Marseille : le RN crédité de 37% au second tour dans un sondage inédit
Une enquête OpinionWay place pour la première fois Franck Allisio en tête d'une quadrangulaire, à un point de Benoît Payan
Entre le 16 et le 23 février 2026, 735 électeurs marseillais certains de voter ont été interrogés par OpinionWay pour CNews, Europe 1 et le JDD. Le résultat marque une rupture dans les pronostics : dans l'hypothèse d'une quadrangulaire au second tour des municipales du 22 mars, le candidat du Rassemblement national Franck Allisio obtiendrait 37% des suffrages, devant le maire sortant Benoît Payan crédité de 36%. Un scénario inédit qui bouleverse la campagne à trois semaines du scrutin et ravive les appels au rassemblement à gauche.
- Le sondage OpinionWay réalisé entre le 16 et le 23 février 2026 auprès de 735 électeurs certains de voter donne Franck Allisio (RN) à 37% au second tour, devant Benoît Payan (36%) dans une quadrangulaire
- Au premier tour, les deux candidats sont à égalité avec 34% chacun, Martine Vassal s'effondre à 14% après sa gaffe télévisée du 19 février où elle a énuméré la devise pétainiste
- En cas de retrait de Sébastien Delogu (LFI, 13% au second tour), Benoît Payan l'emporterait avec 47% contre 38% pour Franck Allisio, rendant la gauche insoumise arbitre du scrutin
- Le Printemps marseillais appelle au rassemblement dès le premier tour face au risque d'une victoire de l'extrême droite dans la deuxième ville de France
- Cette configuration à quatre candidats au second tour s'inscrit dans une tendance nationale de fragmentation politique observée également à Nîmes et Rennes lors des municipales 2026
À vingt-deux jours du premier tour des élections municipales marseillaises, un sondage OpinionWay publié le 24 février 2026 fait l’effet d’une onde de choc dans la cité phocéenne. Pour la première fois depuis le début de la campagne, selon La Marseillaise, un candidat du Rassemblement national est donné gagnant au second tour dans la deuxième ville de France. Réalisée auprès de 735 personnes certaines d’aller voter entre le 16 et le 23 février, cette enquête d’opinion commandée par les médias de la sphère Bolloré dessine un paysage électoral fragmenté où quatre candidats franchiraient la barre des 10% nécessaires pour se maintenir.
Une quadrangulaire qui redistribue les cartes
Au premier tour, d’après France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, Benoît Payan et Franck Allisio arrivent à égalité avec 34% des intentions de vote chacun. Le maire sortant divers gauche gagne trois points par rapport au précédent sondage Elabe publié le 18 février par La Provence et BFMTV, tandis que le député RN de Marignane bondit de cinq points. Cette dynamique s’opère au détriment de Martine Vassal, candidate de la droite et du centre, qui s’effondre à 14% des intentions de vote, perdant sept points en une semaine. Cet effondrement intervient dans un contexte marqué par sa sortie de route lors du débat télévisé organisé par BFMTV le 19 février, où elle a énuméré la devise pétainiste à l’antenne.
Le député La France Insoumise Sébastien Delogu progresse légèrement à 14%, faisant désormais jeu égal avec la présidente de la métropole Aix-Marseille. Victor Hugo Espinosa, candidat d’Écologie au centre qui a pourtant annoncé son retrait le 18 février, est encore sondé à 2%, tandis qu’Erwan Davoux (DVD) obtient le même score. Rémy Bazzali de Lutte Ouvrière réalise moins de 1%. Cette dispersion des voix au premier tour ouvre la voie à une configuration rarissime : une quadrangulaire au second tour.
Le RN en tête pour la première fois
C’est dans ce scénario à quatre candidats que le sondage OpinionWay marque une rupture historique. Selon les données publiées par La Marseillaise, Franck Allisio obtiendrait 37% des suffrages au second tour, devançant d’un point Benoît Payan crédité de 36%. Martine Vassal conserverait 14% des voix, Sébastien Delogu 13%. Un écart d’un point qui se situe dans la marge d’erreur du sondeur, estimée entre 1,4 et 3,1 points, mais qui symbolise néanmoins la fin d’un plafond de verre pour l’extrême droite dans la ville.
L’enquête révèle toutefois une autre hypothèse : en cas de retrait du candidat insoumis, le rapport de force s’inverserait nettement. Benoît Payan l’emporterait alors « haut la main » avec 47% des intentions de vote, loin devant Franck Allisio à 38% et Martine Vassal à 15%. Ce différentiel souligne le poids décisif que pourrait jouer Sébastien Delogu dans l’issue du scrutin. Bernard Sananès, président de l’institut Elabe, analyse cette situation comme la conséquence de la « fragmentation de l’espace politique » en France, où certains électeurs privilégient la représentation de leur camp au conseil municipal plutôt que le vote utile traditionnel.
Le Printemps marseillais sonne l’alarme
Face à ces résultats, la majorité sortante multiplie les appels au rassemblement. Dans un communiqué de presse diffusé après la publication du sondage, le Printemps marseillais martèle sa ligne de défense :
« Les aventures personnelles et les tentatives de divisions, notamment à gauche, font le jeu des extrêmes. Face au risque réel de voir l’extrême droite raciste diriger notre ville, Marseille ne peut pas se permettre les divisions », selon le communiqué publié par La Marseillaise.
L’équipe de Benoît Payan insiste sur la nécessité d’une mobilisation dès le premier tour : « Tous les Marseillais d’où qu’ils viennent, attachés aux valeurs de notre ville et au vivre-ensemble doivent se mobiliser pour Marseille dès le premier tour autour de Benoît Payan », répète le Printemps marseillais. Cette stratégie vise à éviter la dispersion des voix de gauche qui pourrait, selon les projections, offrir la victoire au RN.
Des réactions contrastées dans les états-majors
Du côté de La France Insoumise, Hedi Bounouar, directeur de campagne de Sébastien Delogu, tente de relativiser la portée de ces chiffres. Interrogé par La Marseillaise, il affirme que « les sondages se sont toujours trompés pour Marseille ». Néanmoins, il reconnaît la gravité de la situation :
« On peut avoir des désaccords très profonds à gauche, l’adversaire fondamental, c’est l’extrême droite. S’il y a un risque, il faudra se réunir à gauche », déclare Hedi Bounouar.
L’équipe de Martine Vassal, confrontée à un effondrement dans les sondages, choisit la stratégie du détachement. Son porte-parole Romain Simmarano rappelle que lors des dernières élections régionales, OpinionWay « donnait 14 points de retard à Renaud Muselier sur Thierry Mariani », quand l’écart n’avait finalement été que de 4 points au soir du premier tour. « On sait prendre de la distance sur ce genre de chiffres », affirme-t-il, considérant « qu’ils n’intéressent pas les Marseillais ».
À l’inverse, le camp du Rassemblement national se félicite de cette dynamique. Olivier Rioult, directeur de campagne de Franck Allisio, note avec satisfaction que « sondage après sondage, notre dynamique se renforce ». Il souligne particulièrement « l’effondrement de la candidate d’Emmanuel Macron » et le fait que son candidat soit donné « pour la première fois » en tête au second tour. Cette progression du RN à Marseille s’inscrit dans une tendance nationale observée lors des derniers scrutins, où le parti de Marine Le Pen a régulièrement dépassé ses scores sondagiers.
Un précédent qui interroge le paysage électoral français
La situation marseillaise n’est pas isolée dans le paysage des municipales 2026. Selon Radio Classique, à Nîmes, dernière ville Les Républicains de plus de 100 000 habitants, un sondage IFOP publié le 23 février donnait également la gauche largement en tête dans l’hypothèse d’une quadrangulaire. À Rennes, France Bleu Bretagne évoque également la possibilité d’une quadrangulaire avec la présence du RN, qui espère capitaliser sur ses 12% aux législatives de 2024 dans la ville, contre seulement 4% aux municipales de 2020.
Cette multiplication des configurations à quatre candidats au second tour témoigne de la fragmentation croissante de l’offre politique française et de la difficulité à constituer des fronts républicains efficaces. À Marseille, la question du maintien ou du retrait de Sébastien Delogu en cas de quadrangulaire pourrait déterminer l’issue du scrutin. Avec une différence d’un seul point entre les deux premiers, et une marge d’erreur qui rend le pronostic incertain, les trois prochaines semaines de campagne s’annoncent décisives. Le premier tour aura lieu le 15 mars 2026, le second le 22 mars. La deuxième ville de France pourrait-elle basculer à l’extrême droite pour la première fois de son histoire républicaine ?
Sources
- La Marseillaise (25 février 2026)
- France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur (24 février 2026)
- OpinionWay pour CNews, Europe 1 et le JDD (24 février 2026)
- La Provence (18 février 2026)
- Radio Classique (23 février 2026)