Jean-Éric Branaa lance un feuilleton quotidien pour décrypter la politique américaine
Le spécialiste niçois de la société américaine veut raconter Trump, Newsom et la présidentielle comme une série
Le politologue Jean-Éric Branaa transforme sa lecture quotidienne de la politique américaine en feuilleton.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Un format à la promesse encore floue
Le feuilleton quotidien mise sur la continuité narrative face à l'épuisement post-2024, mais le support de diffusion, le rythme précis et l'éditeur restent non documentés.
Une expertise installée depuis 1993
Docteur de Paris-Sorbonne depuis 1993, auteur d'ouvrages de référence sur Obama et la géopolitique américaine, Branaa apporte un capital d'analyse rare.
Le paradoxe du plagiat non-sanctionnant
Malgré les accusations d'Arrêt sur Images du 31 janvier 2023, ni Paris-Panthéon-Assas ni le Centre Thucydide n'ont publiquement réagi, et la demande médiatique ne faiblit pas.
Trump-Newsom : choisir les personnages
Le choix du duo Trump-Newsom parie sur la prochaine recomposition démocrate plutôt que sur la seule polarisation présidentielle.
Un ancien candidat devenu narrateur
Le ballottage de Metton à Montrouge en 2008 puis les 0,76 % de 2012 nourrissent une lecture des campagnes américaines attentive au terrain et à la marge d'erreur.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Jean-Éric Branaa lance un feuilleton quotidien sur la politique américaine avec Trump et Newsom comme personnages centraux.
- Docteur de Paris-Sorbonne depuis 1993, il est maître de conférences à Paris-Panthéon-Assas et membre du Centre Thucydide.
- Il a publié Géopolitique des États-Unis chez PUF en 2022 et La présidence de Barack Obama chez Ellipses en 2019.
- Il a été auditionné le 6 mars 2024 par la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
- Candidat Cap21 aux législatives de 2012, il avait obtenu 0,76 % des voix après un ballottage réussi à Montrouge en 2008.
- Le support de diffusion, l'éditeur et le rythme précis du feuilleton ne sont pas documentés par les sources consultées.
Un feuilleton. Pas un essai, pas une chronique savante, pas un podcast de plus. Un feuilleton, au sens où on l’entendait au XIXe siècle: un épisode par jour, des personnages qui reviennent, une intrigue qui avance. C’est le pari que prend Jean-Éric Branaa [1], maître de conférences à l’université Paris-Panthéon-Assas [2] et membre du Centre Thucydide [3], pour raconter la politique américaine à un lectorat français qui décroche.
Le principe annoncé est simple. Chaque jour, un épisode court. Deux personnages centraux pour ouvrir la saison: Donald Trump [4] et, en face, un Gavin Newsom qui incarne la contre-offensive démocrate. Autour, la galerie habituelle: Joe Biden [5], les figures du Congrès, les gouverneurs qui montent. Le format emprunte autant à la série télé qu’à la tradition du roman-feuilleton. Pas de hasard: la politique américaine est une série. Autant l’assumer.
Un spécialiste qui a vu passer Clinton, Obama, Trump, Biden
Branaa n’est pas un nouveau venu. Né le 11 janvier 1963 [6] à Orthez [7], docteur de l’université Paris-Sorbonne (Paris IV) [8] depuis 1993 [9] sous la direction de Jean-Robert Rougé [10], il a soutenu une thèse sur l’émigration française aux États-Unis entre 1945 et 1975 [11]. Depuis, il n’a pas lâché le sujet. Membre du Centre Thucydide et du Centre de droit public comparé [12], formé au droit anglais à l’université de Cambridge [13], il a participé en 2013 [14] au Global Education and Skills Forum de Dubaï aux côtés de Bill Clinton [15]. Auditionné le 6 mars 2024 [16] par la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, il fait partie des voix que l’on convoque quand Washington éternue.
Son catalogue dit la constance. La présidence de Barack Obama (2009-2017) [17] paru chez Ellipses en 2019 [18], Géopolitique des États-Unis chez PUF en 2022 [19][20]. Le CV classique de l’universitaire qui a transformé une passion étudiante en expertise publique.
Côté radio, c’est un habitué des studios. Invité des Matins de France Culture le 16 décembre 2020 [21], intervenant sur la procédure d’impeachment dès le 27 septembre 2019 [22], il a commenté la mort de George Floyd [23] en mai 2020 [24] et la condamnation de Derek Chauvin [25] le 7 juillet 2022 [26]. Chaque crise américaine, un passage micro.
Le pari du format feuilleton: rendre lisible un chaos
Le raisonnement tient en une phrase: la politique américaine est devenue illisible parce qu’elle est racontée par éclats, jamais en continuité. Un tweet ici, une polémique là, un chiffre oublié le lendemain. Résultat: le lecteur français décroche, ou se réfugie dans les caricatures. Branaa propose l’inverse. Un fil tendu, jour après jour. Les personnages évoluent, les arcs narratifs s’étirent, les seconds rôles prennent de l’importance quand ils comptent vraiment.
Le modèle tiendra parce que Branaa a l’obsession du détail chiffré. Dans un entretien à Nice-Matin [27], il comparait Joe Biden [28] à François Bayrou [29]: « Il n’y a pas de ressemblance parfaite en France, mais il se rapproche de François Bayrou » [27]. Argument: les deux hommes ont souffert de bégaiement et ont eu une éducation catholique [30]. Ce genre de pont culturel, que les agences de presse n’ont pas le temps de construire, c’est exactement ce qu’un feuilleton permet.
Un format vraiment inédit? La concurrence existe déjà
Reste à savoir ce que le feuilleton apporte vraiment. L’offre francophone de décryptage de la politique américaine n’est pas vierge. Les podcasts spécialisés, les newsletters thématiques, les chroniques quotidiennes des correspondants permanents de la presse française à Washington, les fils de Substack tenus par d’anciens journalistes français installés aux États-Unis: l’auditeur curieux a déjà le choix. Côté anglophone, plusieurs newsletters quotidiennes d’historiens et d’analystes dominent le créneau que Branaa revendique.
La différenciation, si elle existe, se jouera ailleurs: dans la continuité narrative. Les correspondants publient au fil de l’actualité brute; les newsletters anglophones analysent au jour le jour mais pour un public américain. Le pari du feuilleton, c’est d’imposer des arcs, des personnages récurrents, une mémoire longue - là où la presse quotidienne française traite les États-Unis par à-coups. Promesse séduisante. Reste à la tenir.
Trump, Newsom: deux personnages, une saison
Le choix du duo n’est pas anodin. Trump [31], que Branaa a suivi depuis sa première candidature - il rappelait qu’en 2016 [32], Donald Trump avait déjà annoncé qu’il ne reconnaîtrait pas les résultats - reste le protagoniste central. Mais le feuilleton a besoin d’un antagoniste crédible. Newsom, gouverneur démocrate californien, coche les cases: télégénique, frontal, positionné pour 2028. Il permet de raconter la politique américaine autrement que par le seul prisme de la Maison-Blanche.
Branaa ne cache pas sa grille de lecture. Il parlait déjà de « la politique de la terre brûlée que le président sortant mène désormais » [4] à propos de Trump. Mais il n’est pas partisan pour autant. Son bilan du premier mandat Trump incluait la réforme fiscale menée en onze mois [33][34], la réforme de la justice qui a adouci la répression contre les détenteurs de cannabis [35], et ce chiffre qu’il martelait: un taux de chômage descendu à 3,5 % [36], un niveau jamais vu depuis cinquante ans [37]. Avant le choc pandémique et ses 230 000 morts [38] américains.
L’ancien candidat derrière le narrateur
On comprend mieux cette manie du détail chiffré quand on regarde le parcours politique du narrateur. Parce que Branaa a fait de la politique, concrètement. Présenté aux élections municipales de Montrouge [39] en 2008 [40], il avait réussi l’exploit de mettre le maire sortant Jean-Loup Metton [41] en ballottage, avant que la collaboration ne tourne court en 2009 [42]. Quatre ans plus tard, investi Cap21 aux législatives de 2012 [43], il termine à 0,76 % des voix [44]. L’écart entre les deux scores raconte une trajectoire: un premier coup politique réussi à l’échelle municipale, une tentative nationale qui s’écrase.
Ce vécu infuse la grille de lecture. Quand Branaa commente la stratégie de Trump ou la préparation de Newsom pour 2028, il ne parle pas seulement en politologue. Il parle en ancien candidat qui sait ce que coûte un tractage à froid, ce que pèse une investiture de parti, combien une élection se gagne au portage de terrain autant qu’à la télévision. Ça explique son attention aux comtés-pivots, aux taux de participation par tranche d’âge, aux mécaniques d’inscription sur les listes électorales qui font la différence d’un État à l’autre. Les analystes purement universitaires regardent l’Amérique par le haut. Branaa la regarde aussi par le bas - celui du candidat qui a connu la marge d’erreur et le score de 0,76 %.
Le paradoxe du plagié qui reste en plateau
L’angle mort de l’histoire est là, et il serait malhonnête de ne pas l’aborder. En janvier 2023 [45], le site Arrêt sur Images [46] publiait, selon la fiche Wikipédia de l’intéressé, un article critique soulevant des accusations de plagiat à l’encontre de Jean-Éric Branaa [47]. Pour un maître de conférences, l’accusation est lourde: le plagiat figure parmi les fautes académiques les plus graves, passible selon plusieurs sources de sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu’à la révocation.
Or, près de trois ans plus tard, aucune réaction publique n’est venue ni de l’université Paris-Panthéon-Assas [2], ni du Centre Thucydide [3], ni du Centre de droit public comparé [12]. Aucune communication institutionnelle, aucune procédure disciplinaire rendue publique, aucun communiqué. Branaa lui-même, d’après les sources consultées, n’a pas livré de réponse publique détaillée aux accusations. Pendant ce temps, les sollicitations médiatiques ne faiblissent pas: France Culture, Nice-Matin, les grandes matinales, et maintenant ce feuilleton. Le paradoxe est frappant: ce qui devrait être une tache académique majeure n’a produit aucun frottement dans l’économie médiatique de l’expertise. Dans cette économie-là, la disponibilité à 7h du matin pèse plus lourd que la controverse universitaire.
Pourquoi maintenant? Parce que 2024 a saturé, l’après décroche
Le calendrier parle. Les élections présidentielles américaines de 2024 [48] ont produit un pic d’attention, puis un décrochage classique. Dans les mois post-électoraux, l’audience se disperse, les grandes émissions se raréfient. Le format feuilleton répond à ça: il entretient la flamme en continu, sans dépendre du pic d’actualité. C’est aussi un pari sur la durée que les formats longs traditionnels, qui reviennent tous les quatre ans autour d’un livre-bilan, ne permettent pas.
Ce que l’article ne peut pas dire
À ce stade, plusieurs informations essentielles manquent. Aucune source consultée ne précise le support de diffusion du feuilleton - site propre, plateforme tierce, abonnement Substack, presse partenaire niçoise ou parisienne. Aucune ne donne le nom d’un éditeur, d’un financeur ou d’un média partenaire. Aucune n’indique la longueur prévue des épisodes, leur heure de publication, ni le nombre total prévu sur une saison. Pour un lancement éditorial, ce sont pourtant les informations de base.
Aucune voix dissonante majeure ne s’est fait entendre dans les sources consultées sur ce lancement - un unanimisme qui interroge, compte tenu de l’épisode Arrêt sur Images. Quant à la ligne éditoriale face aux prochaines crises, elle reste à démontrer: Branaa tiendra-t-il le tempo d’un épisode par jour quand Washington s’embrase? L’exercice est redoutable. Les feuilletonistes du XIXe finissaient souvent épuisés; les newsletters quotidiennes contemporaines, même les plus populaires, voient régulièrement leurs auteurs basculer en format hebdomadaire après quelques mois. On verra.
► Lire aussi: Netflix rachète Warner Bros: une rumeur sans fondement qui affole les réseaux
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (48)
« nous avons le plaisir d'accueillir Jean-Éric Branaa, expert renommé en politique américaine »
my.weezevent.com ↗ ↩
« maître de conférences à l'université Paris-Panthéon-Assas »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Il est membre du Centre Thucydide et du Centre de droit public comparé »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« la politique de la "terre brûlée" que le président sortant mène désormais »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Joe Biden sur les ruines du Trumpisme avec Jean-Eric Branaa et Anne Deysine »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Jean-Éric Branaa (né le 11 janvier 1963 à Orthez) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Jean-Éric Branaa (né le 11 janvier 1963 à Orthez) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« il obtient en 1993 un doctorat à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« il obtient en 1993 un doctorat à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« sous la direction de Jean-Robert Rougé »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« avec une thèse intitulée L'émigration française aux États-Unis entre 1945 et 1975, ses caractéristiques, ses spécificités régionales: études de cas: le Pays basque »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Il est membre du Centre Thucydide et du Centre de droit public comparé de l'université Paris II »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« suit une formation en droit anglais à l'université de Cambridge »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Il a également pris part au Education and Skills Forum de Dubaï en 2013 »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« aux côtés de personnalités telles que Bill Clinton »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Le 6 mars 2024, il est auditionné par la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« La présidence de Barack Obama (2009-2017) (Ellipses, 2019) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« La présidence de Barack Obama (2009-2017) (Ellipses, 2019) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Son ouvrage Géopolitique des États-Unis (PUF, 2022) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Géopolitique des États-Unis (PUF, 2022) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« L'Invité(e) des Matins•Mercredi 16 décembre 2020 »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Les Enjeux internationaux•Vendredi 27 septembre 2019 »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Le policier Derek Chauvin, qui a tué le citoyen afro-américain George Floyd en mai 2020 »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Le policier Derek Chauvin, qui a tué le citoyen afro-américain George Floyd en mai 2020 »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Le policier Derek Chauvin, qui a tué le citoyen afro-américain George Floyd »
radiofrance.fr ↗ ↩
« a été une nouvelle fois condamné, jeudi 7 juillet 2022, à 21 ans de prison »
radiofrance.fr ↗ ↩
« Il n'y a pas de ressemblance parfaite en France, mais il se rapproche de François Bayrou »
nicematin.com ↗ ↩
« Comment situeriez-vous Joe Biden sur l'échiquier politique »
nicematin.com ↗ ↩
« il se rapproche de François Bayrou »
nicematin.com ↗ ↩
« ils ont tous deux souffert de bégaiement et ont eu une éducation catholique »
nicematin.com ↗ ↩
« Au-delà de l'aversion qu'il peut susciter, quel est le bilan objectif de Donald Trump? »
nicematin.com ↗ ↩
« En 2016, Donald Trump avait déjà annoncé qu'il ne reconnaîtrait pas les résultats »
nicematin.com ↗ ↩
« La première est la réforme fiscale, menée en onze mois »
nicematin.com ↗ ↩
« Donald Trump a fait passer deux grandes lois. La première est la réforme fiscale »
nicematin.com ↗ ↩
« La seconde est la réforme de la justice, qui a adouci la répression contre les détenteurs de cannabis »
nicematin.com ↗ ↩
« Il est descendu à 3,5 %, un niveau jamais vu depuis cinquante ans »
nicematin.com ↗ ↩
« Il est descendu à 3,5 %, un niveau jamais vu depuis cinquante ans »
nicematin.com ↗ ↩
« 230 000 morts, 9 millions de cas positifs dans le pays »
nicematin.com ↗ ↩
« aux élections municipales de Montrouge (Hauts-de-Seine) »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« En 2008, Jean-Éric Branaa se présente aux élections municipales de Montrouge »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Il met le maire sortant Jean-Loup Metton en ballottage »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« la collaboration avec le maire prend fin en 2009 »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Candidat Cap21 dans la 11e circonscription des Hauts-de-Seine lors des élections législatives de 2012 »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« il obtient 0,76 % des voix »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« En janvier 2023, le site Arrêt sur Images publie un article critique soulevant des accusations de plagiat »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« le site Arrêt sur Images publie un article critique »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« publié le 31 janvier 2023 »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Les élections présidentielles américaines de 2024 se profilent à l'horizon »
my.weezevent.com ↗ ↩