La Syrie dévoile sa monnaie sans Assad : blé, olives et roses remplacent le culte
Ahmad al-Chareh présente 6 nouveaux billets de 10 à 500 livres avec symboles agricoles, circulation dès le 1er janvier 2026
Lundi 29 décembre 2025, au Palais des congrès de Damas, le président syrien Ahmad al-Chareh a officiellement dévoilé la nouvelle monnaie nationale. Exit les effigies de Bachar al-Assad et de son père Hafez : les billets arborent désormais des roses, des oranges, des olives et du blé. Cette rupture symbolique intervient un an jour pour jour après la chute du régime, alors que la livre syrienne s'est effondrée de 50 à 11.000 pour un dollar depuis 2011.
- La Syrie a dévoilé le 29 décembre 2025 six nouveaux billets de 10 à 500 livres ornés de symboles agricoles (blé, olives, roses, oranges) remplaçant les effigies de Bachar et Hafez al-Assad
- Les nouveaux billets entreront en circulation le 1er janvier 2026 avec suppression de deux zéros pour simplifier les transactions face à l'hyperinflation
- La livre syrienne s'est effondrée de 50 à environ 10.000-11.000 pour un dollar depuis le début de la guerre civile en 2011, obligeant les Syriens à transporter des sacs d'argent pour les achats courants
- Les États-Unis ont levé les sanctions César, ouvrant la voie aux investissements étrangers après des années d'isolement économique de la Syrie
- Le président Ahmad al-Chareh, ancien jihadiste devenu chef d'État après la chute d'Assad il y a un an, présente cette réforme comme une rupture avec la vénération des individus et le début d'une nouvelle ère pour la Syrie
Dans l’imposante salle du Palais des congrès de Damas, une cérémonie officielle a marqué lundi 29 décembre 2025 un tournant historique pour la Syrie. Accompagné de son épouse Latifa al-Droubi, le président Ahmad al-Chareh a dévoilé devant la presse nationale et internationale les nouveaux billets de banque syriens. Une transformation qui va bien au-delà du simple changement esthétique : elle enterre symboliquement cinquante années de culte de la personnalité sous la dynastie Assad. Selon BFM TV, les nouveaux billets entreront en circulation dès le 1er janvier 2026, marquant une rupture définitive avec l’ancien régime.
Du portrait des Assad aux symboles de la terre syrienne
Fini les visages sévères de Bachar et Hafez al-Assad qui ornaient les coupures depuis des décennies. Les six nouveaux billets, d’une valeur allant de 10 à 500 livres syriennes, célèbrent désormais la richesse agricole du pays. Le billet de 500 livres arbore des épis de blé dorés, celui de 200 livres met en valeur les olives, symbole méditerranéen par excellence. Les roses de Damas, les oranges et d’autres productions agricoles emblématiques complètent cette nouvelle identité visuelle. Une transformation qui répond à une volonté politique claire, comme l’a expliqué le président al-Chareh lors de la cérémonie.
« Le nouveau design de la monnaie est l’expression d’une nouvelle identité nationale et marque une rupture avec la vénération d’individus », a déclaré Ahmad al-Chareh devant les journalistes présents.
Cette décision s’inscrit dans une démarche de désacralisation du pouvoir. Comme le rapporte l’agence SANA, le président a précisé que « nous avons opté pour des symboles liés à la réalité syrienne, car les personnes vont et viennent ». Un message politique fort dans un pays qui sort de quatorze années de guerre civile et d’un demi-siècle de dictature familiale.
Une réforme monétaire pour simplifier le quotidien des Syriens
Au-delà du symbole, cette nouvelle monnaie répond à une nécessité économique urgente. La livre syrienne a subi une dévaluation catastrophique depuis le début du conflit en 2011, passant d’un taux de change de 50 livres pour un dollar à environ 10.000-11.000 livres actuellement. Cette hyperinflation a transformé les transactions quotidiennes en cauchemar logistique pour la population. Selon Sud Ouest, Ahmad al-Chareh a illustré cette réalité avec des mots crus.
« Si quelqu’un souhaite acheter quelque chose de simple, il doit transporter des sacs pour pouvoir effectuer ses achats, alors les gens se tournent vers le dollar », a expliqué le président syrien.
Pour remédier à cette situation, les autorités ont pris une décision radicale : supprimer deux zéros sur les nouveaux billets émis. Un billet de 10.000 anciennes livres devient ainsi un billet de 100 nouvelles livres. Cette dénomination vise à simplifier les transactions et à restaurer la confiance dans la monnaie nationale. Le gouverneur de la Banque centrale, Abdul Qadir al-Hasriya, présent lors de la cérémonie, a supervisé cette transition délicate qui nécessite un calendrier précis pour éviter toute panique bancaire.
Une transition économique sous haute surveillance
Le président al-Chareh a tenu à rassurer la population sur les modalités pratiques de cette réforme. Comme le rapporte SANA, il a insisté sur le fait que « tous ceux qui détiennent de l’ancienne monnaie pourront la remplacer par la nouvelle » et qu' »il n’est pas nécessaire d’insister sur cet échange, car cela pourrait nuire au taux de change de la livre syrienne ». Une communication soigneusement calibrée pour éviter les mouvements de panique qui ont caractérisé d’autres réformes monétaires dans le monde.
Le chef de l’État a également tenu à tempérer les attentes : l’édition de la nouvelle monnaie avec suppression de deux zéros « ne signifie pas une amélioration de l’économie, mais plutôt une simplification des transactions monétaires ». Pour lui, l’amélioration économique repose sur des fondamentaux autrement plus complexes : augmentation des taux de production, réduction du chômage, modernisation du secteur bancaire. Des défis colossaux pour un pays dont l’économie a été ravagée par quatorze années de conflit.
« La Syrie mérite une économie forte et une monnaie stable », a affirmé Ahmad al-Chareh, fixant ainsi l’horizon de sa politique économique.
Un contexte international favorable à la reconstruction
Cette réforme monétaire intervient dans un contexte géopolitique en mutation. Selon BFM TV, les États-Unis ont annoncé la levée définitive des sanctions dites « César », ouvrant la voie à un retour des investissements étrangers après des années d’isolement économique. Cette décision américaine constitue un signal fort pour les investisseurs internationaux et pourrait faciliter la stabilisation de la livre syrienne.
Un détail technique révèle également les nouvelles alliances du pays : les anciens billets étaient imprimés en Russie, l’ancien soutien indéfectible du régime Assad. Le gouverneur de la Banque centrale n’a pas précisé où la nouvelle monnaie sera imprimée, une omission qui alimente les spéculations sur les nouveaux partenaires économiques de Damas. Cette discrétion contraste avec la transparence affichée sur les autres aspects de la réforme.
Un symbole pour tourner la page de la dictature
Pour Ahmad al-Chareh, ancien commandant jihadiste devenu président après avoir renversé Bachar al-Assad il y a un an, cette nouvelle monnaie marque bien plus qu’une simple réforme économique. Comme le souligne Sud Ouest, il y voit « la fin d’une phase antérieure qui ne sera pas regrettée et le début d’une nouvelle phase à laquelle le peuple syrien aspire ».
Cette déclaration résonne d’autant plus fort que la Syrie découvre progressivement l’ampleur des crimes commis sous le régime Assad. Les prisons comme Saidnaya, les centres de torture, les charniers continuent de livrer leurs secrets macabres. La disparition des visages des Assad des billets de banque participe de cette volonté d’effacer les symboles d’un pouvoir qui a systématiquement eu recours à la détention arbitraire, à la torture et aux disparitions forcées pendant plus de cinquante ans.
Reste à savoir si cette rupture symbolique s’accompagnera d’une véritable reconstruction économique. Avec une livre qui vaut deux cents fois moins qu’en 2011, un secteur bancaire exsangue, des infrastructures détruites et une confiance des citoyens au plus bas, le défi est immense. Les nouveaux billets ornés de blé et d’olives suffiront-ils à redonner espoir à un peuple qui a tout perdu ? La réponse se lira dans les mois à venir, au rythme de la circulation de cette monnaie qui veut incarner une Syrie enfin libérée du culte des hommes forts.
Sources
- BFM TV (30 décembre 2025)
- Sud Ouest (30 décembre 2025)
- Agence SANA (29 décembre 2025)
- UN News (27 janvier 2025)