La Réunion : la police de l’eau en sous-effectif face à une sécheresse historique

Un rapport de la Cour des comptes du 12 mai 2026 pointe l'insuffisance criante des moyens alloués à la surveillance des ressources hydriques à La Réunion.

La Réunion : la police de l'eau en sous-effectif face à une sécheresse historique
Illustration Viviane Payet / info.fr

La Cour des comptes a publié le 12 mai 2026 un rapport sévère sur la police environnementale de l'eau. À La Réunion, le constat est particulièrement préoccupant à peine plus de dix agents en équivalent temps plein pour surveiller les ressources en eau d'un territoire de près de 911 000 habitants, en pleine saison des pluies la plus déficitaire depuis cinquante ans.

La Cour des comptes a publié le 12 mai 2026 un rapport sévère sur la police environnementale de l’eau. À La Réunion, le constat est particulièrement préoccupant : à peine plus de dix agents en équivalent temps plein pour surveiller les ressources en eau d’un territoire de près de 911 000 habitants, en pleine saison des pluies la plus déficitaire depuis cinquante ans.

L’essentiel

  • Rapport publié le 12 mai 2026 : la Cour des comptes critique l’effectivité limitée de la police de l’eau, avec seulement 1 560 équivalents temps plein (ETP) au niveau national.
  • Plus de 10 ETP à La Réunion : pour 910 985 habitants, un ratio jugé particulièrement faible selon Zinfos974 et le rapport de la Cour des comptes.
  • Déficit pluviométrique de 45 % : la saison des pluies 2025-2026 est la deuxième plus déficitaire en cinquante ans selon Météo-France ; janvier-avril 2026 est la période la plus sèche en 55 ans.
  • Vigilance sécheresse le 20 avril 2026 : la préfecture a placé l’ensemble du département en vigilance et les communes de l’ouest (Saint-Paul, Le Port, La Possession, Trois-Bassins, Saint-Leu) en alerte pour les eaux souterraines.
  • Moins de 50 % des masses d’eau en bon état : constat national dressé par la Cour des comptes, aggravé par les pollutions diffuses et les prélèvements excessifs.

Un rapport national aux répercussions locales fortes

Le rapport de la Cour des comptes, rendu public le 12 mai 2026, dresse un bilan négatif de la police environnementale de l’eau en France. Au niveau national, environ 1 560 équivalents temps plein (ETP) sont mobilisés pour surveiller, contrôler et sanctionner les atteintes aux ressources hydriques. La Cour juge ce chiffre insuffisant au regard des enjeux. Les contrôles sont rares, les sanctions quasi inexistantes dans de nombreux territoires.

À La Réunion, la situation est encore plus tendue. Selon Zinfos974, qui a relayé les conclusions du rapport, l’île ne disposerait que de légèrement plus de 10 ETP dédiés à cette mission, pour une population estimée à 910 985 habitants en 2026. Ce ratio est l’un des plus faibles du territoire national rapporté à la démographie et aux enjeux environnementaux locaux.

Une saison des pluies historiquement sèche

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Le rapport tombe dans un contexte hydrique dégradé. La saison des pluies 2025-2026 est la deuxième plus déficitaire enregistrée à La Réunion depuis cinquante ans, selon Météo-France. Le déficit moyen atteint 45 %. La période janvier-avril 2026 est même la plus sèche observée en 55 ans : les cumuls moyens tournent autour de 1 000 mm, contre plus de 1 700 mm habituellement, d’après Zinfos974 et Réunion La 1ère.

Conséquences directes : baisse des débits des cours d’eau, recul des nappes souterraines, pression accrue sur les captages. Les gestionnaires des services publics d’eau font face à des tensions inédites en dehors des années de sécheresse extrême.

La préfecture en ordre de bataille depuis le 20 avril

Face à ce déficit précoce, la préfecture de La Réunion a agi avant même la fin officielle de la saison des pluies. Le 20 avril 2026, un arrêté de restriction temporaire des usages a été signé : l’ensemble du département est placé en vigilance pour les eaux superficielles et souterraines. Les communes de l’ouest - Saint-Paul, Le Port, La Possession, Trois-Bassins et Saint-Leu - passent, elles, en niveau d’alerte pour les eaux souterraines.

Les restrictions portent sur les usages non essentiels : arrosage des espaces verts, lavage des véhicules, remplissage des piscines privées. Le préfet Patrice Latron appelle à une « responsabilité collective » pour préserver la qualité des ressources, selon linfo.re.

Contexte dans La Réunion

La gestion de l’eau est un sujet structurel à La Réunion, territoire insulaire tropical soumis à des alternances marquées entre saison sèche et saison des pluies. La question des captages, des pollutions et des tensions sur la ressource est documentée depuis plusieurs années par l’Office de l’eau de La Réunion, qui publie ses Chroniques de l’eau depuis 2019. Ces publications soulignent notamment la modernisation progressive des services publics d’eau et d’assainissement, mais aussi la persistance de fragilités structurelles.

Le changement climatique amplifie ces déséquilibres. Le déficit pluviométrique de 2025-2026 s’inscrit dans une tendance documentée de réduction des précipitations sur certaines zones de l’île, conjuguée à une hausse des températures qui accroît l’évapotranspiration et réduit les apports aux nappes. Dans ce contexte, le faible nombre d’agents de la police de l’eau limite les capacités de contrôle des prélèvements illicites et des pollutions.

Un outil de surveillance des nappes phréatiques, baptisé MétéoauNappes, doit être déployé à La Réunion par le BRGM avec 12 points d’installation, selon le média Imazpress. Ce dispositif s’inscrit dans un plan eau outre-mer doté de 30 millions d’euros pour l’île. La date précise d’opérationnalité n’a pas été confirmée officiellement à ce stade.

Dix recommandations, mais des moyens à construire

La Cour des comptes formule dix recommandations dans son rapport. Elles portent sur la clarification du droit applicable, une meilleure organisation des services et des sanctions plus dissuasives. Le rapport cite également une étude de la Toulouse School of Economics qui établit un lien positif entre l’intensité des contrôles et la qualité de l’eau.

Au niveau national, moins de la moitié des masses d’eau sont en bon état écologique. La stratégie de préservation ne parvient pas à enrayer leur dégradation, selon la Cour, en raison des pollutions diffuses - pesticides, nitrates - et des prélèvements excessifs, aggravés par le changement climatique. Ce constat vaut a fortiori pour un territoire insulaire comme La Réunion, où la ressource en eau douce est à la fois précieuse et vulnérable.

Le sujet dépasse la seule île. Dans plusieurs départements, les tensions sur l’eau alimentent des débats sur la régulation des usages agricoles et industriels - un enjeu que d’autres territoires ultramarins et métropolitains connaissent sous des formes différentes. La question des moyens alloués aux services de contrôle environnemental reste posée au niveau national, bien au-delà de La Réunion.

La suite : délais et arbitrages budgétaires

Les suites concrètes du rapport dépendront des arbitrages budgétaires de l’État. La Cour des comptes n’impose pas : elle recommande. Le renforcement des effectifs de la police de l’eau à La Réunion - comme sur l’ensemble du territoire - reste soumis aux décisions du gouvernement et de ses services déconcentrés. La préfecture de La Réunion n’a pas précisé, à ce stade, de calendrier de recrutement supplémentaire.

La prochaine saison des pluies, attendue à partir de novembre 2026, constituera un premier test pour les mesures engagées.

Sources

Viviane Payet

Viviane Payet

Viviane est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de La Réunion (974), avec Saint-Denis pour chef-lieu. Spécialité du département : cirques UNESCO et volcan actif. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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