y compris du Loiret adjacent, dénoncent une situation paradoxale : des milliers de fêtards sur un sol interdit à leurs propres habitants.
L’essentiel
- Affluence : environ 20 000 personnes présentes le 1er mai 2026, jusqu’à 30 000 attendues, 17 000 encore sur place au 3 mai selon la préfecture du Cher.
- Site : polygone de tir de la DGA-TT, 10 000 hectares répartis sur une douzaine de communes, utilisé depuis plus d’un siècle pour des essais d’armement.
- Bilan au 3 mai : 33 blessés dont 5 en urgence absolue pour stupéfiants, 600 verbalisations, un obus découvert et neutralisé sur le site.
- Forces de l’ordre : 600 gendarmes déployés par le préfet Philippe Le Moing Surzur.
- Intervention ministérielle : Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, s’est rendu sur place le 3 mai 2026.
Un site militaire jugé « très dangereux », occupé en pleine nuit
Le polygone de tir de la DGA-TT (Direction générale de l’armement - Techniques terrestres) s’étend sur 10 000 hectares à cheval sur une douzaine de communes du Cher, dont Cornusse. Ce terrain, utilisé depuis plus d’un siècle pour des essais d’armement, est classé zone militaire interdite au public. La préfecture du Cher l’a qualifié de « très dangereux » en raison de la présence potentielle de munitions non explosées datant de 150 ans d’essais d’artillerie, selon BFMTV et France 3 Régions.
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, la gendarmerie a alerté la maire de Cornusse de l’arrivée massive de convois de véhicules, selon le récit de l’élue rapporté par Ici.fr. Les fêtards se sont installés sur le site sans autorisation, déclenchant une mobilisation immédiate des forces de l’ordre.
La réalité des risques a été confirmée dès le 2 mai : un obus a été découvert sur le site et neutralisé, selon France 3 Régions et France 24. Le chiffre est édifiant - c’est un seul engin retrouvé, mais la préfecture souligne que la zone n’a jamais été intégralement déminée.
« Même les habitants n’ont pas le droit d’y aller »
La dénonciation vient des élus locaux et des riverains, y compris ceux du Loiret adjacent. Leur argument central : ce terrain leur est formellement interdit à l’année, et des dizaines de milliers de personnes viennent s’y installer librement pendant un week-end, selon le reportage de Franceinfo.
Le sentiment d’injustice est double : les habitants ne peuvent pas accéder à ces terres, et ils subissent les nuisances et les risques d’un événement qu’ils n’ont pas choisi. Les routes locales ont été saturées de convois, perturbant la vie des communes riveraines du Cher et des franges du Loiret proches de la zone.
Ce type d’événement n’est pas sans rappeler d’autres teknival géants dans le Centre-Val de Loire, mais l’implantation sur une zone militaire active constitue un fait inédit dans la région.
600 gendarmes, 33 blessés, 600 verbalisations
Le préfet du Cher, Philippe Le Moing Surzur, a déployé 600 gendarmes pour sécuriser le périmètre et verbaliser les infractions. Il a publiquement déclaré espérer « aucun blessé grave ». Au 3 mai, le bilan dressé par la préfecture faisait état de 33 blessés, dont cinq en urgence absolue pour consommation de stupéfiants, selon Le Figaro et France 3 Régions. Six-cents verbalisations ont été dressées pour infractions diverses.
La stratégie retenue n’a pas été la dispersion forcée - techniquement difficile face à une foule aussi nombreuse sur un terrain aussi vaste - mais le contrôle aux accès et la verbalisation systématique des entrées.
Une dimension politique assumée
La free party ne se présente pas comme un simple événement musical. Selon Marianne, les organisateurs revendiquent une opposition à l’industrie de la défense et à la loi adoptée le 9 avril 2026, qui durcit les sanctions contre les rassemblements musicaux non autorisés. Ce texte fait suite à plusieurs événements similaires en 2025 dans la région Centre-Val de Loire.
Le choix d’un polygone de tir militaire comme lieu d’occupation n’est donc pas présenté par les organisateurs comme fortuit - il s’agit d’une démonstration contre l’outil de défense. Une dimension qui amplifie le rejet des élus locaux, qui se retrouvent pris entre un événement illégal, une zone qu’ils ne contrôlent pas et une colère de leurs administrés.
D’autres rassemblements similaires ont tenté de se constituer ailleurs en France dans les jours suivants, en réaction à l’événement du Cher. Dans le sud de la France, le préfet concerné a mis fin à l’un d’eux, verbalisant 59 personnes, selon Midi Libre.
Contexte dans le Loiret
Le Loiret (45), département de 690 000 habitants environ, partage une frontière avec le Cher au sud. Les communes loirétaines situées au sud du département, dans le secteur de Gien et La Chapelle-d’Angillon, sont géographiquement proches du polygone de tir de Cornusse. Les routes empruntées par les convois de fêtards ont traversé ces zones de transition entre les deux départements, selon les élus locaux cités par Franceinfo.
Le Loiret ne dispose d’aucune implantation militaire comparable sur son territoire. Mais la mobilisation de ses élus dans cette affaire illustre un phénomène fréquent dans la région Centre-Val de Loire : les événements de grande ampleur dans le Cher débordent sur les départements voisins - Loiret, Allier, Indre - en termes de flux routiers et de nuisances.
La question de la coordination interdépartementale en cas d’événement non autorisé de grande ampleur - comme le prévoient certains dispositifs de préfecture pour les risques naturels - reste posée pour ce type de situation.
Le ministre de l’Intérieur sur place, une promesse de répression accrue
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur et originaire de Bourges, s’est rendu sur le site le 3 mai 2026. Il a déclaré que le gouvernement est déterminé « à mieux réprimer » ces rassemblements musicaux illégaux, selon Le Monde. Sa visite intervient dans le contexte de la loi d’avril 2026, dont l’application sera scrutée par les élus locaux du Cher et du Loiret dans les semaines à venir.
Au moment de la visite ministérielle, environ 17 000 personnes étaient encore présentes sur le site, après un recomptage précis effectué par la préfecture du Cher, selon Le Monde et Le Huffington Post.
La dispersion progressive du rassemblement était attendue dans les jours suivant le 3 mai. Les éventuelles suites judiciaires - notamment pour les organisateurs identifiés - restent à préciser par le parquet de Bourges.
Sources
- Franceinfo : Reportage : «Même les habitants n'ont pas le droit d'y aller»
- France 3 Régions : Blessés légers, verbalisations et gardes à vue : le point de situation de la préfecture
- Le Monde : Teknival près de Bourges : Laurent Nuñez attendu sur place, 17 000 personnes au troisième jour
- Le Figaro : Free party dans le Cher : 33 blessés et 600 verbalisations