Martinique : une passeuse de 26 ans condamnée à 30 mois ferme, elle affirme avoir servi de leurre

Guenaelle L. a été interpellée le 8 juin à l’aéroport Aimé-Césaire avec 5 kg de cocaïne. Elle a avoué avoir été délibérément dénoncée par son réseau pour faire diversion.

Martinique : une passeuse de 26 ans condamnée à 30 mois ferme, elle affirme avoir servi de leurre
Illustration Jean-Luc Sinapah / info.fr

Le 12 juin 2026, le tribunal correctionnel de Fort-de-France a condamné une jeune femme de 26 ans à 30 mois de prison ferme pour transport de stupéfiants. Saisie de 5 kg de cocaïne à l’aéroport, elle a reconnu avoir joué le rôle de leurre pour protéger d’autres mules.

L’essentiel

  • Faits : Guenaelle L., 26 ans, a été interpellée le 8 juin 2026 à l’aéroport Aimé-Césaire avec 5 kg de cocaïne dans ses bagages.
  • Condamnation : Le 12 juin, elle a écopé de 30 mois de prison ferme avec maintien en détention et 5 ans d’interdiction de séjour en Martinique.
  • Stratégie : La passeuse a avoué avoir accepté 11 000 € pour servir de diversion, son réseau ayant passé un appel anonyme pour la dénoncer.

Une affaire qui éclaire les méthodes des réseaux de narcotrafic à l’aéroport de Fort-de-France. Le tribunal correctionnel a rendu son verdict le 12 juin dernier, trois jours seulement après l’interpellation d’une jeune femme de 26 ans.

Ce qui s’est passé à l’aéroport Aimé-Césaire

Le 8 juin 2026, vers 10 heures, les douaniers de l’aéroport Aimé-Césaire contrôlent une passagère en partance pour Paris-Orly. Dans ses bagages, ils découvrent huit pains de drogue. L’analyse rapide révèle que cinq contiennent de la cocaïne, pour un poids total de 5 kilogrammes. Les trois autres sont des pains factices, servant de leurres.

La femme, identifiée comme Guenaelle L., est immédiatement placée en garde à vue. Selon une source proche de l’enquête, l’interpellation fait suite à un appel anonyme reçu par les forces de l’ordre signalant la présence d’une « mule » dans le terminal. Ce détail va s’avérer central dans l’affaire.

Les aveux : « J’étais le leurre »

Durant sa garde à vue, Guenaelle L. n’a pas nié les faits. Elle a expliqué avoir été recrutée par un réseau via l’application sécurisée Signal. Sa mission : transporter la drogue vers l’Hexagone. Mais surtout, servir de diverson. Selon ses déclarations rapportées par le parquet, ses commanditaires avaient programmé un appel anonyme pour la dénoncer. L’objectif : saturer les contrôles douaniers et permettre à d’autres passeuses, moins chargées, de passer inaperçues.

« Elle a reconnu qu’elle devait occuper la douane pendant que d’autres mules prenaient l’avion », a précisé une source judiciaire à info.fr. En échange de ce rôle sacrificiel, la jeune femme devait toucher 11 000 euros. Une somme qui n’a pas été perçue.

Cet aveu est rare. Les enquêteurs soulignent que la stratégie de la « mule sacrifiée » est documentée dans les dossiers de narcotrafic, mais rarement avouée aussi clairement par une passeuse.

Une condamnation rapide et ferme

Traduite en comparution immédiate, Guenaelle L. a été jugée le 12 juin 2026. Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet : 30 mois de prison ferme, avec mandat de dépôt immédiat. Elle a en outre écopé d’une interdiction de séjour en Martinique pour une durée de cinq ans.

Son avocat, Me Jean-Philippe (prénom modifié), a plaidé la vulnérabilité de sa cliente, une jeune femme sans emploi fixe, décrite comme « instrumentalisée ». Le tribunal n’a pas retenu cette circonstance comme suffisamment atténuante, au vu de la quantité de drogue transportée et du caractère organisé de l’opération.

La prévenue est désormais incarcérée à la maison d’arrêt de Ducos. Elle a 10 jours pour faire appel.

Contexte dans le département

La Martinique, et particulièrement l’aéroport Aimé-Césaire, est un point de transit majeur pour la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud vers l’Europe. Selon les chiffres de la douane, les saisies de stupéfiants dans l’île ont augmenté de 15 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Cette affaire illustre la sophistication croissante des réseaux, qui n’hésitent pas à « sacrifier » des passeuses pour protéger leurs flux principaux.

La Collectivité territoriale de Martinique (CTM) a récemment présenté un plan de lutte renforcé, incluant des propositions comme le recours à des drones et des contrôles ciblés. Parallèlement, la violence liée au trafic ne faiblit pas : des policiers ont été visés par des tirs à Dillon et au centre-ville de Fort-de-France en mai dernier.

Le tribunal de Fort-de-France juge chaque année plusieurs dizaines d’affaires de « mules », avec des peines allant de quelques mois à plusieurs années de prison. Le cas de Guenaelle L. est l’un des plus emblématiques de l’année 2026 par la stratégie de diversion qu’il révèle.

L’enquête sur le réseau de commanditaires, qui aurait utilisé l’application Signal, se poursuit. Le parquet n’a pas communiqué d’interpellations complémentaires à ce stade.

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Sources

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Martinique (972), avec Fort-de-France pour chef-lieu. Spécialité du département : AOC rhum agricole (1er rhum AOC monde) et heritage Cesaire. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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