Hauts-de-Seine : le préfet Brugère mise sur les départs volontaires pour éloigner les détenus étrangers
Convention signée en juin 2025, aide financière de 1 200 euros et visites mensuelles en prison le préfet Alexandre Brugère tente de contourner les blocages des éloignements forcés.
Face à la surpopulation carcérale et au coût élevé des expulsions forcées, le préfet des Hauts-de-Seine Alexandre Brugère a mis en place une stratégie d’aide au retour volontaire pour les détenus étrangers de la maison d’arrêt de Nanterre. Une convention tripartite a été signée le 4 juin 2025 avec le parquet et l’établissement pénitentiaire.
L’essentiel
- Convention signée le 4 juin 2025 entre la préfecture des Hauts-de-Seine, le parquet et la maison d’arrêt de Nanterre pour systématiser l’éloignement des détenus étrangers.
- 192 % d’occupation à la prison de Nanterre au 1er avril 2025 : 1 148 détenus pour 597 places.
- Coût d’une expulsion forcée : 14 000 euros, contre moins de 1 200 euros pour un départ volontaire avec pécule et billet d’avion.
- Un agent dédié recruté le 1er juillet 2025 pour suivre les dossiers administratifs des étrangers incarcérés.
Ce que contient la convention tripartite
Le 4 juin 2025, la préfecture des Hauts-de-Seine, le parquet de Nanterre et la direction de la maison d’arrêt de Nanterre ont signé une convention visant à accélérer les procédures d’éloignement des détenus étrangers. Selon Contact92, ce texte prévoit un suivi renforcé des dossiers administratifs dès l’incarcération, avec l’objectif de réduire le nombre de personnes en situation irrégulière à la sortie de prison.
Au moment de la signature, 447 détenus étrangers étaient incarcérés à Nanterre, dont 289 en situation irrégulière. La maison d’arrêt affichait un taux d’occupation de 192 % au 1er avril 2025, avec 1 148 prisonniers pour 597 places, selon l’Observatoire international des prisons.
Des blocages opérationnels persistants
Malgré la convention, l’éloignement forcé reste difficile à mettre en œuvre. Le coût d’une expulsion forcée est estimé à 14 000 euros par détenu, selon des données de la préfecture relayées par InfoRadar. À ce prix s’ajoutent les difficultés diplomatiques : certains pays refusent de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au rapatriement.
Le préfet Alexandre Brugère, nommé en octobre 2024, a fait de la lutte contre la délinquance des étrangers en situation irrégulière une priorité, indique Défense-92.fr. Mais les moyens humains restent insuffisants. Le 27 avril 2026, des surveillants de la prison de Nanterre ont bloqué l’établissement pour protester contre le manque d’effectifs et la surpopulation, rapportait l’AFP.
La stratégie du départ volontaire
Pour contourner ces obstacles, la préfecture mise sur l’aide au retour volontaire. Ce dispositif, géré par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), propose aux détenus étrangers un billet d’avion, un pécule de 1 200 euros et une aide à la réinsertion dans leur pays d’origine. Son coût total est inférieur à 1 200 euros par personne, soit onze fois moins qu’une expulsion forcée.
Le préfet Brugère effectue des visites mensuelles à la prison de Nanterre pour rencontrer directement les détenus susceptibles d’accepter ce dispositif. Selon une source préfectorale citée par InfoRadar, ces entretiens permettent de présenter l’offre et de lever les réticences. Un agent de liaison dédié au suivi des dossiers administratifs des étrangers incarcérés a été recruté le 1er juillet 2025, précise Contact92.
Contexte dans les Hauts-de-Seine
Avec plus de 1,6 million d’habitants, les Hauts-de-Seine sont le troisième département le plus peuplé d’Île-de-France. La maison d’arrêt de Nanterre, l’une des plus surpeuplées de France, concentre une part importante de la délinquance liée aux étrangers en situation irrégulière. Le département compte également un nombre élevé de sortants de prison sans titre de séjour.
La convention tripartite est l’une des premières expériences de ce type en France. Elle pourrait servir de modèle pour d’autres départements confrontés aux mêmes difficultés. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a salué l’initiative, indique la même source, mais n’a pas annoncé de moyens supplémentaires pour l’instant.
Bilan et perspectives
Plus d’un an après la signature de la convention, la préfecture n’a pas communiqué de chiffres précis sur le nombre de départs volontaires effectifs. Les blocages consulaires restent un frein majeur pour les détenus originaires de pays refusant de coopérer. Le blocage de la prison d’avril 2026 illustre aussi les tensions sociales persistantes chez les surveillants.
Prochaine étape : le préfet Brugère doit présenter un premier bilan chiffré lors du prochain comité de pilotage prévu à l’automne 2026, selon une information de la préfecture non encore officielle. En attendant, les visites mensuelles aux détenus se poursuivent.