Loi d’urgence agricole : le Sénat adopte le texte et réintroduit des pesticides interdits
Dans la nuit du 2 au 3 juillet, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi porté par la ministre Annie Genevard, réécrit par la majorité de droite et du centre.
Par 219 voix contre 111, les sénateurs ont approuvé un texte qui réautorise à titre dérogatoire deux néonicotinoïdes interdits, double l'objectif de stockage d'eau agricole et facilite les tirs contre les loups. Une commission mixte paritaire est prévue le 16 juillet.
L’essentiel
- Adoption : Le Sénat a voté le projet de loi d’urgence agricole par 219 voix contre 111 dans la nuit du 2 au 3 juillet 2026.
- Pesticides : Le texte réintroduit à titre dérogatoire l’acétamipride et le flupyradifurone, deux néonicotinoïdes interdits.
- Eau : Un objectif de doublement des volumes de stockage d’eau pour l’agriculture est fixé d’ici 2035.
- Loup : Un amendement facilite les tirs de défense contre les loups, en lien avec le déclassement européen de l’espèce.
- Prochaine étape : Une commission mixte paritaire est convoquée le 10 juillet pour tenter un compromis avec l’Assemblée nationale.
Un vote marqué par la majorité sénatoriale
Dans la nuit du jeudi 2 au vendredi 3 juillet 2026, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Le texte, profondément remanié par la majorité de droite et du centre, a recueilli 219 voix pour et 111 contre, selon Public Sénat. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a salué un texte « fait pour les agriculteurs », tandis que la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a déploré un « recul environnemental majeur ».
Le vote intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre les impératifs de production agricole et les engagements environnementaux de la France. Le gouvernement s’affiche divisé sur ce dossier, la majorité sénatoriale ayant durci plusieurs mesures.
Les mesures clés du texte
Le projet de loi adopté comporte trois volets principaux. D’abord, la réintroduction à titre dérogatoire de deux pesticides de la famille des néonicotinoïdes - l’acétamipride et le flupyradifurone - interdits en France depuis 1er septembre 2018 en raison de leur toxicité pour les abeilles. Ensuite, un assouplissement des règles de stockage de l’eau à usage agricole, avec un objectif de doublement des capacités d’ici 2035. Enfin, un durcissement de la lutte contre la prédation du loup, via un amendement facilitant les tirs de défense.
Pesticides : le retour des néonicotinoïdes
La mesure la plus polémique concerne la réautorisation de deux insecticides néonicotinoïdes. Selon Public Sénat, les sénateurs ont voté une dérogation pour l’utilisation de l’acétamipride et du flupyradifurone, dans des conditions strictes encadrées par arrêté ministériel. Les écologistes et la gauche dénoncent une « violation du principe de précaution » et une menace directe pour les pollinisateurs. La FNSEA, principal syndicat agricole, s’est au contraire félicitée de cette décision, estimant que ces molécules sont « indispensables dans certaines cultures », comme l’a rapporté TIME France.
Eau et stockage : un objectif ambitieux
Le texte fixe un cap inédit : doubler les volumes de stockage d’eau pour l’agriculture d’ici 2035. Les sénateurs ont simplifié les procédures administratives liées à la création de retenues d’eau, suscitant l’inquiétude des associations environnementales. « On va droit vers une accélération des conflits d’usage autour de la ressource en eau », a réagi le député écologiste Julien Bayou sur France Info. Le gouvernement défend pour sa part une « souveraineté alimentaire » passant par une meilleure irrigation.
Loup : un amendement pour faciliter les tirs
Face à la hausse des attaques sur les troupeaux, le Sénat a intégré un amendement assouplissant les conditions de prélèvement des loups, suite au déclassement européen de l’espèce. Désormais, les tirs de défense pourront être autorisés plus rapidement par les préfets. Les éleveurs de montagne, notamment dans les Alpes et le Massif central, accueillent favorablement cette mesure, tandis que les ONG de protection animale promettent de saisir le Conseil d’État.
Contexte politique national
Ce vote s’inscrit dans une séquence parlementaire houleuse, où les clivages gauche/droite se doublent de fractures au sein même de l’exécutif. La majorité sénatoriale (LR, UC, RDSE) a largement réécrit le projet initial, jugé trop timide par les syndicats agricoles. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard, issue des Républicains, a piloté le texte en étroite concertation avec les rapporteurs Laurent Duplomb (LR), Franck Menonville (UC) et Pierre Cuypers (LR), comme l’indique le site du Sénat. En face, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a mené une fronde discrète mais réelle, critiquant une « incohérence » avec la stratégie nationale bas-carbone.
Le débat sur les pesticides et l’eau ravive des affrontements anciens, entre défense d’une agriculture productive et impératifs climatiques. La France, qui avait été pionnière en interdisant les néonicotinoïdes en 2018, fait aujourd’hui machine arrière via une dérogation temporaire.
Réactions politiques et syndicales
À droite, la satisfaction est palpable. « Ce texte répond aux urgences du terrain », a déclaré Laurent Duplomb. La FNSEA a salué « un signal fort pour les agriculteurs en difficulté ». À gauche, les critiques fusent. Le Parti socialiste dénonce « un cadeau aux lobbies phytosanitaires », tandis qu’Europe Écologie Les Verts promet de « ne pas laisser passer ce recul ». La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a renvoyé à la commission mixte paritaire la responsabilité de trouver un équilibre.
Prochaine étape : la commission mixte paritaire
Le 16 juillet 2026, une commission mixte paritaire réunissant 14 députés et sénateurs devra tenter de trouver un compromis entre la version du Sénat et celle de l’Assemblée nationale (adoptée en juin). Si aucun accord n’est trouvé, le texte pourrait repartir pour une nouvelle lecture dans les deux chambres. Le gouvernement, qui a déclaré l’urgence, espère une adoption définitive avant la trêve estivale.