Joseph Aoun en uniforme militaire déclare le Hezbollah hors-la-loi

Le président libanais assume une confrontation ouverte après 102 morts dans les frappes depuis lundi

Joseph Aoun en uniforme militaire déclare le Hezbollah hors-la-loi
Le président libanais Joseph Aoun en uniforme militaire au palais présidentiel Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

Dans un geste symbolique sans précédent, le président libanais Joseph Aoun est apparu ce jeudi 5 mars en uniforme militaire pour annoncer que le Hezbollah est désormais considéré comme une organisation illégale sur le plan militaire. Cette décision intervient après une escalade meurtrière qui a fait au moins 102 morts depuis lundi, alors que le gouvernement libanais tente de reprendre le contrôle de sa souveraineté face à un groupe armé qui opère en dehors du cadre étatique depuis des décennies.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Joseph Aoun est apparu en uniforme militaire le 5 mars 2026 pour annoncer que le Hezbollah est désormais une organisation illégale sur le plan militaire au Liban
  • Au moins 102 personnes ont été tuées depuis le lundi 2 mars dans l'escalade entre Israël et le Hezbollah, dont 31 morts et 149 blessés dès le premier jour
  • Le gouvernement libanais a formellement interdit toute activité militaire du Hezbollah en dehors du contrôle de l'État, une décision qualifiée de 'souveraine et définitive'
  • Emmanuel Macron a appelé le 4 mars Benyamin Netanyahou à s'abstenir d'une offensive terrestre au Liban, tout en exigeant du Hezbollah l'arrêt de ses attaques
  • La France promet de renforcer son soutien aux forces armées libanaises pour leur permettre d'assumer leurs missions de souveraineté et mettre fin à la menace du Hezbollah

L’image a frappé les esprits ce jeudi 5 mars à Beyrouth. Pour la première fois depuis son élection, le président libanais Joseph Aoun est apparu en uniforme militaire, une mise en scène soigneusement orchestrée pour accompagner la décision politique la plus audacieuse de son mandat : déclarer le mouvement Hezbollah hors-la-loi et assumer une confrontation militaire ouverte avec cette organisation qui a longtemps défié l’autorité de l’État. Selon Entrevue.fr, cette posture symbolique traduit « une montée en puissance de la détermination de l’exécutif libanais à réaffirmer l’autorité sur toutes les questions de sécurité et de défense nationale ».

Une escalade meurtrière qui force la main de Beyrouth

La décision du président Aoun intervient dans un contexte régional explosif. Depuis le lundi 2 mars, le Liban est pris dans une spirale de violence qui a déjà coûté la vie à au moins 102 personnes, selon les bilans rapportés par L’Orient-Le Jour. Les premières frappes israéliennes en réponse aux tirs de roquettes du Hezbollah avaient fait 31 morts et 149 blessés dès le premier jour, comme l’a documenté BFM TV.

Le Hezbollah avait lancé une attaque contre Israël « en représailles au sang d’Ali Al-Husseini Khamenei et pour défendre le Liban et son peuple », ciblant notamment le site de défense antimissile israélien de Mosher Carmel, au sud de Haïfa. Cette initiative unilatérale a provoqué la colère du gouvernement libanais, qui n’a eu de cesse de répéter que toute décision de guerre ou de paix doit appartenir exclusivement à l’État. Le Premier ministre Nawaf Salam avait immédiatement dénoncé des « tirs de roquettes qui donnent à Israël des prétextes pour poursuivre ses attaques contre ce pays ».

« Le Liban ne sera plus une plateforme pour des guerres qui ne le concernent pas »

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Dès le 2 mars, Joseph Aoun avait adopté un ton ferme en condamnant publiquement les actions du Hezbollah. Dans un communiqué rapporté par l’agence SANA, le président avait déclaré son rejet catégorique de « l’utilisation continue du Liban comme plateforme pour des guerres par procuration auxquelles il ne participe pas ». Il avait averti que cette situation « exposera une fois de plus le pays à des dangers dont ceux qui ont ignoré les appels répétés à maintenir la sécurité et la stabilité dans le pays porteront la responsabilité ».

« Le lancement de missiles depuis le territoire libanais ce matin va à l’encontre de tous les efforts et démarches entrepris par l’État libanais pour maintenir le Liban à l’écart des dangereuses confrontations militaires en cours dans la région », avait martelé Joseph Aoun selon BFM TV.

Cette fois, le président est allé plus loin. Selon Entrevue.fr, dans un discours officiel prononcé après l’adoption d’une résolution gouvernementale, Joseph Aoun a insisté sur le fait que la décision interdisant toute activité militaire ou sécuritaire non autorisée par l’État est « souveraine et définitive, sans retour en arrière ». Le gouvernement libanais a ainsi formellement ordonné l’arrêt des activités militaires du Hezbollah en dehors du contrôle de l’État, faisant de l’organisation une entité « illégale du point de vue constitutionnel ».

Macron mobilise la diplomatie française pour éviter l’offensive terrestre

Face à la dégradation rapide de la situation, Joseph Aoun s’est tourné vers ses alliés internationaux. Le mercredi 4 mars, il a reçu un appel téléphonique du président français Emmanuel Macron, dans le cadre de consultations intensives entre Paris et Beyrouth. Selon Le HuffPost, le président libanais a insisté sur « l’intervention de la France pour mettre fin aux agressions israéliennes contre le Liban ».

Emmanuel Macron a confirmé sur X avoir multiplié les échanges diplomatiques, s’entretenant non seulement avec Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, mais aussi avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, dans une première conversation entre les deux dirigeants depuis l’été 2025. Le président français a adopté une position d’équilibriste, comme le rapporte Le Nouvel Obs.

« J’ai réaffirmé la nécessité que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël et au-delà. Cette stratégie d’escalade constitue une faute majeure qui met en péril l’ensemble de la région. De même, j’ai appelé le Premier ministre israélien à préserver l’intégrité territoriale du Liban et à s’abstenir d’une offensive terrestre », a déclaré Emmanuel Macron selon L’Orient-Le Jour.

Paris a également promis de poursuivre son soutien aux forces armées libanaises « afin qu’elles puissent assumer pleinement leurs missions de souveraineté et mettent un terme à la menace posée par le Hezbollah ». La France a annoncé des initiatives immédiates pour soutenir les populations libanaises déplacées face à l’urgence humanitaire dans le sud du pays.

Le monopole des armes, objectif central du mandat Aoun

L’apparition en uniforme militaire de Joseph Aoun n’est pas un simple coup de communication. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large que le président avait esquissée dès son élection en 2025 : redonner à l’État libanais le « monopole des armes », un principe fondamental de souveraineté que le Hezbollah a longtemps bafoué en maintenant son propre arsenal militaire en parallèle de l’armée régulière.

Ancien commandant en chef de l’armée libanaise, Joseph Aoun bénéficie d’une légitimité particulière sur les questions de défense. Son passage à l’uniforme ce jeudi marque symboliquement sa volonté de mobiliser l’institution militaire pour faire respecter l’autorité de l’État. Le gouvernement appelle désormais le bras armé du Hezbollah à remettre ses armes à l’armée nationale et à se limiter à des activités purement politiques, une exigence qui constitue une rupture historique dans les rapports de force internes au Liban.

Un pari risqué dans un pays fracturé

La confrontation assumée avec le Hezbollah représente un pari politique et sécuritaire considérable pour Joseph Aoun. Le mouvement chiite dispose d’une force militaire estimée à plusieurs dizaines de milliers de combattants aguerris, d’un arsenal de roquettes sophistiqué et d’un ancrage profond dans certaines communautés libanaises. Il bénéficie également du soutien de l’Iran, qui en fait un pilier de son influence régionale.

L’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, avait d’ailleurs souligné selon L’Orient-Le Jour que les décisions du gouvernement concernant l’interdiction des activités militaires du Hezbollah « étaient venues trop tard », une critique qui souligne les difficultés de mise en œuvre de cette politique de confrontation.

Le Liban reste un pays profondément divisé, encore marqué par les cicatrices de décennies de guerre civile et d’instabilité. La capacité de l’armée libanaise à imposer effectivement le désarmement du Hezbollah reste une question ouverte, d’autant que le mouvement peut compter sur le soutien d’une partie significative de la population chiite. Joseph Aoun devra naviguer entre fermeté et pragmatisme pour éviter de plonger le pays dans un nouveau conflit interne, tout en tentant de restaurer la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire national. Son uniforme militaire restera-t-il un simple symbole ou marquera-t-il le début d’une véritable reprise en main sécuritaire du pays ?

Sources

  • Entrevue.fr (5 mars 2026)
  • L'Orient-Le Jour (4 mars 2026)
  • BFM TV (2 mars 2026)
  • Le HuffPost (4 mars 2026)
  • Le Nouvel Obs (4 mars 2026)
  • Agence SANA (2 mars 2026)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.

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