Gouzon : le tribunal de Limoges condamne le maire pour atteinte à la liberté d’expression

Le tribunal administratif de Limoges a ordonné la tenue de la projection de deux documentaires annulée par Cyril Victor, qualifiant sa décision d'« atteinte grave et manifestement illégale ».

Gouzon : le tribunal de Limoges condamne le maire pour atteinte à la liberté d'expression
Illustration Jean Faucher / info.fr

Le tribunal administratif de Limoges a donné tort au maire de Gouzon (Creuse), Cyril Victor, ce 5 juin 2026. Saisi en référé par trois associations, le tribunal a ordonné la projection des documentaires « La part du loup » et « Sous nos yeux en Limousin » ce soir à 20h à la Micro-Folie, et condamné la commune à verser 1 200 € aux requérantes.

L’essentiel

  • Décision : Le tribunal administratif de Limoges a qualifié l’annulation du maire d’« atteinte grave et manifestement illégale aux libertés d’expression et de réunion ».
  • Condamnation financière : La commune de Gouzon doit verser 1 200 € aux associations requérantes (LDH, Carduelis, Canopée-forêts vivantes).
  • Projection maintenue : Les deux documentaires seront projetés ce vendredi 5 juin 2026 à 20h à la Micro-Folie de Gouzon.
  • Films déjà diffusés : « La part du loup » et « Sous nos yeux en Limousin » avaient été projetés sans troubles majeurs à Tulle (24 mars 2026) et Brive-la-Gaillarde (26 mars 2026).
  • Maire réélu : Cyril Victor est maire de Gouzon depuis au moins 2008, réélu en 2026.

Une annulation jugée illégale par le tribunal

Le tribunal administratif de Limoges, saisi en référé liberté, a rendu sa décision ce 5 juin 2026. Il a ordonné à la commune de Gouzon de mettre à disposition ses locaux - la Micro-Folie, installée dans la salle de cinéma de la commune rue du Chanoine Ardant - pour la projection de deux documentaires ce soir à 20h. La décision est sans appel sur la qualification : l’annulation par le maire constitue une « atteinte grave et manifestement illégale aux libertés d’expression et de réunion », selon ICI Creuse et La Montagne.

Les deux films concernés sont « La part du loup », réalisé par l’association creusoise Carduelis en partenariat avec l’ASPAS et Férus, et « Sous nos yeux en Limousin », centré sur la gestion forestière et les coupes rases. Les deux documentaires traitent de sujets sensibles dans ce territoire d’élevage et de sylviculture.

Les arguments du maire rejetés

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Cyril Victor, réélu maire de Gouzon en 2026 et élu depuis au moins 2008, avait annulé la projection en estimant les films « trop clivants et partisans ». Il invoquait un « risque d’atteinte à l’ordre public flagrant », s’appuyant sur des manifestations survenues en Corrèze lors de projections similaires, ainsi que sur des courriels et appels anonymes reçus en mairie, selon ICI Creuse.

Le tribunal a écarté ces arguments. Il a relevé que les deux documentaires avaient déjà été diffusés sans troubles majeurs en Limousin et en Creuse - notamment à Tulle le 24 mars 2026 et à Brive-la-Gaillarde le 26 mars 2026, où des rassemblements d’éleveurs et de syndicats avaient eu lieu sans incident grave. Le tribunal a également reproché au maire de ne pas avoir consulté la préfecture avant de prononcer l’annulation, selon La Montagne.

L’association Carduelis, l’une des requérantes, a réagi sans ambiguïté. Elle qualifie la décision du tribunal de « victoire immense pour la démocratie, la liberté d’association et la liberté d’expression ».

Trois associations à l’origine du recours

La procédure de référé liberté a été initiée conjointement par la Ligue des droits de l’Homme (LDH), l’association Carduelis et Canopée-forêts vivantes. Cette dernière est une association nationale de plaidoyer pour la protection des forêts, engagée contre les coupes rases et l’industrialisation forestière, avec une présence active en Creuse et en Limousin.

Les associations réclamaient 3 000 € de frais de justice. Le tribunal leur en a accordé 1 200 €. La commune de Gouzon devra s’en acquitter.

Du côté opposé, le syndicat Coordination rurale 23 (CR23), présidé par Paul Marchon, soutient la position du maire. Selon ICI Creuse, la CR23 envisage de se rendre à la projection ce soir. Le syndicat aurait également écrit au maire d’Évaux-les-Bains pour demander l’annulation d’une projection prévue le 18 juin dans cette commune.

Une soirée chargée pour la mairie

Cyril Victor a indiqué qu’il mettrait les clés à disposition des associations pour permettre la tenue de la projection. La mairie n’a pas précisé si un représentant municipal serait présent sur place.

Le maire et son conseil municipal ont par ailleurs une autre obligation ce vendredi soir : une réunion du conseil municipal se tient à partir de 19h, consacrée aux sénatoriales. Les deux événements sont donc simultanés dans la commune de 1 558 habitants.

La commune de Gouzon est également attendue le 13 juin en finale de la Coupe de la Creuse face à Guéret au stade Léo Lagrange, ce qui témoigne d’une actualité locale particulièrement dense pour cette petite ville du centre du département.

Contexte dans la Creuse

Gouzon (1 558 habitants, densité de 31 hab/km², source INSEE 2023) est une commune rurale du centre de la Creuse, à dominante agricole et forestière. Le débat sur le retour du loup et sur les pratiques sylvicoles - coupes rases en particulier - y est particulièrement vif, comme dans l’ensemble du Massif central.

La Micro-Folie de Gouzon, espace culturel numérique initié par La Villette et installé dans la salle de cinéma communale depuis 2021, est le seul équipement de ce type dans ce secteur de la Creuse. Elle est ouverte plusieurs après-midis par semaine. Son utilisation comme lieu de projection associative s’inscrit dans une pratique courante sur le territoire.

L’affaire intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre monde agricole et associations environnementales dans le département. La Creuse, qui dispose de services publics souvent regroupés autour de quelques bourgs-centres, est un territoire où les décisions municipales ont un poids particulier dans l’accès à la vie culturelle et associative.

Ce type de contentieux en référé liberté reste peu fréquent à l’échelle d’une commune de cette taille. L’affaire a été couverte de manière croisée par ICI Creuse et La Montagne, les deux principaux médias régionaux, dès la décision rendue.

Des affaires comparables - annulation de manifestations culturelles par des élus locaux, retoquée par la justice administrative - ont déjà été tranchées en France, mais rarement avec une telle rapidité en référé à l’échelle d’une commune rurale de moins de 2 000 habitants.

La projection aura lieu ce soir

Les deux documentaires seront donc diffusés ce vendredi 5 juin 2026 à 20h à la Micro-Folie de Gouzon, conformément à l’ordonnance du tribunal administratif de Limoges. La Creuse suit avec attention les décisions judiciaires qui impliquent ses élus locaux, dans un département où chaque mandat municipal engage des équilibres politiques fragiles.

La CR23 ayant annoncé sa présence et les associations requérantes mobilisées, la soirée s’annonce tendue. Aucune mesure d’encadrement particulière n’avait été communiquée à ce stade par la préfecture.

Sources

Jean Faucher

Jean Faucher

Jean est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Creuse (23), avec Guéret pour chef-lieu. Spécialité du département : tapisserie Aubusson UNESCO et art contemporain Vassiviere. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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