Tarn-et-Garonne : les taxis étranglés par la flambée du carburant, «on est les grands oubliés»
À Monclar-de-Quercy comme ailleurs dans le 82, les artisans taxis accumulent les pertes sans aides suffisantes face à un gazole à 2,25 €/L.
Le gazole a bondi de 1,64 €/L en 2025 à plus de 2,25 €/L en mai 2026. Dans le Tarn-et-Garonne, les chauffeurs de taxi encaissent une hausse de charges qu'ils ne peuvent pas répercuter. La seule aide disponible 50 euros au titre des «gros rouleurs».
Le gazole a bondi de 1,64 €/L en 2025 à plus de 2,25 €/L en mai 2026. Dans le Tarn-et-Garonne, les chauffeurs de taxi encaissent une hausse de charges qu’ils ne peuvent pas répercuter. La seule aide disponible : 50 euros au titre des «gros rouleurs».
L’essentiel
- Gazole : passé de 1,64 €/L en 2025 à plus de 2,25 €/L en mai 2026, lié au conflit au Moyen-Orient, selon La Dépêche.
- Surcoût annuel : 7 000 € supplémentaires pour une entreprise de trois véhicules, selon Arnaud Levenez-Lampe (Taxis d’Oc, Monclar-de-Quercy).
- Aide actuelle : 50 € versés au titre des «gros rouleurs», jugée insuffisante par la profession.
- Mesure annoncée : avance fiscale (25 % de la TICPE 2026) promise par le ministère des Transports le 13 mai 2026, versement prévu à partir de juin.
- Demande syndicale : tarif plancher du carburant à 1,80 €/L et gel de la taxe CEE, doublée à 16 centimes/litre depuis janvier 2026, selon Le Figaro.
«On roule à perte» : le quotidien d’un patron de taxi à Monclar-de-Quercy
Arnaud Levenez-Lampe gère Taxis d’Oc à Monclar-de-Quercy. Trois véhicules, des courses longues vers les hôpitaux de Montauban, des gardes à assurer. Depuis le début de l’année, la facture gazole de son entreprise a explosé. Selon son témoignage recueilli par La Dépêche, la hausse représente 7 000 euros de charges supplémentaires par an. Il travaille onze à douze heures par jour sans pouvoir ajuster ses tarifs à la pompe.
«On est les grands oubliés», résume-t-il. Secrétaire départemental de la FNAT 82 - la Fédération nationale des artisans du taxi - , il parle aussi au nom de ses collègues du département. Les courses conventionnées avec l’Assurance maladie, qui représentent une part importante du chiffre d’affaires des taxis ruraux, sont tarifées par convention. Impossible d’y ajouter un surcoût carburant au client.
Un écart qui creuse les pertes semaine après semaine
Le gazole était à 1,64 €/L en 2025. En mai 2026, il dépasse les 2,25 €/L, selon La Dépêche, dans un contexte de tensions géopolitiques liées au conflit au Moyen-Orient. TotalEnergies a mis en place un plafonnement volontaire - essence à 1,99 €/L, diesel à 2,25 €/L - tant que la crise dure, avec un tarif temporaire à 2,09 €/L pour le diesel pendant les ponts de mai, selon le communiqué officiel du groupe pétrolier. Ce plafond correspond pourtant déjà au niveau de prix dénoncé par les taxis.
La Fédération nationale des artisans du taxi alerte, selon France Info, sur un risque de «casse» de la profession si aucune aide supplémentaire n’est déployée. Certains chauffeurs réduisent leurs horaires. D’autres renoncent à des courses déficitaires sur de longues distances. Or dans un département comme le Tarn-et-Garonne, les taxis assurent une part non négligeable des transports médicaux vers les centres hospitaliers, en l’absence d’offre de transport en commun dense hors de Montauban.
Pour les professionnels du secteur, le parallèle avec d’autres filières est douloureux. Agriculteurs et transporteurs routiers ont bénéficié d’aides d’urgence spécifiques lors des précédentes flambées. Les taxis, eux, ne reçoivent que les 50 euros de l’indemnité «gros rouleurs», un montant que d’autres professionnels de la route jugent également insuffisant.
Les revendications de la profession
La FNAT formule deux demandes principales, selon Le Figaro : un tarif plancher du carburant à 1,80 €/L et le gel de la taxe CEE sur les carburants. Cette taxe a été doublée à 16 centimes par litre depuis janvier 2026, alourdi la facture de chaque plein. À raison de plusieurs pleins par semaine pour un taxi travaillant à temps plein, l’effet est immédiat sur la trésorerie.
La FNAT demande également une revalorisation des tarifs conventionnés avec l’Assurance maladie, pour intégrer mécaniquement l’évolution des coûts énergétiques. Cette demande n’a pas encore reçu de réponse formelle à ce stade.
Les réponses du gouvernement : insuffisantes pour la filière
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 5 mai 2026 un «changement d’échelle» des dispositifs de soutien face à la hausse des prix des carburants, selon TF1 Info. Mais les premières mesures concrètes annoncées ciblaient principalement les agriculteurs et les transporteurs routiers.
Le 13 mai, le ministère des Transports a précisé une mesure spécifique aux taxis : une avance fiscale correspondant à 25 % de la TICPE (taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques) versée en 2026, avec un remboursement anticipé prévu à partir de juin, selon Ouest-France et Le Figaro. Le dispositif reste à confirmer dans son détail. La profession l’accueille avec prudence : une avance fiscale décale le problème, elle ne le résout pas.
Des discussions pour un dispositif plus adapté aux taxis et aux VTC devaient être engagées dans les jours suivant l’annonce du 27 avril, selon la préfecture de région Occitanie. Leur issue n’était pas connue au 15 mai.
Contexte dans le Tarn-et-Garonne
Le Tarn-et-Garonne est l’un des départements les moins denses d’Occitanie, avec environ 260 000 habitants répartis sur un territoire rural étendu autour de Montauban, sa préfecture. La voiture y est quasi incontournable pour les déplacements du quotidien, et les taxis jouent un rôle structurant dans le transport médical non urgent (TMNU), notamment pour les patients âgés ou sans véhicule qui doivent rejoindre les établissements de soins montalbantais.
Dans ce contexte, une réduction de l’offre de taxi, même partielle, aurait des effets concrets sur l’accès aux soins dans les communes rurales du département. La crise du carburant touche aussi d’autres professionnels de la route dans la région : les secteurs du transport de voyageurs sont sous pression dans plusieurs territoires.
Des crises similaires ont déjà frappé la profession. En 2022-2023, lors d’une précédente flambée des prix, des grèves de taxis avaient eu lieu en France. En mars 2023, selon France 3 Paris Île-de-France, les pénuries avaient réduit le nombre de courses de 3 % en Île-de-France. Les artisans taxis du 82 avaient alors, eux aussi, alerté sur leurs marges. La situation actuelle est décrite par Arnaud Levenez-Lampe comme plus grave encore, la hausse atteignant selon lui 20 à 40 % sur les coûts énergétiques, comme le relève France Info.
Les difficultés de mobilité liées aux coûts de transport touchent plusieurs catégories de population à travers la France dans ce contexte de hausse généralisée.
Ce qui se passe maintenant à Montauban
À Montauban, les artisans taxis attendent une réponse concrète avant la fin du mois de mai. Le remboursement partiel de TICPE annoncé par le ministère est prévu à partir de juin. En attendant, certains réduisent leurs horaires ou refusent des courses longues distance jugées non rentables.
Le prochain rendez-vous pour la profession est la concrétisation du dispositif spécifique taxis-VTC promis par le gouvernement. La FNAT 82 indique qu’elle suivra de près les arbitrages budgétaires des semaines à venir.
Sources
- La Dépêche du Midi : TÉMOIGNAGE. "On est les grands oubliés"... Dans le Tarn-et-Garonne, le désespoir des chauffeurs de taxi face à la hausse des prix du carburant
- Ouest-France : Prix du carburant : les taxis vont recevoir une avance fiscale
- Le Figaro : Carburants : face à la hausse des prix à la pompe, les taxis vont recevoir une avance fiscale
- France Info : Aides carburants : le désespoir des chauffeurs de taxi et VTC, oubliés des premiers coups de pouce