Grève SNCF du 10 juin : la CGT Cheminots Chambéry dénonce la course à la rentabilité

Fabrice Guigon, secrétaire général CGT Cheminots Chambéry, alerte sur les risques de l'ouverture à la concurrence des TER pour les usagers savoyards.

Grève SNCF du 10 juin : la CGT Cheminots Chambéry dénonce la course à la rentabilité
Illustration Aurélie Blanc / info.fr

Le 10 juin 2026, quatre syndicats SNCF ont mené une grève nationale de 24 heures. En Savoie, un TGV sur trois a été annulé et les TER fortement perturbés. Fabrice Guigon, de la CGT Cheminots Chambéry, a profité du mouvement pour dénoncer l'ouverture à la concurrence des TER régionaux.

L’essentiel

  • Grève du 10 juin 2026 : quatre syndicats représentatifs (CGT Cheminots, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail, CFDT Cheminots) ont déclenché un arrêt de travail national de 24 heures - préavis déposé le 6 mai.
  • Perturbations en Savoie : un TGV sur trois annulé, trafic TER fortement réduit en Savoie et Haute-Savoie selon ICI Pays de Savoie.
  • Ouverture à la concurrence : la région Auvergne-Rhône-Alpes prévoit l’attribution des TER par lots géographiques, dont l’étoile Chambéry-Grenoble, pour une mise en service autour de 2032-2033.
  • Résultats SNCF 2025 : chiffre d’affaires stable à 43 milliards d’euros, bénéfice net de 1,8 milliard d’euros, selon le groupe SNCF et Le Monde.
  • Première action unitaire : c’est le premier mouvement commun des quatre syndicats représentatifs depuis décembre 2024.

Une journée de perturbations en Savoie

Mercredi 10 juin 2026, les gares de Savoie ont tourné au ralenti. La grève nationale de 24 heures, déclenchée conjointement par la CGT Cheminots, l’UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et la CFDT Cheminots, a entraîné la suppression d’un TGV sur trois et de nombreux TER en Savoie et Haute-Savoie, selon ICI Pays de Savoie. Le préavis avait été déposé le 6 mai par les quatre organisations syndicales - première convergence de ce type depuis décembre 2024.

Le mouvement n’était pas isolé : les lignes Rémi Chartres-Paris et Droué-Chartres ont également subi de fortes perturbations ce même jour dans le Centre-Val de Loire.

Guigon : « Ce n’est pas que pour l’intérêt des cheminots »

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Invité de l’antenne d’ICI Pays de Savoie le 10 juin, Fabrice Guigon, secrétaire général de la CGT Cheminots à Chambéry, a expliqué le sens du mouvement. Selon lui, la grève vise avant tout à dénoncer l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire régional. « Si on fait grève, ce n’est pas que pour l’intérêt des cheminots », a-t-il déclaré, selon l’interview diffusée par Radio France.

Pour Guigon, introduire des opérateurs privés sur les lignes TER conduirait à substituer une logique de rentabilité et de profit au service public, au détriment de la qualité de service et des tarifs pratiqués pour les usagers. Il cite en exemple le fret ferroviaire, déjà privatisé : selon lui, la mise en concurrence a reporté des volumes sur la route, aggravant la saturation des autoroutes autour de Chambéry.

La CGT dénonce également les réorganisations internes à la SNCF : les missions des contrôleurs seraient de plus en plus orientées vers la rentabilité commerciale, au détriment de la sécurité et de la qualité du service aux voyageurs, toujours selon Guigon dans cette interview.

Des résultats SNCF solides qui n’apaisent pas la CGT

Le groupe SNCF affiche pourtant des indicateurs financiers robustes. Son chiffre d’affaires 2025 s’établit à 43 milliards d’euros, stable par rapport à l’exercice précédent, pour un bénéfice net de 1,8 milliard d’euros - cinquième année consécutive de résultats positifs, selon Le Monde. Les investissements ont atteint 11 milliards d’euros en 2025, dont 95 % orientés vers le ferroviaire français, soit une hausse de 17 % par rapport à 2024, avec une réduction de l’endettement net de 470 millions d’euros.

La CGT Cheminots nationale ne conteste pas ces chiffres, mais en critique l’usage. Dans un communiqué publié sur cheminotcgt.fr en février 2026, le syndicat interroge : « De l’argent, mais pour faire quoi ? » Il estime que ces bénéfices auraient dû être réinjectés dans le service public plutôt que d’accompagner un « virage business » et un désengagement de l’État.

Contexte dans la Savoie

La Savoie occupe une position ferroviaire stratégique : le nœud de Chambéry distribue les trains vers Lyon, Grenoble, Annecy, Modane et l’Italie. Toute perturbation sur ce hub se propage rapidement à l’ensemble du réseau régional.

L’enjeu de la concurrence est donc particulièrement concret ici. La région Auvergne-Rhône-Alpes a signé en 2024 une convention TER 2024-2033 avec la SNCF, qui intègre des pénalités pour qualité de service et prépare explicitement l’ouverture à la concurrence, selon la région et le GART. L’attribution des lots géographiques est planifiée par étapes : l’étoile de Chambéry et de Grenoble est visée pour une mise en service d’un opérateur concurrent autour de 2032-2033, d’après Les Echos et Wikipedia. La CGT nationale soulève par ailleurs un argument financier : la mise en concurrence génère des coûts supplémentaires pour les collectivités (maintenance d’ateliers distincts par lot, remboursement des candidats non retenus), susceptibles de se répercuter sur les tarifs.

À Chambéry, la question prend aussi une dimension sociale. La ville et son agglomération dépendent fortement du TER pour les déplacements domicile-travail vers Lyon et Grenoble. Toute hausse tarifaire ou dégradation de l’offre toucherait en premier lieu les actifs sans voiture.

Une convention régionale qui acte le changement

La convention TER 2024-2033 signée entre la région Auvergne-Rhône-Alpes et la SNCF constitue le cadre légal de la transition. Elle maintient la SNCF comme opérateur unique jusqu’à l’ouverture progressive des lots, tout en imposant des indicateurs de ponctualité et de régularité assortis de pénalités financières. Pour les syndicats, ce document acte précisément le changement de paradigme qu’ils combattent : un contrat de performance commercial plutôt qu’une délégation de service public.

La réaction officielle de la direction SNCF ou de la région Auvergne-Rhône-Alpes à la grève du 10 juin n’a pas été communiquée à ce stade.

La prochaine étape sur le dossier concurrence sera le lancement des appels d’offres par lots géographiques ; leur calendrier précis n’a pas encore été rendu public par la région.

Aurélie
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Sources

Aurélie Blanc

Aurélie Blanc

Aurélie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Savoie (73), avec Chambéry pour chef-lieu. Spécialité du département : plus grand domaine skiable mondial (3 Vallees). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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