Fin octobre 2025, la Chine représentait 14 % du hashrate mondial du Bitcoin, se hissant à la troisième place des pays mineurs selon Hashrate Index. Un retour spectaculaire pour un pays qui avait vu sa part de marché chuter à zéro après l'interdiction totale décrétée par Pékin en 2021. Cette résurgence discrète s'opère dans des provinces riches en énergie comme le Xinjiang et le Sichuan, où l'électricité bon marché et les surplus énergétiques attirent mineurs individuels et entreprises.
L'essentiel
- La Chine représente 14 % du hashrate mondial du Bitcoin fin octobre 2025 selon Hashrate Index, se classant troisième après avoir chuté à zéro en 2021
- CryptoQuant estime la part réelle entre 15 et 20 % de la capacité mondiale de minage, suggérant une activité partiellement clandestine
- Le fabricant Canaan Inc a réalisé 30,3 % de son chiffre d'affaires en Chine en 2024 contre 2,8 % en 2022, avec un pic à 50 % au deuxième trimestre 2025
- Les provinces du Xinjiang et du Sichuan concentrent cette résurgence grâce à leurs excédents énergétiques et leur électricité bon marché
- Aucun assouplissement officiel de l'interdiction de 2021 n'a été annoncé, créant une zone grise entre doctrine politique et réalité économique régionale
Selon Zonebourse Suisse, la Chine a reconquis 14 % du hashrate mondial du Bitcoin fin octobre 2025, une performance qui la propulse au troisième rang des nations minières. Cette remontée spectaculaire intervient quatre ans après que Pékin ait interdit toutes les activités de trading et de minage de cryptomonnaies, invoquant des menaces pour la stabilité financière et la nécessité d’économiser l’énergie. Le retour en grâce s’effectue dans l’ombre, loin des radars officiels, dans des régions où l’électricité abondante et peu coûteuse transforme l’interdiction en opportunité économique.
Le Xinjiang et le Sichuan, nouveaux bastions du minage clandestin
Wang, un mineur privé du Xinjiang interrogé par Reuters, a démarré ses activités l’année dernière dans cette province du nord-ouest chinois, connue pour ses vastes ressources énergétiques. « Beaucoup d’énergie ne peut pas être exportée hors du Xinjiang, alors on la consomme via le minage de cryptomonnaies », explique-t-il, préférant n’être identifié que par son nom de famille. Cette situation géographique particulière crée un terrain fertile pour une industrie officiellement bannie mais économiquement attractive.
Les données de Hashrate Index confirment cette tendance : après avoir chuté à zéro suite à l’interdiction de 2021, la part chinoise dans le minage mondial a progressivement remonté. « De nouveaux projets de minage sont en construction. Ce que je peux dire, c’est que les gens minent là où l’électricité est bon marché », poursuit Wang. La Commission nationale du développement et de la réforme, l’organisme étatique qui avait instauré l’interdiction, n’a pas répondu aux sollicitations de Reuters, tout comme le gouvernement du Xinjiang.
CryptoQuant estime la part réelle entre 15 et 20 %
Les estimations de CryptoQuant, plateforme spécialisée dans l’analyse des données blockchain, suggèrent que la réalité dépasse les chiffres officiels. Entre 15 et 20 % de la capacité mondiale de minage de Bitcoin proviendrait actuellement de Chine, une fourchette supérieure aux 14 % recensés par Hashrate Index. Cette différence s’explique par la nature clandestine d’une partie des opérations, difficiles à tracer avec précision.
Le fabricant de machines de minage Canaan Inc illustre cette résurgence par ses chiffres de ventes : l’entreprise a réalisé 30,3 % de son chiffre d’affaires mondial en Chine l’an dernier, contre seulement 2,8 % en 2022, juste après la répression. La part chinoise dans les ventes de Canaan aurait même dépassé 50 % au deuxième trimestre 2025, selon les données disponibles. Ces statistiques commerciales confirment que le matériel de minage trouve preneur sur le territoire chinois, malgré le cadre légal hostile.
Une flexibilité politique motivée par les incitations économiques
Patrick Gruhn, PDG de Perpetuals.com et fournisseur d’infrastructures de marché crypto, analyse cette situation avec recul. « La flexibilité de la politique chinoise apparaît lorsque les incitations économiques sont fortes dans certaines régions », observe-t-il auprès de Reuters. Cette tolérance de facto dans certaines provinces s’expliquerait par la valorisation d’excédents énergétiques autrement perdus, particulièrement dans des zones comme le Xinjiang où les infrastructures de transport d’électricité limitent les exportations vers les centres de consommation côtiers.
« Le retour du minage en Chine est l’un des signaux les plus importants observés par le marché depuis des années », affirme Patrick Gruhn dans ses déclarations.
Pour Gruhn, cette évolution revêt une dimension symbolique majeure : « Même des signes d’un éventuel assouplissement pourraient servir de catalyseur au récit du bitcoin comme actif mondial résilient face aux États. » La Chine n’a certes pas officiellement assoupli ses restrictions, mais l’écart entre la législation et la pratique sur le terrain témoigne d’une réalité économique qui s’impose progressivement.
Un contexte mondial favorable à la rentabilité du minage
Le rebond du minage chinois coïncide avec l’envolée du Bitcoin à des niveaux record en octobre 2025, portée par les politiques pro-crypto du président américain Donald Trump et une méfiance croissante envers le dollar. Cette hausse a rendu le minage plus rémunérateur, même si la cryptomonnaie a perdu environ un tiers de sa valeur depuis son pic d’octobre, selon les données de marché.
La répression de 2021 avait contraint les mineurs chinois à fermer leurs opérations locales et à s’exiler vers l’Amérique du Nord et l’Asie centrale. Quatre ans plus tard, la dynamique s’inverse partiellement. Le taux de hachage global du réseau Bitcoin atteint actuellement des niveaux records, dépassant 855,7 exahashes par seconde selon Cryptonews, témoignant d’une intensification mondiale de l’activité minière. Dans ce contexte, la Chine exploite ses avantages comparatifs en matière énergétique pour reconquérir une position qu’elle dominait autrefois.
Le contraste avec les opérations illégales en Malaisie
Cette situation chinoise contraste avec celle observée en Malaisie, où le minage illégal provoque des dégâts considérables. Selon le Journal Du Coin, la compagnie nationale d’électricité Tenaga Nasional Berhad estime les pertes à 1,1 milliard de dollars entre 2020 et 2025, dues au vol d’électricité pour des opérations clandestines. Près de 13 827 sites auraient été identifiés comme siphonnant illégalement de l’énergie, menaçant la stabilité du réseau électrique national.
En Chine, la dynamique diffère : plutôt que de voler l’électricité, les mineurs semblent bénéficier d’une tolérance locale dans des régions où l’énergie excédentaire cherche des débouchés. Cette distinction illustre les nuances de la résurgence chinoise, qui s’appuie davantage sur des opportunités économiques régionales que sur des pratiques franchement criminelles, même si le cadre légal national reste inchangé.
Quel avenir pour cette renaissance discrète ?
La question demeure : Pékin tolérera-t-il durablement cette résurgence qui contredit sa politique officielle de 2021 ? Les autorités centrales pourraient à tout moment décider d’une nouvelle vague de répression, comme elles l’ont fait par le passé. Mais l’ampleur actuelle du phénomène, avec 14 à 20 % de la production mondiale, suggère une implantation déjà substantielle qui ne pourrait être démantelée sans coûts économiques significatifs pour les provinces concernées.
Le silence des autorités face aux sollicitations de Reuters laisse planer l’ambiguïté. Cette zone grise pourrait perdurer tant que le minage reste discret et qu’il valorise des ressources énergétiques autrement sous-exploitées. La Chine, qui fut jadis le leader incontesté du minage Bitcoin avant d’en devenir l’ennemi déclaré, écrit aujourd’hui un troisième chapitre plus nuancé de son histoire avec les cryptomonnaies. Un chapitre où pragmatisme économique et doctrine politique coexistent dans un équilibre précaire, sous la surface d’une interdiction qui n’a jamais été officiellement levée.
Sources
- Zonebourse Suisse (24 novembre 2025)
- Reuters (24 novembre 2025)
- Hashrate Index (octobre 2025)
- CryptoQuant (novembre 2025)
- Journal Du Coin (20 novembre 2025)