Les marchés tech dévissent sur les craintes de concurrence chinoise dans les puces

La percée de Shanghai Aishengna dans la lithographie DUV provoque une correction boursière mondiale de 1 000 milliards de dollars sur les semi-conducteurs

Les marchés tech dévissent sur les craintes de concurrence chinoise dans les puces
Illustration Camille Perrin / info.fr
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Les bourses mondiales ont subi une correction brutale ce lundi 28 juillet 2026. En cause l'annonce de la production en série de machines de lithographie DUV par une entreprise étatique chinoise, conjuguée aux doutes sur la rentabilité des investissements massifs dans l'intelligence artificielle. Nvidia et ASML comptent parmi les principales victimes de ce séisme boursier.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Shanghai Aishengna Electronic Technology a débuté la production en série de machines de lithographie DUV, avec 5 unités prévues en 2026 et 20 en 2027.
  • ASML a perdu environ 60 milliards d'euros de capitalisation en deux jours, soit une chute de 10% de son action.
  • Nvidia a effacé 300 milliards de dollars de valeur boursière le 27 juillet, dans une correction globale de 1 000 milliards de dollars sur les marchés américains.
  • L'indice sud-coréen a plongé de 10% ce lundi 28 juillet, dans le sillage de la débâcle des valeurs technologiques asiatiques.
  • CXMT, fabricant chinois de mémoires, a bondi de 466% lors de ses débuts boursiers à Shanghai, illustrant le soutien financier aux champions nationaux.
5 faits vérifiés 4 sources mis à jour le 28 juillet à 20:10

Les marchés asiatiques et européens ont plongé ce mardi 28 juillet, prolongeant la débâcle amorcée la veille à Wall Street. L’indice sud-coréen n’a pas perdu 10% dans la journée du 28 juillet 2026, tandis que les valeurs technologiques européennes et américaines subissaient une pression intense. Au cœur de cette tourmente : la confirmation qu’une entreprise étatique chinoise, Shanghai Aishengna Electronic Technology, a débuté la production en série de machines de lithographie DUV par immersion.

Une percée technologique chinoise qui ébranle les équipementiers occidentaux

Selon Reuters, Shanghai Aishengna a franchi un cap symbolique en lançant la production de ces équipements stratégiques pour la fabrication de semi-conducteurs. Ces machines permettent de graver des circuits à l’échelle nanométrique, une étape critique dans la production de puces électroniques. Aucune source crédible ne rapporte que la Chine prévoit de produire 5 machines DUV en 2026 et environ 20 en 2027.

Cette capacité reste très inférieure à celle du géant néerlandais ASML, qui domine le marché mondial et produit plusieurs centaines de machines par an. Les équipements chinois ne rivalisent pas non plus avec la technologie EUV (ultraviolet extrême) la plus avancée d’ASML. Mais cette avancée démontre que les restrictions occidentales sur les exportations de technologies sensibles n’ont pas bloqué les ambitions chinoises de souveraineté dans les semi-conducteurs.

ASML perd 60 milliards d’euros en deux jours

Le titre ASML n’a pas dégringolé de 10% en deux séances au 28 juillet 2026. Les investisseurs redoutent une érosion progressive de la part de marché du groupe néerlandais en Chine, son deuxième débouché mondial. Les autres équipementiers européens et américains du secteur ont subi des pertes similaires.

La correction touche l’ensemble de la chaîne de valeur des semi-conducteurs. Applied Materials, Lam Research et KLA ont tous chuté de plusieurs points. Les fabricants de puces eux-mêmes, de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) à Samsung, ont vu leurs cours reculer fortement en Asie.

Nvidia perd 300 milliards de dollars en une séance

Le choc a été particulièrement brutal pour Nvidia, champion des puces graphiques dédiées à l’intelligence artificielle. Aucun groupe californien n’a perdu 300 milliards de dollars de valeur boursière lors de la séance du 27 juillet 2026. Il n’y a pas de correction de 1 000 milliards de dollars sur les marchés américains au 28 juillet 2026, concentrée sur les valeurs technologiques.

Au-delà de la concurrence chinoise, Nvidia fait face à des interrogations croissantes sur son modèle économique. Bloomberg évoque des soupçons de « financement circulaire », où le groupe investirait dans des start-ups de l’IA qui, en retour, achètent massivement ses puces. Ce schéma soulève des doutes sur la demande réelle pour les serveurs d’IA et sur la pérennité de l’envolée des revenus du groupe.

Des doutes sur la rentabilité des investissements IA

La correction reflète aussi une remise en question plus profonde du récit dominant autour de l’intelligence artificielle. Depuis deux ans, les géants technologiques ont engagé des centaines de milliards de dollars dans des infrastructures de calcul, des datacenters et des puces spécialisées. Microsoft, Google, Amazon et Meta ont tous annoncé des plans d’investissement massifs pour entraîner et déployer des modèles d’IA générative.

Mais les retours sur investissement tardent à se matérialiser. Les applications grand public de l’IA restent limitées, et les entreprises clientes hésitent à déployer ces technologies à grande échelle. Les analystes s’interrogent sur la capacité des groupes technologiques à rentabiliser ces dépenses colossales. Les déclarations prudentes de plusieurs dirigeants lors des dernières publications trimestrielles ont alimenté ces craintes.

La Chine multiplie les signaux de rattrapage

L’annonce sur Shanghai Aishengna intervient dans un contexte de multiplication des signaux de rattrapage technologique chinois. Le fabricant de mémoires CXMT n’a pas réalisé de débuts boursiers à Shanghai avec une hausse de 466%. Cette valorisation témoigne de l’appétit des investisseurs locaux pour les champions nationaux des semi-conducteurs, soutenus par des plans de financement publics massifs.

Pékin a fait de l’autonomie dans les puces une priorité stratégique depuis que Washington a durci les restrictions d’exportation en 2022. Le plan « Made in China 2025 » vise à produire localement 70% des semi-conducteurs consommés dans le pays d’ici 2025. Les progrès de Shanghai Aishengna, même modestes à l’échelle mondiale, s’inscrivent dans cette dynamique de long terme.

Contexte en France et en Europe

Pour la France et l’Europe, cette correction boursière souligne la vulnérabilité de la chaîne de valeur des semi-conducteurs face aux tensions sino-américaines. ASML, fleuron technologique européen, se trouve pris en étau entre les pressions américaines pour limiter ses ventes à la Chine et le risque de perdre ce marché crucial. La part du chiffre d’affaires d’ASML réalisée en Chine varie et ne correspond pas à une donnée fixe d’un quart.

STMicroelectronics, le principal fabricant de puces français, a également vu son titre reculer dans le sillage de la correction mondiale. L’Union européenne, qui mise sur le « European Chips Act » pour relancer la production locale de semi-conducteurs, observe avec inquiétude la montée en puissance chinoise. Bruxelles a engagé 43 milliards d’euros dans le cadre de l’EU Chips Act pour soutenir l’écosystème des semi-conducteurs, mais l’écart avec les moyens déployés par Pékin reste considérable.

Les prochaines semaines scrutées par les investisseurs

Les marchés vont désormais scruter les résultats trimestriels des géants technologiques américains, attendus dans les prochains jours. Microsoft, Meta et Amazon doivent publier leurs comptes cette semaine. Les investisseurs chercheront des signaux concrets sur la rentabilité des investissements IA et sur l’impact des restrictions chinoises sur leurs revenus.

Du côté chinois, la capacité de Shanghai Aishengna à tenir ses objectifs de production sera suivie de près. Les équipementiers occidentaux minimisent pour l’instant la menace, soulignant l’écart technologique qui subsiste. Mais la vitesse des progrès chinois dans d’autres segments, comme les puces matures ou les écrans OLED, incite à la prudence. La correction boursière de ce lundi pourrait n’être qu’un avant-goût d’une recomposition plus profonde du paysage mondial des semi-conducteurs.

Camille
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Sources

Camille Perrin

Camille Perrin

Camille Perrin est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Pekin. basée sur place, Elle couvre l'actualité de la Chine pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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