Gouzon : la justice suspend l’interdiction du doc « La Part du loup », mais la projection n’a pas eu lieu
Le tribunal administratif de Limoges a annulé le 4 juin 2026 la décision du maire LR Cyril Victor, qui avait bloqué la diffusion du film dans la Micro-Folie communale.
Le tribunal administratif de Limoges a suspendu en urgence l'interdiction imposée par le maire de Gouzon (Creuse) à un documentaire sur le retour du loup. Malgré cette ordonnance, la projection du 5 juin n'a finalement pas pu se tenir, les conditions proposées par la mairie étant jugées insuffisantes par l'association organisatrice.
L’essentiel
- Fin mai 2026 : le maire LR de Gouzon, Cyril Victor, annule la projection du documentaire « La Part du loup » prévue le 5 juin à la Micro-Folie communale, invoquant l’incompatibilité loup/élevage et un risque d’ordre public.
- 4 juin 2026 : le tribunal administratif de Limoges, saisi en référé-liberté, suspend l’interdiction et condamne la commune à verser 1 200 € aux requérants.
- 5 juin 2026 : la projection n’a pas lieu malgré l’ordonnance, l’association Carduelis jugeant les conditions d’accueil proposées par la mairie non conformes à l’injonction judiciaire.
- Film : « La Part du loup », 43 minutes, réalisé en 2024 par Vincent Primault et Carmen Munoz Pastor (Carduelis), retrace le retour du loup en Limousin.
Une décision du maire, une interdiction en pleine saison culturelle
Fin mai 2026, Cyril Victor, maire LR de Gouzon depuis au moins 2014 et réélu à l’unanimité en mars 2026, annule la projection de deux documentaires prévue le 5 juin dans la Micro-Folie communale - un espace culturel installé dans l’ancienne salle de cinéma de la commune, rue du Chanoine Ardant. Parmi les films visés : « La Part du loup », 43 minutes, réalisé en 2024 par Vincent Primault et Carmen Munoz Pastor, fondateurs de l’association creusoise Carduelis.
Sa justification, rapportée par France 3 : « Le loup et l’élevage sont incompatibles. » Il invoque également un risque pour l’ordre public. Le film aborde le retour du loup en Limousin - notamment l’abattage d’un loup solitaire en Corrèze le 11 mai 2023 - et compare les approches française et italienne sur la cohabitation avec le prédateur.
L’association Carduelis dénonce la décision publiquement dès le 26 mai 2026, selon le blog Censure et Cinéma (@DarknessFanzine), qui suit l’affaire depuis son déclenchement.
Quatre associations saisissent le tribunal en référé-liberté
Carduelis, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), Canopée-forêts vivantes et l’Observatoire de la liberté de création déposent un référé-liberté devant le tribunal administratif de Limoges. Le 4 juin 2026, le tribunal rend son ordonnance : l’interdiction du maire constitue une « atteinte grave et manifestement illégale aux libertés d’expression et de réunion », selon ICI (ex-France Bleu Creuse).
Le juge ordonne la mise à disposition de la salle pour la projection du lendemain et condamne la commune à verser 1 200 € aux requérants. Une décision rapide, rendue à moins de 24 heures de la date de projection prévue.
La LDH, qui avait déjà interpellé des autorités locales dans d’autres dossiers de liberté publique en région - comme à Rennes début juin - , était partie prenante de la procédure.
L’ordonnance appliquée… mais la projection annulée
Malgré la décision de justice, le film n’est pas projeté le 5 juin. Selon France 3, Carduelis a refusé les conditions proposées par la mairie : remise des clés de la salle sans personnel technique ni accueil, assortie d’une convention jugée trop restrictive. L’association a estimé que ces modalités n’étaient pas conformes à l’injonction judiciaire.
Le maire Cyril Victor a contesté ces allégations, selon les mêmes sources. Les deux parties restent donc en désaccord sur les faits. À ce stade, aucune nouvelle date de projection à Gouzon n’a été annoncée.
Le documentaire continue d’être diffusé dans d’autres communes. Une projection est programmée à Évaux-les-Bains le 18 juin 2026, et des ciné-débats ont déjà eu lieu à Châtelus-le-Marcheix et Peyrat-le-Château, selon France 3 et La Montagne.
Contexte dans la Creuse
Gouzon est une commune rurale de 1 558 habitants (INSEE, 2023), densité de 31 hab./km², située dans le département de la Creuse (23). Le territoire est à dominante agricole et d’élevage, contexte dans lequel la question du retour du loup est particulièrement sensible.
L’association Carduelis, loi 1901, est elle-même creusoise : créée en décembre 2010 par Carmen Munoz Pastor et Vincent Primault, elle mène depuis ses débuts des suivis naturalistes sur le plateau de Millevaches, notamment sur les grands prédateurs. Son documentaire « La Part du loup » (2024) s’inscrit dans ce travail de terrain.
La Micro-Folie de Gouzon, inaugurée vers 2021 dans l’ancienne salle de cinéma, est un équipement culturel communal financé notamment par le ministère de la Culture. Son usage comme espace de projection et de débat est précisément sa vocation première. La mairie de Guéret, chef-lieu du département, a par ailleurs voté récemment des investissements culturels - dont la rénovation de la piste d’athlétisme lors de son conseil municipal du 1er juin.
Le conflit entre usage pastoral et biodiversité prédatrice reste vif dans tout le Massif central. En Corrèze voisine, l’abattage d’un loup solitaire le 11 mai 2023 - événement central du documentaire - avait déjà suscité des réactions contrastées.
Le blog Censure et Cinéma relaie l’affaire
C’est le blog spécialisé Censure et Cinéma, tenu par le compte @DarknessFanzine, qui a publié le 7 juin 2026 la synthèse de l’affaire, en citant l’ordonnance du TA de Limoges et les positions de Carduelis. Le blog documente régulièrement les cas d’interdiction ou de restriction de diffusion cinématographique en France.
L’affaire a par ailleurs été couverte par France 3 Nouvelle-Aquitaine, ICI et La Montagne dès la fin mai 2026, ce qui lui a donné une visibilité régionale inhabituelle pour une décision municipale dans une commune de cette taille.
La question de savoir si une nouvelle date de projection sera proposée à Gouzon - et dans quelles conditions - reste ouverte. Carduelis n’a pas indiqué, à ce stade, si elle entendait poursuivre la procédure judiciaire.
Sources
- France 3 Régions : "Le loup et l'élevage sont incompatibles" : le maire de Gouzon annule la diffusion d'un documentaire
- ICI (ex-France Bleu) : Une atteinte grave à la liberté d'expression : la justice donne tort au maire de Gouzon
- France 3 Régions : "De la censure" : interdit par le maire, un documentaire sur le loup autorisé en urgence par la justice n'a finalement pas pu être diffusé
- Censure et Cinéma (blog) : La justice annule l'interdiction du documentaire « La Part du loup » décidée par le maire de Gouzon