Marseille : 2000 mises en examen pour narcotrafic, Darmanin parle de « menace »

Le garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur mobilisés face à une criminalité qui « atteint la République »

Marseille : 2000 mises en examen pour narcotrafic, Darmanin parle de « menace »
Conférence de presse ministérielle à Marseille sur le narcotrafic Nathalie Rousselin / INFO.FR

Ce mercredi 20 novembre 2025, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez se sont rendus à Marseille pour un point d'étape sur la lutte contre le narcotrafic. Une mobilisation gouvernementale qui intervient quelques jours après l'assassinat de Mehdi Kessaci, frère du militant anti-narco Amine. Le garde des Sceaux a révélé des chiffres vertigineux : 2000 personnes mises en examen à Marseille pour trafic de stupéfiants, dont 800 en détention provisoire. Une criminalité que les deux ministres n'hésitent plus à comparer au terrorisme.

L'essentiel

  • 2000 personnes mises en examen à Marseille pour narcotrafic, dont 800 en détention provisoire, selon Gérald Darmanin ce 20 novembre 2025
  • Hausse de 50% des saisies de cocaïne au premier semestre 2025 avec 37 tonnes interceptées, selon le rapport de l'Ofast
  • 367 assassinats ou tentatives liés au narcotrafic en 2024 touchant 173 villes françaises, avec recours croissant aux tueurs à gages
  • Le trafic génère 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2023 et fait vivre potentiellement 200000 personnes à différents niveaux
  • Plusieurs villes dont Nîmes, Béziers et Carpentras ont instauré des couvre-feux pour mineurs face aux menaces des narcotrafiquants

À 13h30 ce mercredi 20 novembre 2025, devant la presse marseillaise, Gérald Darmanin a franchi un cap rhétorique majeur. Le garde des Sceaux a qualifié le narcotrafic de « menace qui tue énormément » et « au moins équivalente à celle du terrorisme sur le territoire national ». Une déclaration qui marque un tournant dans la perception gouvernementale d’un phénomène longtemps considéré comme un simple problème de délinquance. Selon Le Parisien, cette visite ministérielle conjointe intervient dans un contexte de tension extrême, quelques jours seulement après l’assassinat de Mehdi Kessaci, dont le frère Amine milite activement contre les narcotrafiquants.

Vue satellite : le contexte global d’une France submergée

Les chiffres dévoilés par Gérald Darmanin lors de cette conférence de presse sont sans appel : 2000 personnes mises en examen à Marseille pour narcotrafic, et plus de 800 placées en détention provisoire. Mais la cité phocéenne n’est que la partie émergée d’un iceberg national. Selon un rapport de l’Office anti-drogue (Ofast) consulté par France Info, les saisies de cocaïne ont explosé de 50% au premier semestre 2025 par rapport à 2024. Pas moins de 37 tonnes de poudre blanche ont été interceptées sur les six premiers mois de l’année, un « tsunami blanc » qui déferle sur l’ensemble du territoire.

Cette criminalité organisée génère des profits colossaux : 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, selon l’Ofast. Un montant qui fait vivre potentiellement 200000 personnes à des degrés divers, dans une pyramide criminelle contrôlée au sommet par une dizaine d’organisations en lien direct avec les cartels sud-américains. La France n’a désormais plus aucune « zone blanche » : l’offre de drogue irrigue tout le pays, des métropoles aux villes moyennes.

Vue aérienne : les acteurs mobilisés face à l’urgence

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a rencontré ce mercredi matin le maire de Marseille avant de participer à une réunion de travail sur la criminalité organisée, en présence des autorités judiciaires et des forces de sécurité intérieure. « Ce qui s’est passé à Marseille, avec le meurtre d’Amine, nous conduit désormais à considérer que c’est un crime qui vise à faire peur, à atteindre la République et l’État », a-t-il déclaré, selon Le Parisien. Le ministre a reconnu qu’« il faut faire beaucoup plus », tout en appelant « à la responsabilité des consommateurs, notamment les consommateurs récréatifs qui sont responsables de ce qu’il se passe ».

Cette mobilisation gouvernementale s’inscrit dans un contexte politique plus large. Le groupe socialiste a demandé jeudi à l’Assemblée nationale l’organisation d’un débat sur « la lutte contre le narcotrafic », portant sur « l’état, la géographie et la nature » du phénomène, mais aussi sur la mise en œuvre de la loi anti-narcotrafic votée mi-juin 2025. Cette loi, comme l’a rappelé le sénateur Jérôme Durain dans La Croix, a introduit des innovations majeures : création du Parquet national anticriminalité organisée (PNACO), extension du régime des repentis, durcissement des peines contre les livraisons à domicile.

Vue terrain : Marseille en première ligne

La juridiction marseillaise, troisième de France, a été renforcée ces dernières années avec aujourd’hui 143 magistrats du siège et 60 au parquet. Mais ces effectifs restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène : à la cour d’appel d’Aix-en-Provence, 500 procédures criminelles sont en attente de jugement. Gérald Darmanin a insisté sur la nécessité de « lutter contre la corruption », un fléau qui gangrène les institutions et facilite l’implantation des réseaux criminels.

Les professionnels en première ligne – policiers, magistrats, élus – avouent leur inquiétude face à la menace des groupes criminels. L’assassinat de Mehdi Kessaci n’est que le dernier épisode d’une spirale de violence qui a connu 367 assassinats ou tentatives d’assassinats en 2024, selon le rapport de l’Ofast. Ces crimes ont touché 173 villes l’an dernier, avec un recours croissant aux tueurs à gages. La consommation de cocaïne a par ailleurs conduit plus de 5000 personnes aux urgences en 2024, selon Santé publique France.

Vue micro : quand les narcotrafiquants défient l’État

L’instant symbolique de cette dérive s’est produit à Nîmes cet été. Comme l’a rapporté Europe 1, des narcotrafiquants ont publié sur les réseaux sociaux un message glaçant : « Faites attention à vous, gardez vos gosses en sécurité. Chaque personne qui croise nos hommes en noir sera criblée de balles. » Les trafiquants sont allés jusqu’à menacer de s’en prendre à des enfants de 5 ans. Dans le quartier de Mas de Mingue, des agents municipaux venus vider les ordures se sont vus refuser l’entrée par deux hommes cagoulés et armés de Kalachnikov.

« Ils font ce qu’ils veulent, ils prennent tout en vidéo, toutes les fusillades sont sur les réseaux sociaux, ils vont dans les quartiers, ils tirent sur n’importe qui, et du coup ça fait des dommages collatéraux », témoigne Mélissa Gil, représentante du syndicat Alliance Police dans le Gard, auprès d’Europe 1.

Face à cette situation, plusieurs villes ont instauré des couvre-feux pour mineurs : Nîmes, Carpentras, Béziers, Triel-sur-Seine, Villecresnes, Saint-Ouen. À Nîmes, la mesure a été prolongée selon Sud Ouest jusqu’au 18 août dans quatre quartiers prioritaires, interdisant aux mineurs de moins de 16 ans de sortir non accompagnés entre 21 heures et 6 heures du matin.

Vue 360° : tous les impacts d’une menace systémique

Le rapport de l’Ofast utilise une expression forte pour qualifier la situation : les narcotrafiquants érigent la violence et l’argent du crime en « contre-culture » qui « marginalise » les citoyens prisonniers des territoires contrôlés. À Bagnols-sur-Cèze dans le Gard, des habitants ont reçu dans leur boîte aux lettres un courrier proposant des aides en tous genres – courses, bricolage – en contrepartie des désagréments occasionnés. Les policiers écrivent que les narcotrafiquants « menacent l’ordre républicain » et ont la volonté de « déstabiliser les institutions ».

Cette analyse rejoint celle du sénateur Jérôme Durain dans La Croix : « Le narcotrafic menace bel et bien les intérêts fondamentaux de la nation. » Il rappelle qu’au-delà de la répression, il manque une « deuxième jambe » à la réponse publique : la prévention et la santé. « Cinq millions de Français consomment du cannabis. La cocaïne circule dans toutes les couches sociales », souligne-t-il, appelant à une exigence morale qui ne peut plus « être à géométrie variable ».

Le président Renaissance de la région PACA, Renaud Muselier, estime qu’« il faut s’attaquer à tous les niveaux de la chaîne, du chef de réseau international au consommateur ». Une approche globale qui semble désormais faire consensus au sein de la classe politique, face à une menace qui sature les services de police et de justice. Reste à savoir si les moyens suivront les ambitions affichées : avec 41,67 personnes mises en examen par minute à Marseille depuis le début de l’année, et une projection de 164000 personnes sur une saison complète, la machine judiciaire française est-elle réellement équipée pour faire face à ce que les ministres qualifient désormais de guerre intérieure ?

Sources

  • Le Parisien (20 novembre 2025)
  • Radio France - France Info (4 août 2025)
  • Sud Ouest (1er août 2025)
  • Europe 1 (19 juillet 2025)
  • La Croix (29 mai 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.