Parmi les 3 millions de documents de l'affaire Epstein publiés par le ministère de la Justice américain, un courriel daté d'octobre 2016 dévoile une prétention troublante : Jeffrey Epstein affirmait avoir échangé avec "certains des fondateurs du Bitcoin" pour créer une monnaie numérique conforme à la loi islamique. Cette révélation, qui émerge alors que de nouveaux liens financiers entre le criminel sexuel et des personnalités françaises sont mis au jour, soulève des questions sur l'influence de réseaux opaques dans les premières années de la cryptomonnaie.
L'essentiel
- Un email d'octobre 2016 révèle qu'Epstein affirmait avoir discuté avec des fondateurs du Bitcoin pour créer une cryptomonnaie conforme à la Charia
- Le financier a versé des centaines de milliers de dollars au MIT Media Lab qui finançait les développeurs du Bitcoin Core entre 2013 et 2017
- Epstein a investi environ 500 000 dollars dans Blockstream, société clé de l'infrastructure Bitcoin
- Caroline Lang, fille de Jack Lang, a cofondé en 2016 une société offshore avec Epstein et figure dans son testament pour 5 millions de dollars
- Les 3 millions de documents publiés par le DOJ mentionnent également Marine Le Pen et Louis Aliot dans des échanges concernant le financement du RN
En octobre 2016, Jeffrey Epstein rédigeait un email à deux contacts saoudiens dans lequel il évoquait des discussions avec « certains des fondateurs de Bitcoin ». Selon Cointribune, le financier américain proposait alors de créer une « Sharia digitale » inspirée de la blockchain, une monnaie numérique conforme aux préceptes de l’islam. Cette correspondance, extraite des « Epstein Files » récemment publiés par le Department of Justice, jette une lumière crue sur les ambitions du milliardaire déchu dans l’univers des cryptomonnaies, deux ans avant son arrestation.
Un réseau d’influence au cœur du développement du Bitcoin
Les documents judiciaires révèlent qu’Epstein entretenait des liens étroits avec les premiers cercles du monde crypto. D’après les emails authentifiés, le financier côtoyait notamment Adam Back, Peter Thiel et Larry Summers. Plus troublant encore, il entretenait des relations directes avec le MIT Media Lab, institution qui finançait les développeurs du protocole Bitcoin à travers sa Digital Currency Initiative (DCI).
Entre 2013 et 2017, alors que la Bitcoin Foundation s’effondrait financièrement, le MIT Media Lab devenait un refuge crucial pour les développeurs du Bitcoin Core. Les registres du DOJ montrent que Jeffrey Epstein a versé des centaines de milliers de dollars à cette institution, soutenant directement la Digital Currency Initiative qui rémunérait Gavin Andresen, Cory Fields et Wladimir van der Laan, trois piliers du code Bitcoin. Un chercheur du DCI aurait même remercié Epstein dans un courriel pour son « soutien décisif ayant permis la continuité du développement du protocole Bitcoin ».
Selon les documents financiers analysés, Epstein apparaît également dans les registres d’investissement de Blockstream, société clé de l’infrastructure Bitcoin, pour un montant d’environ 500 000 dollars. Ce financement, bien qu’il ne prouve pas un contrôle direct, soulève des questions éthiques majeures sur la transparence des origines du Bitcoin.
Des liens financiers avec la famille Lang qui embarrassent Paris
Les révélations sur les activités crypto d’Epstein surviennent alors que Mediapart dévoile ce lundi 2 février des liens financiers inédits entre le criminel sexuel et la famille de Jack Lang, ancien ministre de la Culture et actuel président de l’Institut du monde arabe. Caroline Lang, fille de l’homme politique et ancienne dirigeante de Warner Bros Television France, a cofondé en 2016 avec Epstein la société offshore Prytanee LLC, basée dans les îles Vierges britanniques.
« Comme je n’avais pas mis d’argent dedans – tous les fonds provenaient de Jeffrey –, je n’ai pas mesuré les implications et les conséquences », confie aujourd’hui Caroline Lang à Valeurs actuelles, admettant avoir été « d’une naïveté confondante ».
Les documents révèlent qu’un certain Étienne B., proche de Jack Lang, aurait été chargé du montage financier de cette société. Dans un mail daté du 21 octobre 2016, ce dernier écrivait à un avocat d’Epstein : « J’ai finalement sécurisé le soutien de la famille Lang sur le dossier et les documents ». D’autres échanges suggèrent que Jack Lang suivait de près ces projets, Caroline Lang écrivant notamment : « Mon père veut annuler pour demain, il a vu les peintures et elles ne sont pas intéressantes ».
Deux jours avant sa mort en août 2019, Jeffrey Epstein a signé un testament financier dans lequel il léguait 5 millions de dollars à Caroline Lang, selon L’Indépendant. L’intéressée assure ne pas avoir eu connaissance de l’existence de ce document.
Le spectre d’Epstein plane sur l’écosystème crypto
Les révélations concernant l’implication financière d’Epstein dans le développement du Bitcoin contredisent l’image d’une cryptomonnaie purement communautaire et décentralisée. Comme le souligne Cointribune, le paradoxe est évident : la première crypto mondiale, censée être née en dehors du système financier traditionnel, a parfois survécu grâce aux ressources de ceux qu’elle prétendait défier.
Les Epstein Files révèlent également sa présence dans les échanges de 2014 entre investisseurs de Ripple et Stellar. Un email intitulé « Stellar isn’t so Stellar », rédigé par Austin Hill, cofondateur de Blockstream, dénonçait le double financement de ces deux projets concurrents, et Epstein y était mentionné comme investisseur potentiel.
Cette affaire soulève une question morale fondamentale pour l’écosystème crypto : comment concilier la transparence et la décentralisation prônées par la blockchain avec des financements issus de réseaux opaques ? Le MIT Media Lab, malgré les révélations de 2019 sur les donations d’Epstein, n’a jamais pleinement clarifié l’ampleur de son soutien financier ni son influence sur les orientations du développement Bitcoin.
Un réseau tentaculaire qui continue de se dévoiler
Les 3 millions de pages de documents publiés par le ministère de la Justice américain révèlent l’ampleur du réseau d’Epstein en Europe. Selon Le HuffPost, plusieurs personnalités politiques françaises sont mentionnées dans ces archives, dont Marine Le Pen et Louis Aliot, évoqués dans un échange de juillet 2018 entre le journaliste Michael Wolff et Epstein concernant une rencontre avec Steve Bannon à Londres.
« Ces types avaient l’air idiots, purs et durs, et Bannon, entouré de ses gardes du corps à l’allure de voyous et de ses conseiliers blogueurs farfelus, prospère précisément parce que le monde du populisme est si peu professionnel (voire grotesque) », écrivait Michael Wolff à Epstein après cette rencontre.
Des SMS entre Steve Bannon et Jeffrey Epstein évoquent également des discussions portant sur le financement du Rassemblement national en vue de la campagne européenne de 2019, bien qu’aucune preuve concrète de transaction n’ait été établie. Le député RN Jean-Philippe Tanguy a réagi ce lundi sur Europe 1, assurant que le parti n’avait « rien à voir avec ces gens ».
L’affaire Epstein continue ainsi de projeter son ombre sur de multiples sphères d’influence, de la politique française aux fondements mêmes de la révolution crypto. Alors que la justice américaine et le FBI ont annoncé en juillet dernier n’avoir découvert ni « liste de clients » ni « preuves crédibles » de chantage, ces nouveaux documents révèlent néanmoins l’étendue des connexions du financier déchu. La question demeure : combien d’autres secrets les millions de pages restantes contiennent-elles encore ?
Sources
- Cointribune (31 janvier 2026)
- Mediapart (2 février 2026)
- Valeurs actuelles (2 février 2026)
- L'Indépendant (2 février 2026)
- Le HuffPost (2 février 2026)