Inflation à 1,8% mais chômage à 8,1% : l’économie française en demi-teinte
L'inflation ralentit nettement en juin grâce à la baisse des prix de l'énergie, tandis que le chômage grimpe à son plus haut niveau depuis cinq ans au premier trimestre
La France affiche un visage économique contrasté en ce début d'été 2026. Si l'inflation continue de refluer pour s'établir à 1,8% en juin, le taux de chômage atteint 8,1% au premier trimestre, son niveau le plus élevé depuis 2021. Cette divergence complique la trajectoire du gouvernement.
L’essentiel
- Inflation : 1,8% en juin 2026 contre 2,4% en mai, deuxième baisse mensuelle de l’année à -0,3%
- Chômage : 8,1% au premier trimestre 2026, soit +0,2 point et +68 000 chômeurs pour atteindre 2,6 millions de personnes
- Jeunes : taux de chômage à 21,1% chez les 15-24 ans au premier trimestre
- Énergie : hausse des prix de 11,0% sur un an en juin contre 16,6% en mai
L’économie française navigue entre deux eaux. D’un côté, l’inflation poursuit son reflux pour s’établir à 1,8% sur un an en juin 2026, selon les données publiées par l’INSEE le 10 juillet. De l’autre, le chômage grimpe à 8,1% de la population active au premier trimestre, marquant une détérioration nette du marché de l’emploi. Cette situation en ciseaux place le gouvernement face à un dilemme : célébrer le retour de la stabilité des prix ou s’alarmer de la remontée du chômage à son plus haut niveau depuis cinq ans.
Le reflux de l’inflation se confirme
Les prix à la consommation ont reculé de 0,3% sur un mois en juin 2026, ce qui représente la première baisse mensuelle de l’année. Sur une base annuelle, l’inflation ralentit nettement à 1,8% contre 2,4% en mai. L’inflation sous-jacente, qui exclut notamment l’énergie et les produits frais, s’établit à 1,0% en juin après avoir atteint 1,5% le mois précédent. Ce mouvement rapproche la France de la cible de 2% fixée par la Banque centrale européenne.
Le recul de l’inflation est principalement porté par la décélération des prix de l’énergie, qui augmentent de 11,0% en juin sur un an contre 16,6% en mai, selon Trading Economics. L’inflation des produits alimentaires poursuit également son tassement en s’établissant à 0,9% sur un an en juin, contre 1,1% en mai. Cette accalmie sur le front des prix intervient après deux années de forte pression inflationniste qui avaient érodé le pouvoir d’achat des ménages français.
Le chômage à son plus haut depuis 2021
Le taux de chômage en France hors Mayotte augmente de 0,2 point au premier trimestre 2026 pour atteindre 8,1% de la population active, selon l’INSEE. Ce niveau représente son plus haut depuis le premier trimestre 2021, comme l’a confirmé la DARES. Le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail augmente de 68 000 personnes pour atteindre un total de 2,6 millions au premier trimestre.
Cette remontée du chômage concerne l’ensemble du territoire national. Dans les Hauts-de-France, région historiquement plus touchée, le taux de chômage atteint 9,8% de la population active régionale au premier trimestre, contre 8,1% au niveau national.
Les jeunes particulièrement touchés
Le taux de chômage chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans progresse pour s’établir à 21,1% au premier trimestre 2026, selon l’INSEE. Cette progression inquiète les analystes, qui y voient un signal de dégradation structurelle du marché de l’emploi. La situation des jeunes contraste avec celle des seniors, dont le taux d’emploi continue de progresser grâce aux réformes successives des retraites.
La Banque de France anticipe un maintien du taux de chômage à 8,1% pour 2026-2027, selon AEF Info. Cette prévision, publiée en juin, souligne la persistance attendue des difficultés sur le marché de l’emploi. Seize économistes consultés par BFMTV le 13 juillet estiment que le chômage devrait atteindre ses plus hauts niveaux depuis sept ans en 2026, ce qui place la France dans une trajectoire opposée à celle observée entre 2017 et 2022.
Un contexte macroéconomique en mutation
Cette situation contrastée entre inflation maîtrisée et chômage en hausse reflète les tensions qui traversent l’économie française. Le ralentissement de l’inflation devrait permettre à la Banque centrale européenne de poursuivre la baisse de ses taux directeurs, amorcée en juin dernier. Cette détente monétaire pourrait soutenir l’investissement des entreprises et, à terme, la création d’emplois. Mais le délai de transmission de la politique monétaire à l’économie réelle se compte en trimestres, voire en années.
Dans l’immédiat, la hausse du chômage pèse sur la consommation des ménages, malgré le retour de l’inflation vers des niveaux plus acceptables. La perte de 68 000 emplois au sens du BIT au premier trimestre représente un frein pour une économie encore convalescente après les chocs successifs de la pandémie et de la crise énergétique. Le gouvernement, qui avait fait du plein emploi un objectif central de son action, doit désormais réviser ses ambitions à la baisse.
Les implications pour la politique économique
Cette divergence entre inflation et emploi complique les arbitrages budgétaires. D’un côté, la maîtrise de l’inflation réduit la pression sur les finances publiques en limitant l’indexation automatique de certaines dépenses sociales. De l’autre, la hausse du chômage augmente les dépenses d’indemnisation et réduit les recettes fiscales et sociales. L’équation budgétaire reste donc tendue, alors que la France s’est engagée auprès de Bruxelles à ramener son déficit public sous la barre des 3% du PIB d’ici 2027.
Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si la remontée du chômage observée au premier trimestre constitue un accident de parcours ou le début d’une dégradation durable. Les données du deuxième trimestre, attendues en octobre, permettront d’affiner le diagnostic. L’INSEE prévoit de publier ses nouvelles projections macroéconomiques en septembre.