Livret A relevé à 1,7 % : la promesse d’un répit que l’inflation effacera
Roland Lescure annonce une hausse du Livret A à 1,7 % pour protéger l'épargne. Les chiffres racontent une autre histoire rendement réel négatif, décollecte massive, érosion du pouvoir d'achat.
Roland Lescure annonce une hausse du Livret A à 1,7 % pour protéger l'épargne. Les chiffres racontent une autre histoire rendement réel négatif, décollecte massive, érosion du pouvoir d'achat.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Ce que la hausse rapporte vraiment
Pour un capital de 10 000 €, les intérêts annuels passeront de 150 € à 170 € - soit un gain supplémentaire de 20 € par an . Pour un Livret A au p…
Décollecte massive : les épargnants votent avec leurs pieds
Plus de 58 millions de Livrets A sont ouverts en France . Entre janvier et mai 2026, la collecte a été négative, avec plus de 5 milliards d'euros…
Le LEP creuse l'écart, l'assurance-vie aussi
Le Livret d'Épargne Populaire (LEP) maintient son taux à 2,50 % au 1er août 2026, offrant une meilleure protection contre l'inflation pour les ép…
La collecte finance le logement social et les PME
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) centralise une part importante des fonds collectés via le Livret A, autour de 60 % . Cet argent finan…
Le 15 juillet 2026 - Roland Lescure - ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, a confirmé que le taux du Livret A serait relevé à 1,7 % à compter du 1er août 2026. Une hausse de 0,2 point de pourcentage par rapport au taux actuel de 1,5 % - en vigueur du 1er février au 31 juillet 2026. Le ministre justifie cette décision par la nécessité de « protéger le pouvoir d’achat des Français » face à une « inflation contenue mais réelle ». Il précise que cette mesure n’est pas politique mais « dictée par une réalité économique, par des chiffres ».
Les chiffres, justement. L’inflation provisoire atteignait 1,8 % en juin 2026. Elle avait grimpé à 2,4 % sur un an en mai - portée par le conflit au Moyen-Orient. L’Insee anticipe une inflation moyenne de 2,0 % sur l’année 2026 - pouvant atteindre 2,7 % en décembre. D’autres estimations tablent sur 1,8 %. La moyenne de l’inflation enregistrée au premier semestre 2026 était de 1,52 %.
Le calcul du nouveau taux a été proposé par Emmanuel Moulin - gouverneur de la Banque de France. Il repose sur la formule officielle: moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et du taux interbancaire €STR, arrondie au dixième de point le plus proche, avec un plancher de 0,5 %. Pour la période de janvier à juin 2026, l’inflation hors tabac s’établissait à 1,52 % et le taux €STR moyen à 1,95 % - aboutissant au taux de 1,7 %.
Ce que la hausse rapporte vraiment
Pour un capital de 10 000 €, les intérêts annuels passeront de 150 € à 170 € - soit un gain supplémentaire de 20 € par an. Pour un Livret A au plafond de 22 950 € - le gain annuel s’approchera de 390 euros. Mais l’intérêt moyen du Livret A pour l’ensemble de l’année 2026 est estimé à 1,6 %, en raison des six premiers mois à 1,5 %, ce qui devrait le maintenir en dessous de l’inflation projetée à environ 2 %. En termes réels, le rendement du Livret A pourrait être négatif, à -0,40 % - entraînant une érosion du pouvoir d’achat de l’épargne.
Philippe Crevel - économiste et directeur du Cercle de l’épargne, pointe l’insuffisance de cette revalorisation: « Avec la hausse des prix constatée depuis le mois de mars, le rendement du Livret A était devenu négatif, son taux étant inférieur à l’inflation ».
Décollecte massive: les épargnants votent avec leurs pieds
Plus de 58 millions de Livrets A sont ouverts en France. Entre janvier et mai 2026, la collecte a été négative, avec plus de 5 milliards d’euros retirés. Un signal clair: les détenteurs fuient un placement dont le rendement réel est négatif. Le taux d’épargne des ménages reste pourtant à un niveau très élevé: 17,9 %. L’argent ne disparaît pas. Il migre.
Le LEP creuse l’écart, l’assurance-vie aussi
Le Livret d’Épargne Populaire (LEP) maintient son taux à 2,50 % au 1er août 2026, offrant une meilleure protection contre l’inflation pour les épargnants éligibles. Plus de 12 millions de personnes détiennent un LEP en 2026. L’écart entre Livret A et LEP se maintient, le LEP offrant un rendement supérieur. Ceux qui peuvent y accéder gagnent un rendement réel positif. Les autres subissent l’érosion.
L’assurance-vie, elle, devrait offrir des rendements supérieurs en 2026, avec des prévisions autour de 2,90 % brut (environ 2,40 % net de prélèvements sociaux ), voire plus pour certains contrats. Le taux brut du Compte Épargne Logement (CEL), indexé sur le Livret A, augmentera de 1 % à 1,25 %.
La collecte finance le logement social et les PME
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) centralise une part importante des fonds collectés via le Livret A, autour de 60 %. Cet argent finance le logement social, les PME et la transition écologique. Le ministre Roland Lescure évoque ce circuit pour justifier la hausse: soutenir l’économie par le financement du logement social, des PME et de la transition écologique. Mais quand plus de 5 milliards d’euros quittent le Livret A en cinq mois, c’est moins d’argent disponible pour ces financements.
Ce que personne ne dit: le yo-yo des taux casse la confiance
Le Livret A a connu de nombreuses variations de taux au fil des décennies, oscillant entre des sommets comme 8,50 % en 1981 et des planchers historiques de 0,50 % entre 2015 et 2020. Plus récemment, face à une forte inflation, le taux avait grimpé à 3 % début 2023 avant de connaître des baisses successives pour atteindre 1,5 % au 1er février 2026. Le taux était déjà à 1,70 % du 1er août 2025 au 31 janvier 2026. On revient donc au niveau d’il y a un an.
Ces ajustements semestriels créent une volatilité qui mine la lisibilité du placement. L’épargnant moyen ne sait plus si son argent est protégé ou s’il perd du pouvoir d’achat. La formule de calcul, censée garantir la transparence, aboutit à un taux qui suit l’inflation avec six mois de retard. Résultat: quand l’inflation accélère, le Livret A est systématiquement en retard. Les chefs d’entreprise, selon la Banque de France, anticipaient une inflation médiane de 2 % à un an en mars 2026. Le Livret A ne rattrape jamais ce retard.
Le taux €STR moyen était de 1,95 % au premier semestre 2026. Le Livret A, à 1,7 % au second semestre, reste en dessous de ce taux interbancaire. Les banques empruntent plus cher qu’elles ne rémunèrent l’épargne réglementée. L’écart finance leur marge, pas le pouvoir d’achat.
