La Réunion : 1 392 dossiers d’infractions sexuelles sur mineurs réexaminés
Le département enregistre plus de 8 000 signalements en 2025, une hausse de 7,5 %. La justice réagit, mais les moyens manquent.
La justice a réexaminé 1 392 procédures d'infractions sexuelles sur mineurs à La Réunion. Une initiative prise alors que le département a enregistré 8 046 informations préoccupantes en 2025, soit 7,5 % de plus qu'en 2024. Les associations réclament des moyens.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- 1 392 procédures d'infractions sexuelles sur mineurs réexaminées par la justice à La Réunion.
- 8 046 informations préoccupantes enregistrées en 2025, soit une hausse de 7,5 % en un an.
- 700 signalements concernent des enfants de moins de trois ans, près de 10 % du total.
- Les ordonnances de protection provisoire ont augmenté de 70 %, passant de 26 à 85 enfants.
- Plus de 20 enfants par jour touchés par des violences, dont 995 victimes d'atteintes sexuelles recensées par la gendarmerie en 2024.
La justice réunionnaise a réexaminé 1 392 procédures d’infractions sexuelles commises sur des mineurs, selon Linfo.re. Cette décision intervient dans un contexte de crise de la protection de l’enfance sur l’île, marqué par une hausse continue des signalements. En 2025, le département a enregistré 8 046 informations préoccupantes concernant des mineurs, rapporte Réunion La 1ère.
Parmi ces signalements, plus d’un millier concernent des enfants de moins de trois ans, soit près de 10 % du total. Les ordonnances de protection provisoire prononcées par un juge sont un nouvel outil législatif créé en 2026. Les mesures de placement ont atteint près de 3 671 mesures en 2025.
Plus de 20 enfants victimes de violences par jour
Les autorités estiment que plus de 20 enfants par jour seraient touchés par des violences, notamment d’ordre sexuel, sur l’île. En 2024, la gendarmerie a recensé 995 mineurs victimes d’atteintes sexuelles à La Réunion, dont 158 viols, selon Linfo.re. Ces chiffres, déjà élevés, ne reflètent qu’une partie de la réalité, de nombreuses victimes ne portant pas plainte.
La mort de la jeune Lyhanna a provoqué un électrochoc. Deux rassemblements citoyens ont été organisés à Saint-Denis pour exiger une meilleure protection de l’enfance. L’affaire a mis en lumière les dysfonctionnements du système de protection et relancé le débat sur les moyens alloués.
Initiatives pour libérer la parole des victimes
L’installation de boîtes aux lettres Papillons dans les écoles est à l’étude à La Réunion. Ce dispositif permet aux enfants victimes de violences de signaler leur situation de manière anonyme. L’objectif est de libérer la parole, notamment celle des plus jeunes qui n’osent pas s’adresser directement à un adulte.
La Réunion dispose désormais d’un unique juge aux affaires familiales dédié à l’urgence, un dispositif inédit mais jugé largement insuffisant par les associations locales. Ce poste, créé à Saint-Denis, doit traiter les situations les plus graves nécessitant une intervention rapide.
Des moyens jugés insuffisants
Les associations de protection de l’enfance dénoncent le manque criant de moyens humains et financiers. Avec plus de 8 000 signalements par an, les services départementaux et la justice peinent à suivre le rythme. Les délais d’instruction s’allongent, les évaluations sociales prennent du retard, et les décisions de placement tardent à être appliquées.
La question des ressources se pose aussi pour l’accueil des mineurs placés. Les structures d’hébergement sont saturées, obligeant parfois à placer des enfants dans des familles d’accueil non formées ou à maintenir des situations à risque faute d’alternative.
D’autres départements confrontés à des situations similaires ont renforcé leurs dispositifs. En Vendée, un protocole anti-prostitution des mineurs a été signé avec une enveloppe de 600 000 € pour renforcer la prévention et l’accompagnement.
Contexte dans La Réunion
La Réunion, département d’outre-mer de 886 000 habitants, présente des spécificités qui aggravent la situation. La précarité touche une part importante de la population, avec un taux de pauvreté de 36 %. Les violences intrafamiliales y sont plus fréquentes qu’en métropole, et l’insularité complique l’accès aux soins et aux structures spécialisées.
Le réexamen des 1 392 procédures s’inscrit dans un contexte national de prise de conscience des violences faites aux mineurs. La loi réparant les préjudices des mineurs réunionnais transplantés, dits « Enfants de la Creuse », a été promulguée le 29 juin 2026, selon Vie-Publique.fr. Ce texte reconnaît enfin les préjudices subis par ces enfants arrachés à leurs familles entre les années 1960 et 1980.
Une justice à hauteur d’enfant reste à construire
Malgré les initiatives récentes, la concrétisation d’une justice véritablement adaptée aux mineurs reste un défi majeur pour La Réunion. Le réexamen des procédures constitue une avancée, mais les associations attendent des mesures structurelles : recrutement de travailleurs sociaux, création de places d’hébergement, formation des professionnels, et surtout, un budget à la hauteur de l’urgence.
Les prochains mois diront si les autorités passent des annonces aux actes. Les chiffres de 2026, attendus en début d’année prochaine, permettront de mesurer l’impact réel des dispositifs mis en place et l’évolution de la situation sur l’île.
