Jacques-Elie Favrot suspendu de l’Assemblée : 3 circonstances aggravantes retenues
La présidente Yaël Braun-Pivet écarte l'assistant parlementaire de Raphaël Arnault, cité par plusieurs témoins dans l'affaire Quentin Deranque
À 11h04 ce lundi 16 février 2026, la présidente de l'Assemblée nationale a pris une décision inédite : suspendre l'accès au Palais-Bourbon de Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault. Son nom apparaît dans les témoignages liés à la mort de Quentin Deranque, 23 ans, décédé samedi des suites d'une agression survenue jeudi soir à Lyon. L'enquête, désormais qualifiée de "coups mortels aggravés", franchit un cap décisif alors que le procureur s'apprête à s'exprimer à 16 heures.
- Yaël Braun-Pivet a suspendu ce lundi 16 février à 11h04 l'accès au Palais-Bourbon de Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, cité par plusieurs témoins dans l'affaire Deranque
- L'enquête a été requalifiée en coups mortels aggravés par trois circonstances : réunion, usage d'armes et dissimulation du visage, selon le parquet de Lyon qui a recueilli plusieurs témoignages significatifs
- Quentin Deranque, 23 ans, militant nationaliste du collectif Némésis, est décédé samedi après avoir été agressé jeudi 12 février lors d'affrontements en marge d'une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon
- Jacques-Elie Favrot dément formellement toute responsabilité par la voix de son avocat Me Bertrand Sayn et s'est retiré de ses fonctions durant l'enquête, se déclarant menacé de mort par l'extrême droite
- Raphaël Glucksmann a déclaré ce lundi qu'une alliance de la gauche avec LFI pour 2027 était désormais impensable, marquant une rupture historique au sein de la gauche française après ce drame
La décision est tombée en milieu de matinée. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a annoncé ce lundi 16 février la suspension des droits d’accès de Jacques-Elie Favrot au Palais-Bourbon. Selon Le Monde, l’assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault est « cité par plusieurs témoins » dans l’agression mortelle de Quentin Deranque, jeune militant nationaliste de 23 ans décédé samedi. Une mesure conservatoire qui intervient alors que l’enquête judiciaire s’oriente vers l’identification des auteurs directs d’un drame qui secoue la classe politique.
Une suspension justifiée par un risque de trouble à l’ordre public
Dans un communiqué officiel, la présidence de l’Assemblée justifie cette décision par un motif de sécurité. Le Monde rapporte que « sa présence dans l’enceinte de l’Assemblée nationale pourrait entraîner un trouble à l’ordre public ». Yaël Braun-Pivet « a donc décidé de suspendre, à titre conservatoire et sans préjudige des suites de l’enquête judiciaire, les droits d’accès de ce dernier ».
Cette mesure intervient après que le collectif identitaire Némésis, dont Quentin Deranque était proche, a publiquement désigné Jacques-Elie Favrot parmi les agresseurs présumés. Alice Cordier, présidente de Némésis, a notamment pointé du doigt le collaborateur parlementaire. Selon BFMTV, Jacques-Elie Favrot avait anticipé dimanche en annonçant par la voix de son avocat Me Bertrand Sayn qu’il se retirait de ses fonctions « durant le temps de l’enquête ».
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, interrogé ce lundi matin sur France Inter, a confirmé que « des témoignages vont en ce sens », tout en laissant au parquet de Lyon le soin de communiquer officiellement. Il a également souligné « le lien très fort entre LFI et La Jeune Garde », ce groupe antifasciste fondé par Raphaël Arnault et dissous en juin 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur.
Une enquête requalifiée avec trois circonstances aggravantes
L’affaire a pris une tournure judiciaire plus grave. Selon Le Monde, l’enquête préliminaire, initialement ouverte pour « violences aggravées », a été élargie à la qualification de « coups mortels aggravés par trois circonstances : la réunion, l’usage d’armes, la dissimulation du visage ». Le parquet de Lyon indique que « l’enquête s’oriente à présent sur l’identification des auteurs directs des violences correctionnelles et criminelles ».
Le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, doit tenir une conférence de presse ce lundi à 16 heures, après un report d’une heure par rapport à l’horaire initialement prévu. Les services de police auraient, selon le parquet, « recueilli plusieurs témoignages significatifs ». Des annonces importantes sont attendues, alors que l’autorité judiciaire reste discrète pour préserver l’efficacité des investigations.
Les faits remontent au jeudi 12 février au soir. Quentin Deranque se trouvait à Lyon dans le cadre d’une action du collectif Némésis visant à perturber une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Selon France Bleu, le jeune homme assurait le service d’ordre chargé de protéger les militantes de Némésis. Il a été pris en charge en début de soirée par les secours, placé dans le coma avec un pronostic vital engagé, avant de décéder samedi.
Jacques-Elie Favrot dément toute responsabilité
Par la voix de son conseil, Me Bertrand Sayn, Jacques-Elie Favrot a fermement contesté les accusations. « Il dément formellement être responsable de ce drame », a déclaré l’avocat dimanche. Le collaborateur parlementaire affirme être « menacé de mort par l’extrême droite dans tout le pays et en Europe » et ne plus pouvoir « assumer ses fonctions correctement » dans ce contexte. Il s’est déclaré prêt à se tenir « à la disposition de la justice afin de faire la lumière sur ce drame ».
« Dans la presse et sur les réseaux sociaux, Monsieur Favrot est accusé d’avoir causé la mort de Quentin. Il nie formellement être responsable de ce drame », selon Le Parisien.
Jacques-Elie Favrot est un membre actif de La Jeune Garde, ce groupe antifasciste fondé par Raphaël Arnault et dissous en 2025 pour « agissements violents ». La Jeune Garde a publié dimanche un communiqué affirmant ne pouvoir « être tenue pour responsable » de la mort de Quentin Deranque à Lyon, « ayant suspendu toutes ses activités ». Une position qui n’a pas convaincu les responsables politiques de droite et d’extrême droite.
Une classe politique sous tension extrême
L’affaire provoque une onde de choc dans le paysage politique français. La France insoumise se trouve sous une pression intense, mise en cause frontalement par la droite et l’extrême droite. « C’est manifestement l’ultragauche qui a tué », a déclaré le ministre de la Justice Gérald Darmanin dimanche, faisant écho aux propos de l’eurodéputée Marion Maréchal. « La milice de Mélenchon et LFI a tué », avait-elle écrit sur X samedi. Bruno Retailleau, ex-ministre de l’Intérieur, a affirmé : « Ce n’est pas la police qui tue en France, c’est l’extrême gauche ».
Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse élu en 2024 à Avignon, avait exprimé samedi son « horreur et dégoût » après l’annonce de la mort de l’étudiant. Sur X, il a présenté ses condoléances aux proches et déclaré vouloir que « toute la lumière soit faite sur ce drame ». Son parachutage par La France insoumise dans le Vaucluse lors des élections législatives de 2024 avait déjà suscité une vive polémique, compte tenu de son passé de militant antifasciste lyonnais.
Raphaël Glucksmann a franchi un cap ce lundi matin sur RTL, estimant qu’il était « impensable » que la gauche « cultive le moindre doute » sur une « possible alliance avec La France insoumise » à l’élection présidentielle de 2027. Selon Le Dauphiné Libéré, l’eurodéputé Place Publique a dénoncé « une responsabilité de tous les dirigeants politiques qui attisent la haine, y compris ceux de la France insoumise ».
« Il va falloir maintenant qu’on mette un terme à cette brutalisation du débat public », a déclaré Raphaël Glucksmann sur RTL, promettant d’être « la digue de défense de la démocratie, précisément parce que nous ne ferons aucune alliance avec des mouvements qui mettent à mal la démocratie, dont la France insoumise ».
Les enjeux d’une affaire qui dépasse le fait divers
Au-delà du drame humain et de l’enquête judiciaire en cours, cette affaire pose la question de la violence politique en France. Les affrontements entre militants d’extrême gauche et d’extrême droite se multiplient depuis plusieurs années, particulièrement dans les grandes villes universitaires. Lyon, historiquement marquée par la présence de groupes antifascistes structurés, connaît régulièrement des tensions lors d’événements militants.
La suspension de Jacques-Elie Favrot constitue une première dans l’histoire récente de l’Assemblée nationale. Si la présidente du Palais-Bourbon dispose du pouvoir de veiller « à la sûreté intérieure et extérieure » de l’institution, cette prérogative est rarement activée de manière aussi spectaculaire. Le communiqué précise que « toute autre mesure susceptible d’être prise ne peut l’être que par son député-employeur », renvoyant ainsi Raphaël Arnault face à ses responsabilités.
Yaël Braun-Pivet avait exprimé samedi sa « profonde émotion » après la mort de Quentin Deranque. « Personne ne devrait mourir à 23 ans », avait-elle écrit sur X, appelant à « condamner sans aucune réserve cette violence » et à « appeler collectivement au calme ». La conférence de presse du procureur Thierry Dran, prévue à 16 heures ce lundi, devrait apporter des éclaircissements décisifs sur les responsabilités individuelles dans cette affaire qui enflamme le débat public. La question demeure : jusqu’où ira la recomposition du paysage politique français sous le poids de cette tragédie?
Sources
- Le Monde (16 février 2026)
- BFMTV (16 février 2026)
- Le Parisien (16 février 2026)
- France Bleu Vaucluse (16 février 2026)
- Le Dauphiné Libéré (16 février 2026)