Dans un contexte de tensions croissantes autour de l'Arctique, Vladimir Poutine a déclaré jeudi considérer le Groenland comme un territoire danois, s'opposant ainsi frontalement aux ambitions expansionnistes de Donald Trump. Cette prise de position intervient alors que le président américain multiplie les déclarations belliqueuses, évoquant une acquisition "par la manière douce ou la manière forte". Le Groenland, territoire autonome de 56 000 habitants, refuse catégoriquement toute annexion américaine et mise sur le dialogue diplomatique.
L'essentiel
- Vladimir Poutine a déclaré considérer le Groenland comme un territoire danois, s'opposant frontalement aux ambitions de Donald Trump d'acquérir l'île par la force ou la négociation
- Le Groenland, territoire autonome de 56 000 habitants, rejette massivement toute annexion américaine et défend son identité inuite, selon sa ministre Naaja Nathanielsen
- Le Danemark investit 1,95 milliard d'euros dans un plan de renforcement militaire dans l'Arctique face aux menaces expansionnistes américaines
- Des négociations diplomatiques entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland se sont tenues cette semaine à Washington pour tenter de désamorcer la crise
- L'enjeu stratégique porte sur les immenses ressources minérales du Groenland et sa position géographique clé dans un Arctique transformé par le changement climatique
La déclaration de Vladimir Poutine résonne comme un coup de tonnerre diplomatique. Selon plusieurs sources concordantes, le président russe a affirmé considérer le Groenland comme un territoire danois, s’inscrivant ainsi en opposition directe avec les ambitions affichées par Donald Trump. Cette position russe intervient dans un climat de tensions inédites autour de cet immense territoire arctique, convoité pour ses ressources minérales stratégiques et sa position géographique clé dans un océan Arctique en pleine mutation climatique.
Le Groenland face aux pressions américaines
Comme le rapporte Radio France, Naaja Nathanielsen, ministre groenlandaise de l’Économie, de l’Énergie et des Ressources minérales, a dénoncé avec fermeté l’approche américaine lors d’une interview accordée le 10 janvier. « Nous n’apprécions pas du tout ce type de discours. Et nous récusons cette idée d’acquérir le Groenland comme si c’était un bien ou de l’envahir par la force militaire », a-t-elle déclaré sans ambages. La ministre a insisté sur la position de son pays : « Nous sommes un petit pays, nous comptons sur l’ordre international, sur le droit international et le dialogue ! Pour nous, le seul chemin viable pour avancer, c’est celui-là. »
Selon France Info, Donald Trump a réaffirmé vendredi dernier sa volonté d’acquérir le territoire autonome danois, soit par « la manière douce », soit par « la manière forte ». Cette rhétorique agressive marque une escalade par rapport à son premier mandat, où il avait déjà évoqué l’achat du Groenland comme une simple transaction immobilière. Désormais, l’argument invoqué est celui de la sécurité nationale américaine, présentant l’acquisition comme une nécessité stratégique incontournable.
Une identité inuite farouchement défendue
La population groenlandaise affiche une opposition massive aux velléités américaines. « Nous voulons être groenlandais, nous n’avons aucune envie de devenir américains », a martelé Naaja Nathanielsen dans son intervention sur France Inter. Elle a poursuivi avec une précision importante : « Et nous ne sommes pas non plus danois : nous voulons être reconnus en tant que peuple et en tant que pays, même si nous sommes très petits et que dans le contexte mondial, nous sommes probablement même assez insignifiants. »
« C’est une approche coloniale en soi, qui laisse très peu d’espace aux petits pays, aux pays les plus pauvres. Nous ne croyons pas à ce rapport au monde, ce n’est pas quelque chose qui a aidé la paix et la prospérité par le passé », a dénoncé la ministre groenlandaise selon Radio France.
Lors de sa visite à Londres mardi 14 janvier, rapportée par NHK, Mme Nathanielsen a réitéré sa position devant les journalistes : « Nous sommes un allié des États-Unis, mais nous ne considérons pas le fait de devenir Américains. » Elle a précisé que les propos du président américain suscitent « de vives inquiétudes quant à l’avenir » parmi les Groenlandais, tout en affirmant : « Nous ne sommes pas un pays en guerre contre les États-Unis, et nous souhaitons une solution pacifique. »
Le Danemark renforce sa présence militaire
Face à cette crise diplomatique sans précédent, le Danemark ne reste pas inactif. Selon Euronews, Copenhague met en œuvre un nouveau plan d’un montant de 14,6 milliards de couronnes, soit 1,95 milliard d’euros, pour renforcer sa présence militaire dans les régions de l’Arctique et de l’Atlantique Nord. Lars Løkke Rasmussen, le ministre danois des Affaires étrangères, a déclaré en juillet dernier que la menace expansionniste de Trump n’était pas encore « terminée », même si la perspective d’une intervention militaire reste improbable.
« Nous ne considérons pas une annexion militaire comme quelque chose qui pourrait se produire. Nous ne considérons pas une annexion militaire comme une éventualité probable. Cela dit, nous ne considérons pas que cette affaire est résolue », avait averti M. Rasmussen lors d’un briefing avec des journalistes à Aarhus. Le ministre danois a ajouté une mise en garde significative : « J’ai toujours soutenu qu’il fallait prendre Trump au sérieux, mais pas nécessairement au pied de la lettre. Mais j’ai aussi réalisé que ces deux choses se rapprochent de plus en plus par rapport à son premier mandat. Nous le prenons donc très, très au sérieux. »
Un dialogue diplomatique sous haute tension
Malgré les tensions, un canal diplomatique reste ouvert. Comme l’indique France Info, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, devait rencontrer cette semaine des responsables du Danemark ainsi que la cheffe de la diplomatie du Groenland pour évoquer la question de l’île arctique. « On est très heureux aujourd’hui de pouvoir avoir un dialogue direct avec l’administration américaine », avait confirmé Naaja Nathanielsen, tout en réaffirmant que le Groenland considère faire partie de la sphère d’intérêt de la sécurité nationale américaine depuis des décennies.
« Il est déjà possible pour les États-Unis de faire avancer leur sécurité nationale sur le territoire groenlandais grâce à leur présence militaire. Nous considérons que nous faisons partie de la sphère d’intérêt de la sécurité nationale américaine. C’est quelque chose que nous acceptons depuis des décennies et nous ne voyons pas de raison pour qu’il soit nécessaire d’utiliser la force pour renforcer cette sécurité », a expliqué la ministre selon France Info.
Des enjeux stratégiques et économiques colossaux
L’intérêt américain pour le Groenland s’explique par des facteurs multiples. Le territoire recèle des gisements considérables de ressources minérales, indispensables à la fabrication de technologies de pointe et cruciales dans le contexte de la transition énergétique mondiale. Sa position stratégique dans l’océan Arctique revêt une importance croissante avec la fonte des glaces due au changement climatique, ouvrant de nouvelles routes maritimes et facilitant l’accès aux ressources naturelles.
Contrairement à son premier mandat où Trump avait abordé l’île comme une simple transaction immobilière, sa nouvelle approche se concentre sur l’argument sécuritaire. « Je pense que nous allons l’avoir », avait déclaré le président américain selon Euronews. « Je ne sais pas vraiment quelles sont les prétentions du Danemark, mais ce serait un acte très inamical s’il ne permettait pas que cela se produise parce que c’est pour la protection du monde libre. »
La prise de position de Vladimir Poutine, reconnaissant explicitement le Groenland comme territoire danois, ajoute une dimension géopolitique supplémentaire à cette crise. Elle illustre les nouvelles lignes de fracture qui se dessinent dans l’Arctique, où la Russie possède également d’importants intérêts stratégiques. Cette déclaration du Kremlin pourrait compliquer davantage les ambitions américaines, transformant une dispute bilatérale entre Washington et Copenhague en un enjeu multilatéral impliquant les grandes puissances. Reste à savoir si le dialogue diplomatique annoncé permettra de désamorcer cette crise sans précédent, ou si les tensions continueront à s’exacerber autour de ce territoire arctique devenu l’un des points chauds de la géopolitique mondiale.
Sources
- Radio France (10 janvier 2026)
- France Info (10 janvier 2026)
- NHK (14 janvier 2026)
- Euronews (8 juillet 2025)