Lombard Odier condamnée à 3 millions CHF dans l’affaire Karimova
Le Tribunal pénal fédéral suisse a sanctionné la banque genevoise pour défaillances organisationnelles ayant permis le blanchiment de fonds liés à la fille de l'ex-président ouzbek
La banque privée genevoise Lombard Odier a écopé d'une amende de 3 millions de francs suisses ce 27 juillet pour défaut d'organisation dans l'affaire Karimova. Un ancien gestionnaire de fortune a été condamné à 24 mois de prison avec sursis. La justice ordonne la confiscation de plus de 400 millions de francs.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le Tribunal pénal fédéral a condamné Lombard Odier à 3 millions CHF d'amende le 27 juillet 2026
- Un ancien gestionnaire de la banque a écopé de 24 mois de prison avec sursis pour blanchiment aggravé
- Plus de 400 millions de francs suisses sont confisqués dans le cadre de l'affaire Karimova
- La procédure contre Gulnara Karimova est classée, celle-ci étant détenue en Ouzbékistan jusqu'en 2028
- La banque genevoise a annoncé son intention de faire appel du jugement
Le Tribunal pénal fédéral suisse a rendu son verdict ce 27 juillet dans le volet helvétique du scandale de corruption Karimova. La banque privée genevoise Lombard Odier devra s’acquitter d’une amende de 3 millions de francs suisses pour défaillances organisationnelles ayant facilité le blanchiment d’argent. Un ancien gestionnaire de fortune de l’établissement a été condamné à 24 mois de prison avec sursis pour blanchiment d’argent aggravé.
Le tribunal a également ordonné la confiscation de plus de 400 millions de francs dans cette affaire qui a ébranlé la place financière suisse. Lombard Odier a annoncé son intention de faire appel de cette décision.
Une organisation criminelle surnommée « l’Office »
L’affaire porte sur le blanchiment de fonds provenant de l’organisation criminelle surnommée « l’Office », dirigée par Gulnara Karimova, fille de l’ancien président ouzbek Islam Karimov. Entre 2004 et 2012, cette structure aurait extorqué des pots-de-vin à des entreprises de télécommunications souhaitant opérer en Ouzbékistan.
Selon le Tribunal pénal fédéral, la banque Lombard Odier a manqué à son devoir de surveillance malgré des indices clairs de corruption sur le marché ouzbek. Les juges ont estimé que l’établissement genevois n’avait pas mis en place les contrôles nécessaires pour identifier et signaler ces flux suspects.
Un verdict inférieur aux réquisitions
Le montant de l’amende prononcée contraste avec les demandes du Ministère public de la Confédération, qui avait requis une sanction bien plus lourde. Cette clémence relative a été relevée par plusieurs observateurs, dont CGTN Français qui souligne un « résultat contraire aux demandes du bureau du procureur général suisse ».
Le gestionnaire de fortune condamné à 24 mois avec sursis a échappé à une peine ferme. Selon les sources judiciaires, le tribunal a tenu compte de l’ancienneté des faits et du contexte organisationnel de la banque.
Gulnara Karimova absente du procès
La principale accusée, Gulnara Karimova, n’a jamais comparu devant la justice suisse. Détenue en Ouzbékistan depuis 2014 et condamnée à une peine courant jusqu’en 2028, elle n’a pas pu être jugée en Suisse. Le Tribunal pénal fédéral a classé la procédure la visant en raison de l’impossibilité durable de procéder, la prescription menaçant d’intervenir avant toute comparution possible.
Cette ancienne diplomate et personnalité du show-business ouzbek a été au cœur de multiples scandales de corruption à l’échelle internationale. Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont mené des procédures parallèles visant les fonds détournés via son réseau.
Contexte de la place financière genevoise
Cette condamnation survient dans un contexte de renforcement de la surveillance du secteur bancaire suisse. Genève, qui abrite plus de 140 banques privées gérant environ 1 000 milliards de francs d’actifs selon l’Association suisse des banquiers, a multiplié les procédures ces dernières années pour lutter contre le blanchiment d’argent.
Lombard Odier, fondée en 1796, est l’une des plus anciennes banques privées de Suisse et gère environ 349 milliards de francs d’actifs pour une clientèle internationale. L’établissement emploie près de 2 500 personnes, principalement à Genève.
Pour la Suisse, cette affaire illustre les défis de régulation d’un secteur bancaire historiquement opaque, confronté depuis une décennie à une pression internationale croissante en matière de transparence fiscale et de lutte contre les flux illicites.
Plus de 400 millions confisqués
Outre l’amende infligée à Lombard Odier et la condamnation avec sursis du gestionnaire, le tribunal a ordonné la confiscation de plus de 400 millions de francs suisses. Ces sommes, identifiées comme provenant de l’organisation criminelle, seront gelées dans l’attente d’éventuels accords de restitution avec l’Ouzbékistan.
La Confédération helvétique a déjà restitué près de 131 millions de dollars à Tachkent en 2020 dans le cadre de cette même affaire, sous réserve que les fonds soient affectés à des projets d’utilité publique contrôlés par la Banque mondiale.
Recours attendu
Le jugement du Tribunal pénal fédéral n’est pas définitif. Lombard Odier a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel, estimant que les défaillances reprochées ne justifient pas une condamnation pénale. L’établissement genevois dispose de 30 jours pour déposer son recours auprès du Tribunal fédéral à Lausanne.
Cette procédure pourrait encore durer plusieurs mois, voire années, avant qu’un verdict définitif ne soit prononcé. En attendant, la banque continue ses activités normalement, la condamnation avec sursis du gestionnaire n’entraînant pas d’interdiction professionnelle immédiate.