Maison Minelli replonge : chronique d’un sauvetage raté

Deux ans et demi après un premier redressement judiciaire, l'enseigne de chaussures est de nouveau en cessation de paiements.

Maison Minelli replonge : chronique d'un sauvetage raté
Maison Minelli replonge : chronique d'un sauvetage raté Illustration Alexandre Mercier / INFO.FR

Maison Minelli a été placée en redressement judiciaire en mars 2026. L'enseigne fondée en 1973 n'a pas survécu à sa propre renaissance, enregistrant une perte de 3,7 millions d'euros sur son dernier exercice. Les 171 salariés restants attendent un verdict qui décidera de la survie de la marque.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Maison Minelli placée en redressement judiciaire en mars 2026, deuxième procédure en 2,5 ans
  • Perte nette de 3,7 M€ sur le dernier exercice, 4,2 M€ sur le premier exercice post-reprise
  • CA de 22 M€ soit 7 M€ de moins que prévu (-24 %)
  • 70 % des effectifs perdus depuis 2023 : de 579 à 171 salariés
  • Le secteur mode en France perd 45 000 emplois et 1 350 établissements en dix ans

De Minelli à Maison Minelli : cinquante ans et deux naufrages

L’histoire commence à Marseille. En 1973, Minelli naît comme enseigne de chaussures et maroquinerie féminine. Positionnement : le « chic accessible ». Pendant des décennies, la marque tisse un réseau dense de boutiques dans les centres-villes et centres commerciaux français. À son apogée, elle emploie plusieurs centaines de salariés et exploite plus de 200 points de vente.

Le premier coup de tonnerre retentit en septembre 2023. Le tribunal de commerce de Marseille place Minelli en redressement judiciaire. L’enseigne compte alors 579 salariés et 220 boutiques. Le modèle économique, bâti sur un maillage physique coûteux, ne tient plus.

Début 2024, trois repreneurs se manifestent. Parmi eux, la marque Mes Demoiselles Paris. L’opération donne naissance à une nouvelle entité : Maison Minelli. Francky Naccache en prend la présidence. Le périmètre est drastiquement réduit. Des 579 salariés, environ 200 sont conservés. Des 220 boutiques, une soixantaine seulement rouvrent sous la nouvelle enseigne. Le reste est abandonné.

L’espoir dure dix-huit mois. Le 1er septembre 2025, Maison Minelli demande l’ouverture d’une procédure de sauvegarde auprès du tribunal des activités économiques de Paris. Le jugement est sans ambiguïté : « une dizaine de boutiques reprises s’avèrent déficitaires ». Le réseau, pourtant déjà amputé des deux tiers, reste surdimensionné par rapport au chiffre d’affaires réel.

En mars 2026, la sauvegarde est convertie en redressement judiciaire. Maison Minelli est officiellement en cessation de paiements. Le deuxième naufrage en deux ans et demi est acté.

La chute en cinq étapes

  • 1973 , Fondation de Minelli à Marseille, chaussures et maroquinerie féminine
  • Sept. 2023 , 1er redressement judiciaire (Marseille) : 579 salariés, 220 boutiques
  • Début 2024 , Reprise par Maison Minelli (Mes Demoiselles Paris + investisseurs) : ~200 salariés, ~60 boutiques
  • 1er sept. 2025 , Procédure de sauvegarde ouverte , perte de 4,2 M€ sur 22 M€ de CA
  • Mars 2026 , Sauvegarde convertie en RJ , cessation de paiements, 171 salariés

Les chiffres de l’échec

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Le premier exercice de Maison Minelli, clos en février 2025, affiche une perte nette de 4,2 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros. Le plan de reprise tablait sur 29 millions. Il manque 7 millions , un écart de 24 % par rapport aux prévisions.

Le dernier exercice publié, celui de 2024-2025, fait état d’une perte de 3,7 millions d’euros.

Calcul INFO.FR : sur le premier exercice, le ratio perte nette sur chiffre d’affaires atteint -19,1 %. Pour chaque euro encaissé, Maison Minelli en a perdu près de vingt centimes. Rapporté aux effectifs, le chiffre d’affaires par salarié s’établit à environ 128 700 euros , un niveau insuffisant pour couvrir les charges d’un réseau de boutiques physiques dans la chaussure, où le seuil de viabilité se situe généralement au-delà de 150 000 euros.

Les effectifs ont fondu. De 579 salariés au moment du premier redressement, l’enseigne est passée à environ 200 lors de la reprise. Aujourd’hui, 171 personnes restent employées. En deux ans et demi, Minelli a perdu 70 % de ses effectifs. Le réseau de boutiques a subi le même sort : de 220 à une soixantaine, soit une réduction de 73 %.

La cure d’amaigrissement n’a pas suffi. Les charges fixes des boutiques déficitaires ont continué de creuser les pertes, tandis que le chiffre d’affaires n’a jamais atteint le niveau espéré par les repreneurs.

-3,7 M€Perte nette de Maison Minelli lors de son dernier exercice publié, sur un chiffre d'affaires de 22 millions d'euros

La mode française, un secteur en déroute

Minelli n’est pas un cas isolé. C’est un symptôme.

En dix ans, le secteur de la mode en France a perdu 45 000 emplois et 1 350 établissements, selon les données de l’Alliance du commerce. En 2026, 14 000 entreprises du secteur sont touchées par des difficultés financières.

La liste des enseignes passées par le redressement judiciaire ou la liquidation s’allonge chaque trimestre. Camaïeu a disparu. Burton et André aussi. GAP a fermé ses portes en France. IKKS, Okaïdi, Claire’s et Jennyfer ont toutes traversé , ou traversent encore , des procédures collectives. Le modèle du réseau de boutiques physiques en centre-ville, qui a fait la fortune de ces marques pendant trente ans, se retourne contre elles.

Deux forces de disruption accélèrent l’hémorragie. Shein, d’abord, avec son modèle d’ultra-fast-fashion à prix plancher, capte une clientèle jeune que les enseignes traditionnelles ne parviennent plus à attirer. Vinted, ensuite, a normalisé l’achat de seconde main et détourné une partie significative du budget mode des ménages français.

Le législateur a tenté de réagir. Le Sénat a adopté le 10 juin 2024 une loi anti-fast-fashion, visant à pénaliser les pratiques de surproduction textile à bas coût. Mais le texte n’est toujours pas appliqué en mars 2026. Les enseignes françaises continuent de se battre à armes inégales.

Lire aussi : Minelli en redressement judiciaire : la mode française décimée

Infographie INFO.FR
Infographie INFO.FR

Que peut-il encore arriver ?

Trois scénarios se dessinent pour Maison Minelli.

Le premier : un plan de continuation. L’entreprise négocie avec ses créanciers un étalement de ses dettes et poursuit son activité sous contrôle judiciaire. Cette option suppose un retour rapide à l’équilibre financier. Avec un ratio de perte de 19 % sur le chiffre d’affaires, la trajectoire actuelle rend ce scénario peu probable sans fermetures supplémentaires de boutiques et nouvelles réductions d’effectifs.

Le deuxième : une cession totale ou partielle. Un ou plusieurs repreneurs rachètent l’enseigne, sa marque, une partie du réseau. C’est le schéma qui avait fonctionné , temporairement , début 2024. Mais le bilan du premier sauvetage complique la tâche. Quel investisseur misera sur une marque qui a déjà échoué à se relancer après une reprise ?

Le troisième : la liquidation judiciaire. L’activité cesse. Les boutiques ferment. Les 171 salariés sont licenciés. La marque Minelli, née il y a cinquante-trois ans, disparaît. Camaïeu, Burton, André : le précédent existe. Il n’est plus l’exception.

Le tribunal des activités économiques de Paris fixera dans les prochaines semaines la durée de la période d’observation. Les administrateurs judiciaires devront évaluer les offres éventuelles et la viabilité d’un plan de redressement. Pour les 171 salariés de Maison Minelli, l’attente commence. Encore une fois.

Sources

  • AFP, document judiciaire consulté le 5 avril 2026
  • Le Monde, 6 avril 2026
  • Challenges, 2 octobre 2025
  • L'Express Franchise, 14 octobre 2025
  • Sud Ouest, 2 octobre 2025
  • Alliance du commerce — données sectorielles
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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