Le majordome de l’île d’Epstein brise 8 ans de silence sur les secrets du domaine
Après des années d'omerta, un ancien employé du milliardaire accepte de témoigner sur ce qu'il a vu dans la propriété privée des Caraïbes
Huit années se sont écoulées depuis la mort de Jeffrey Epstein dans sa cellule en août 2019. Pour la première fois, l'un des majordomes en chef qui ont œuvré sur son île privée de Little Saint James, dans les Îles Vierges américaines, accepte de parler publiquement. Ce témoignage rare, venu du cœur même de ce domaine que la presse a surnommé "l'île de la pédophilie", pourrait apporter un nouvel éclairage sur les activités du financier déchu et sur le fonctionnement quotidien de cette propriété où le luxe côtoyait l'horreur présumée.
- Un majordome en chef de l'île privée de Jeffrey Epstein témoigne publiquement pour la première fois, 8 ans après la mort du financier en août 2019
- Le personnel de Little Saint James, propriété de 28 hectares achetée 7,95 millions de dollars en 1998, était soumis à des clauses de confidentialité draconiennes avec pénalités financières
- Le majordome aurait conservé des documents compromettants : plannings de vols, listes d'invités et photographies pouvant corroborer les témoignages des victimes
- L'île mise en vente en 2021 pour 125 millions de dollars puis ramenée à 55 millions en 2023 n'a toujours pas trouvé d'acheteur en février 2026 en raison de son passé sulfureux
- Ce témoignage pourrait ouvrir la voie à d'autres révélations du personnel permanent qui observait le fonctionnement quotidien de la propriété pendant des années
Le silence était devenu leur marque de fabrique. Depuis l’arrestation de Jeffrey Epstein en juillet 2019, puis sa mort en détention un mois plus tard, les dizaines d’employés qui ont travaillé sur son île privée de Little Saint James sont restés muets. Cuisiniers, jardiniers, pilotes, femmes de chambre : tous ont signé des clauses de confidentialité draconiennes, assorties de menaces juridiques et financières. Mais aujourd’hui, l’un d’entre eux franchit la ligne rouge. Un majordome en chef, dont l’identité reste protégée pour des raisons de sécurité, a accepté de témoigner sur les coulisses de cette propriété de 28 hectares achetée par Epstein en 1998 pour 7,95 millions de dollars.
Le quotidien d’un majordome au service d’un milliardaire
Dans l’univers du luxe extrême, le métier de majordome représente l’élite du service. Comme le souligne Sud Ouest dans un reportage sur les villas de prestige, ces professionnels sont « un seul interlocuteur pour tout le monde », gérant l’intégralité du fonctionnement d’une propriété. Sur l’île d’Epstein, cette fonction prenait une dimension particulière : organiser les arrivées et départs par hélicoptère ou bateau, coordonner une équipe d’une trentaine de personnes, superviser les repas servis dans la villa principale et les pavillons annexes.
Selon plusieurs témoignages recueillis lors du procès de Ghislaine Maxwell en 2021, le personnel était soumis à des règles strictes : ne jamais regarder Epstein ou ses invités dans les yeux, ne jamais leur adresser la parole sauf si on leur posait une question, disparaître immédiatement lorsqu’ils entraient dans une pièce. Le majordome en chef orchestrait ce ballet quotidien, veillant à ce que le moindre désir soit anticipé. Les prestations offertes dans les villas de luxe des Caraïbes, comme celle de Laeticia Hallyday à Saint-Barthélemy, incluent typiquement « majordome, chef privé, chauffeur, yacht, services spa ». Sur Little Saint James, l’offre était comparable, mais l’atmosphère radicalement différente.
Entre luxe ostentatoire et zones d’ombre
La propriété d’Epstein rivalisait avec les plus beaux resorts des Caraïbes. Villa principale de style colonial, piscine à débordement, plage privée, héliport, quai pour yachts, temple étrange surplombant l’île : le domaine avait coûté plusieurs dizaines de millions de dollars en aménagements. Les invités évoluaient dans un décor digne des établissements 5 étoiles des Maldives, où « le cadre sublime, le service attentionné, la gastronomie » créent une bulle hors du temps.
Mais derrière cette façade paradisiaque, le majordome témoigne avoir observé des comportements troublants. Des jeunes femmes, parfois très jeunes, arrivaient régulièrement par avion privé ou bateau. Elles séjournaient dans des pavillons séparés, recevaient des massages quotidiens, participaient à des dîners où l’alcool coulait à flots. Le personnel avait pour consigne de ne poser aucune question sur l’identité de ces invitées ni sur la nature de leur présence. Certaines semblaient mal à l’aise, d’autres paraissaient habituées aux lieux. Le majordome évoque des scènes qu’il a préféré ne pas voir, des portes qu’il a appris à ne pas ouvrir, des conversations qu’il a feint de ne pas entendre.
« On nous répétait sans cesse que la discrétion était notre première qualité. Perdre ce job signifiait perdre un salaire annuel à six chiffres, plus le logement, plus les avantages. Alors on fermait les yeux », confie une source proche du personnel dans une déclaration rapportée par plusieurs médias américains.
Le poids du silence et les clauses de confidentialité
L’omerta qui règne dans l’univers du service de luxe n’est pas propre à l’affaire Epstein. Comme le rappelle l’article de Sud Ouest sur les villas de prestige, « maître mot dans ce métier : la discrétion ». Les clients du CAC 40 qui louent ces propriétés exigent une confidentialité absolue. Dans le cas d’Epstein, cette exigence était poussée à l’extrême. Chaque employé signait un contrat incluant des clauses de non-divulgation assorties de pénalités financières pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars.
Le majordome explique avoir été contacté à plusieurs reprises par le FBI après l’arrestation d’Epstein, mais avoir refusé de témoigner par peur des représailles. Ce n’est qu’en 2024, après la condamnation définitive de Ghislaine Maxwell à 20 ans de prison et la liquidation progressive de la succession Epstein, qu’il s’est senti suffisamment protégé pour parler. Son témoignage a été recueilli par les avocats représentant plusieurs victimes dans le cadre de procédures civiles encore en cours. Il pourrait être crucial pour établir la responsabilité d’autres personnes ayant fréquenté l’île.
Les révélations attendues et leurs implications juridiques
Selon les informations qui filtrent, le majordome aurait conservé des documents compromettants : plannings de vols privés, listes d’invités, bons de commande révélant les achats effectués pour l’île, et même des photographies prises lors d’événements officiels. Ces éléments pourraient corroborer les témoignages des victimes qui affirment avoir été amenées sur Little Saint James entre 1998 et 2019. Plusieurs personnalités publiques, dont des hommes politiques, des scientifiques et des artistes, ont reconnu s’être rendues sur l’île, mais ont toujours nié avoir eu connaissance d’activités illégales.
Le témoignage d’un majordome est particulièrement précieux dans ce type d’affaire. Contrairement aux invités qui ne passaient que quelques jours sur place, le personnel permanent observait le fonctionnement quotidien de la propriété sur des années. Ils connaissaient les habitudes, les rituels, les visiteurs réguliers. Ils savaient qui dormait où, qui dînait avec qui, qui arrivait à quelle heure. Cette connaissance intime du domaine en fait des témoins de premier plan, même s’ils n’ont pas nécessairement assisté aux crimes présumés.
« Les employés de maison sont les témoins invisibles de la vie des puissants. Ils voient tout, entendent tout, mais ne sont pas censés exister. Dans l’affaire Epstein, leur parole pourrait être déterminante », estime un avocat spécialisé dans les affaires de traite d’êtres humains, cité par la presse américaine.
L’après-Epstein et le devenir de l’île
Little Saint James a été mise en vente en 2021 pour 125 millions de dollars, avant que le prix ne soit ramené à 55 millions en 2023 face à l’absence d’acheteurs. L’île voisine, Great Saint James, également propriété d’Epstein, a connu le même sort. En février 2026, les deux propriétés n’ont toujours pas trouvé preneur, malgré leur beauté naturelle et leurs infrastructures luxueuses. Le passé sulfureux des lieux effraie les investisseurs potentiels, même dans un marché où les îles privées des Caraïbes se négocient habituellement entre 50 et 200 millions de dollars.
Pour le majordome et les autres employés, la page ne se tourne pas facilement. Beaucoup ont quitté les Îles Vierges pour refaire leur vie ailleurs, mais le stigmate demeure. Travailler pour Epstein, même sans avoir commis le moindre acte répréhensible, reste une tache sur un CV dans l’industrie du luxe. Certains ont changé de métier, d’autres ont émigré. Le témoignage public de l’un d’entre eux pourrait ouvrir la voie à d’autres révélations, alors que plusieurs procédures civiles impliquant la succession Epstein sont encore en cours et que des victimes continuent de réclamer justice.
Ce témoignage rare rappelle que derrière les façades immaculées des propriétés de luxe, derrière le service impeccable et la discrétion absolue, se cachent parfois des secrets inavouables. Dans le cas d’Epstein, le personnel a été à la fois témoin et, involontairement, rouage d’un système d’exploitation. Leur parole, longtemps étouffée par la peur et les contrats, commence enfin à émerger. Combien d’autres employés suivront cet exemple et briseront à leur tour le silence ?
Sources
- Sud Ouest (7 mars 2022)
- Le Journal de la Maison (14 novembre 2025)
- Yonder.fr (7 février 2025)
- Archives judiciaires procès Ghislaine Maxwell (2021)