Le baril de pétrole franchit 118,21 dollars, une flambée de 70% en dix jours

Le blocage du détroit d'Ormuz et la guerre au Moyen-Orient provoquent un choc pétrolier historique

Le baril de pétrole franchit 118,21 dollars, une flambée de 70% en dix jours
Salle de marché moderne avec écrans affichant les cours du pétrole au-dessus de 118 dollars Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

À 2h30 GMT ce lundi 9 mars 2026, le baril de West Texas Intermediate atteignait 118,21 dollars, soit une hausse vertigineuse de 30,04% en quelques heures. Cette envolée sans précédent, provoquée par le dixième jour de conflit entre l'Iran, Israël et les États-Unis, dépasse en violence les mouvements observés lors de l'invasion russe en Ukraine. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% de la production mondiale de pétrole, reste quasi-paralysé tandis que les Bourses asiatiques s'effondrent.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le baril de WTI a atteint 118,21 dollars ce lundi 9 mars 2026 à 2h30 GMT, soit une hausse de 30,04% en quelques heures et de 70% depuis le début du conflit le 28 février
  • Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% de la production mondiale de pétrole et de GNL, reste quasi-paralysé par la menace de missiles et drones iraniens
  • L'Irak a réduit sa production de 3 millions de barils par jour, tandis que les Émirats arabes unis et le Koweït ont également diminué leur extraction par manque de débouchés
  • Les Bourses asiatiques se sont effondrées : Tokyo a perdu 6,97%, Séoul 6,61%, avec des répercussions attendues sur les marchés européens et américains
  • Les analystes de Moody's redoutent une spirale inflationniste contraignant les banques centrales à relever leurs taux, menaçant la reprise économique mondiale

Le monde économique retient son souffle. Ce lundi matin, à l’ouverture des marchés asiatiques, le prix du baril de pétrole a franchi un seuil psychologique que peu d’analystes osaient encore envisager il y a deux semaines. Selon BFM Business, le baril de West Texas Intermediate s’envolait de 30,04% à 118,21 dollars vers 2h30 GMT, tandis que le Brent de la mer du Nord bondissait de 27,54% à 118,22 dollars. Une progression fulgurante qui pulvérise tous les records récents et fait trembler les économies mondiales.

Une escalade sans précédent depuis le début du conflit

Depuis le déclenchement de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran le 28 février dernier, le WTI s’est apprécié de 70% au total, un mouvement d’une ampleur jamais observée sur une période aussi courte. Comme le souligne Le Parisien, même l’invasion de l’Ukraine par la Russie en mars 2022, qui avait propulsé le baril jusqu’à 130,50 dollars, n’avait pas généré des mouvements aussi violents et rapides. Cette fois, c’est la combinaison explosive de plusieurs facteurs qui affole les marchés : blocage maritime, attaques sur les infrastructures pétrolières et réduction drastique de la production dans plusieurs pays du Golfe.

La dernière fois que les cours avaient dépassé la barre des 100 dollars remonte à juillet 2022. Mais l’accélération actuelle dépasse toutes les projections. D’après TF1 Info, le baril avait franchi ce seuil symbolique dès la réouverture des échanges après le week-end, avant de poursuivre son ascension vertigineuse dans les heures suivantes.

Le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement de l’économie mondiale

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Au cœur de cette crise se trouve le détroit d’Ormuz, ce passage maritime stratégique large de seulement 54 kilomètres à son point le plus étroit. Lloyd Chan, analyste de la banque MUFG, ne mâche pas ses mots et parle ouvertement de « choc pétrolier ». Dans son analyse reprise par Le Parisien, il constate que les données de suivi des navires confirment l’arrêt quasi-total du trafic maritime.

« Les perturbations de l’approvisionnement s’intensifient, les données de suivi des navires confirmant l’arrêt du trafic maritime », observe Lloyd Chan de la banque MUFG.

La menace de missiles et de drones iraniens a paralysé ce passage stratégique par lequel transitent normalement environ 20% de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Selon L’Actualité, le cabinet d’études Rystad Energy estime à 15 millions de barils par jour le volume de brut qui emprunte habituellement cette route maritime, soit près de 20% de la production planétaire. Aujourd’hui, ce flux vital est réduit à sa portion congrue.

Les pays producteurs contraints de réduire leur production

L’impact du conflit ne se limite pas au blocage maritime. Les pays producteurs du Golfe sont directement touchés par l’extension des hostilités. Comme le rapporte Le Parisien, l’Arabie saoudite a intercepté lundi deux nouveaux drones se dirigeant vers le gisement pétrolier de Shaybah, dans le sud-est du royaume, déjà visé la veille. Ces attaques répétées obligent les producteurs à réduire leur activité par mesure de sécurité.

« Les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak ont réduit leur production de pétrole, l’Irak annonçant à lui seul une baisse d’environ 3 millions de barils/jour », précise Lloyd Chan.

Cette réduction massive de l’offre, combinée aux difficultés d’exportation, crée un déséquilibre sans précédent sur les marchés. Les capacités de stockage des pays producteurs arrivent à saturation, les obligeant à fermer les vannes. Selon L’Actualité, l’Iran, Israël et les États-Unis ont également ciblé des installations pétrolières et gazières depuis le début du conflit, aggravant encore les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial.

Trump minimise, les marchés paniquent

Face à cette flambée historique qui pénalise directement les consommateurs américains, le président Donald Trump a tenté de rassurer dimanche soir sur son réseau Truth Social. Avec sa verve habituelle, il a qualifié cette hausse de « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde », ajoutant que « seuls les imbéciles pensent autrement ». Le président américain assure que les prix vont « rapidement chuter lorsque la destruction de la menace nucléaire iranienne sera achevée », selon TF1 Info.

Mais ces déclarations n’ont pas suffi à calmer les marchés. L’administration américaine a certes annoncé vendredi la mise en place d’un mécanisme de réassurance via l’Agence américaine de développement DFC, à hauteur de 20 milliards de dollars, pour faciliter la couverture des risques liés au passage du détroit d’Ormuz. Le ministre américain de l’Énergie Chris Wright a également évoqué une collaboration avec des armateurs pour faire sortir les tankers du Golfe persique, probablement sous protection militaire américaine. Mais ces mesures apparaissent dérisoires face à l’ampleur du choc.

L’Asie trinque, l’Europe tremble

Les répercussions de cette crise pétrolière se font immédiatement sentir sur les places boursières asiatiques, particulièrement dépendantes des hydrocarbures du Moyen-Orient. Selon BFM Business, à la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei s’effondrait de 6,97% à 51.740 points ce lundi matin. À Séoul, l’indice Kospi dévissait de 6,61%, Taipei lâchait 5,70%, Sydney abandonnait 3,67% et l’indice hongkongais Hang Seng cédait 2,87%.

La Corée du Sud et le Japon, respectivement quatrième et cinquième plus gros importateurs mondiaux de brut, sont en première ligne. Leurs économies, largement dépendantes d’une industrie technologique très énergivore, subissent de plein fouet ce choc d’approvisionnement. Les analystes de Moody’s, cités par Le Parisien, avertissent sans détour.

« Une hausse significative et durable des prix du pétrole mettrait à rude épreuve les régions importatrices d’énergie, notamment l’Europe et l’Asie, entraînant une augmentation des prix à la consommation et des coûts de production à l’échelle mondiale, érodant le pouvoir d’achat et pesant sur l’investissement », préviennent les experts de Moody’s.

Pour les consommateurs, les conséquences sont déjà tangibles. Aux États-Unis, le prix de l’essence ordinaire a atteint 3,45 dollars le gallon dimanche, soit 47 cents de plus qu’une semaine auparavant, selon l’Association américaine des automobilistes. Le diesel grimpe à 4,60 dollars le gallon. En France, les premières stations-service voient déjà les prix s’envoler, faisant craindre un retour vers les 2,50 euros le litre.

Le spectre d’un nouveau cycle inflationniste

Au-delà de l’impact immédiat sur le pouvoir d’achat, c’est toute l’architecture de la politique monétaire mondiale qui pourrait être remise en question. Les analystes de Moody’s redoutent que cette inflation importée ne contraigne les banques centrales à relever à nouveau leurs taux d’intérêt, alors même que l’économie mondiale peine à retrouver un rythme de croisière satisfaisant. Un scénario cauchemardesque qui rappelle les chocs pétroliers de 1973 et 1979, dont les effets récessifs s’étaient fait sentir pendant des années.

La Chine, premier importateur mondial de pétrole, a déjà demandé la semaine dernière à ses principaux raffineurs de se préparer à des perturbations prolongées, selon La Dépêche. Des signes de tensions apparaissent également en Europe, où plusieurs gouvernements activent leurs cellules de crise énergétique. Le ministre français de l’Économie a ainsi lancé des réunions quotidiennes pour anticiper les conséquences de cette flambée, tout en appelant les automobilistes à ne pas céder à la panique.

Reste à savoir combien de temps cette situation exceptionnelle va perdurer. Si le conflit au Moyen-Orient devait s’enliser, les conséquences économiques pourraient dépasser largement celles de la crise ukrainienne. Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si le monde fait face à un simple soubresaut des marchés ou au début d’une crise énergétique majeure aux répercussions durables sur la croissance mondiale.

Sources

  • Le Parisien (9 mars 2026)
  • TF1 Info (9 mars 2026)
  • Le Figaro (8 mars 2026)
  • BFM Business (9 mars 2026)
  • L'Actualité (9 mars 2026)
  • La Dépêche (9 mars 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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