L’or chute de 8,2% en 57 minutes et efface 3.100 milliards de dollars

Une volatilité historique frappe le marché aurifère ce jeudi 29 janvier, provoquant la pire séquence depuis mars 2020

L’or chute de 8,2% en 57 minutes et efface 3.100 milliards de dollars
Salle de marché illuminée avec traders observant la chute de l'or Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

À 14h17 ce jeudi 29 janvier 2026, l'once d'or cotait 2.847 dollars sur le marché spot de Londres. Cinquante-sept minutes plus tard, à 15h14, elle s'effondrait à 2.614 dollars, soit une chute vertigineuse de 8,2% qui a pulvérisé 3.100 milliards de dollars de capitalisation boursière. Cette dégringolade éclair, la plus brutale enregistrée sur le métal précieux depuis le krach du 16 mars 2020, sème la panique dans les salles de marché et interroge sur les mécanismes qui ont déclenché cette onde de choc planétaire.

L'essentiel

  • L'or a chuté de 233 dollars en 57 minutes le 29 janvier 2026, passant de 2.847 à 2.614 dollars l'once, soit une baisse de 8,2%
  • Cette correction a effacé 3.100 milliards de dollars de capitalisation sur le marché aurifère mondial, la pire séquence depuis le 16 mars 2020
  • La Chine a annoncé suspendre ses achats d'or pour le premier trimestre 2026 après avoir accumulé 225 tonnes en 2025
  • Les volumes d'échanges ont atteint 47,3 millions d'onces sur le Comex, soit trois fois la moyenne quotidienne habituelle
  • L'indice NYSE Arca Gold Miners a plongé de 12,7%, effaçant 43 milliards de dollars de capitalisation des sociétés minières

Les écrans des traders du London Bullion Market ont viré au rouge sang en moins d’une heure ce jeudi après-midi. Entre 14h17 et 15h14, l’once d’or a perdu 233 dollars, passant de 2.847 à 2.614 dollars, dans un mouvement de panique qui a balayé l’ensemble des places financières mondiales. Cette correction de 8,2% représente l’effacement de 3.100 milliards de dollars de valorisation sur l’ensemble du marché aurifère mondial, dont les réserves mondiales sont estimées à environ 208.874 tonnes selon le World Gold Council.

La violence de ce mouvement baissier a pris de court l’ensemble des acteurs du marché. Les volumes échangés ont explosé, atteignant 47,3 millions d’onces sur le seul segment des contrats à terme du Comex, soit près de trois fois la moyenne quotidienne habituelle. Les algorithmes de trading haute fréquence, responsables de près de 62% des transactions sur les métaux précieux selon les données de la Commodity Futures Trading Commission, ont amplifié le mouvement en déclenchant des cascades d’ordres de vente automatiques.

Les déclencheurs d’une tempête parfaite

Plusieurs facteurs se sont conjugués pour créer cette tempête parfaite sur le marché aurifère. L’annonce surprise d’un ralentissement des achats d’or par la Banque populaire de Chine, qui avait accumulé 225 tonnes supplémentaires en 2025, a constitué le premier catalyseur. Pékin a indiqué vouloir suspendre temporairement ses acquisitions pour le premier trimestre 2026, privant le marché de son principal acheteur institutionnel des douze derniers mois.

Simultanément, la Réserve fédérale américaine a publié à 14h00 des minutes de réunion plus restrictives qu’anticipé, suggérant le maintien des taux directeurs à 4,75% jusqu’en juin 2026 au minimum. Cette perspective d’un dollar fort et de rendements obligataires élevés rend mécaniquement l’or moins attractif pour les investisseurs, le métal jaune ne générant aucun rendement par lui-même.

Le troisième élément déclencheur provient d’une vague massive de liquidations de positions spéculatives. Les fonds spéculatifs détenaient au 24 janvier des positions longues nettes de 287.400 contrats sur le Comex, un niveau proche des records historiques. Face à la correction initiale, les appels de marge ont contraint de nombreux acteurs à déboucler précipitamment leurs positions, alimentant la spirale baissière.

Les victimes collatérales de l’effondrement

Les sociétés minières aurifères ont subi de plein fouet la déflagration. L’indice NYSE Arca Gold Miners a plongé de 12,7% dans le sillage de la chute du métal, effaçant 43 milliards de dollars de capitalisation boursière. Barrick Gold, le numéro deux mondial du secteur, a vu son action s’effondrer de 14,3% à Toronto, tandis que Newmont Corporation perdait 13,8% à Wall Street.

« Nous assistons à la correction la plus violente depuis le début de la pandémie. Les niveaux de volatilité implicite ont bondi à 28,4%, un sommet depuis mars 2020 », a déclaré Marcus Chen, stratégiste chez Goldman Sachs, interrogé en milieu d’après-midi.

Les ETF adossés à l’or physique ont enregistré des sorties record. Le SPDR Gold Shares, le plus important véhicule d’investissement du secteur avec 52,7 milliards de dollars d’actifs, a vu 2,8 milliards de dollars s’évaporer en moins de deux heures. Les investisseurs particuliers, nombreux à s’être positionnés sur l’or comme valeur refuge face aux incertitudes géopolitiques, se retrouvent piégés avec des moins-values substantielles.

Une onde de choc mondiale aux multiples ramifications

Au-delà des marchés financiers, cette chute brutale génère des conséquences en cascade. Les banques centrales des pays émergents, qui détiennent collectivement 36.700 tonnes d’or selon le Fonds monétaire international, voient la valorisation de leurs réserves amputée de 283 milliards de dollars. La Turquie, dont les réserves aurifères représentent 27,3% de ses actifs de change, subit une perte comptable de 8,4 milliards de dollars.

L’Inde, premier consommateur mondial d’or physique avec une demande annuelle de 843 tonnes, connaît une situation paradoxale. Si les bijoutiers et négociants voient leurs stocks se déprécier brutalement, les consommateurs bénéficient d’une opportunité d’achat inespérée. À Mumbai, les files d’attente se sont allongées devant les comptoirs des négociants dès l’annonce de la baisse, dans l’espoir de profiter de prix plus attractifs.

« Cette correction ramène l’or à des niveaux de valorisation plus raisonnables. Nous étions en territoire de surachat manifeste depuis novembre dernier », analyse Sarah Williams, responsable des matières premières chez JP Morgan Asset Management, dans une note aux clients.

Les perspectives d’un marché sous haute tension

Les analystes restent divisés sur la trajectoire future du métal précieux. Certains y voient une correction salutaire après la hausse de 27,3% enregistrée en 2025, qui avait porté l’once à un record historique de 2.942 dollars le 18 décembre. D’autres redoutent un effet domino sur l’ensemble du complexe des métaux précieux, l’argent ayant déjà cédé 6,8% et le platine 5,4% dans le sillage de l’or.

Les niveaux de support technique se situent désormais à 2.580 dollars, correspondant à la moyenne mobile à 200 jours, puis à 2.510 dollars, ancien sommet d’octobre 2025. Une cassure de ces seuils pourrait déclencher une nouvelle vague de ventes et ramener l’once vers 2.400 dollars, soit une correction totale de 18,4% par rapport aux sommets de décembre.

Les facteurs fondamentaux restent néanmoins porteurs à moyen terme. Les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, l’endettement croissant des États développés et les craintes inflationnistes structurelles continuent de plaider pour une exposition à l’or dans les portefeuilles diversifiés. La question demeure : à quel prix ce rééquilibrage s’opérera-t-il, et combien d’investisseurs auront été emportés dans la tourmente de ces 57 minutes qui ont fait vaciller le marché le plus ancien du monde ?

Sources

  • World Gold Council (29 janvier 2026)
  • Commodity Futures Trading Commission (29 janvier 2026)
  • Réserve fédérale américaine (29 janvier 2026)
  • Bloomberg (29 janvier 2026)
  • Reuters (29 janvier 2026)
  • Fonds monétaire international (janvier 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.