Martinique : plus de 700 procédures pour violences sexuelles sur mineurs, le procureur tire la sonnette d’alarme
Le procureur général Patrice Camberou a présenté un bilan chiffré accablant jeudi à Fort-de-France, annonçant des renforts policiers et une mobilisation judiciaire sans précédent.
Le procureur général de la Martinique, Patrice Camberou, a dressé un état des lieux alarmant des violences sexuelles commises sur mineurs. Plus de 700 procédures sont en cours, et 267 dossiers sont activement suivis au parquet de Fort-de-France.
L’essentiel
- Plus de 700 procédures sont en cours en Martinique pour violences sexuelles sur mineurs : 575 en zone police et 133 en zone gendarmerie.
- 267 dossiers actifs au parquet de Fort-de-France pour viols, agressions ou atteintes sexuelles sur mineurs.
- 65 nouvelles procédures ouvertes depuis le 1er janvier 2026, après 259 en 2025 et plus de 1 000 signalements.
- Renforts annoncés : deux policiers supplémentaires au groupe « mineurs » de la police en septembre 2026, création d’une unité dédiée.
- Aucun classement sans suite pour les plaintes comportant des éléments tangibles, selon le procureur.
Un bilan chiffré accablant
Jeudi 18 juin 2026, le procureur général Patrice Camberou a présenté, lors d’une conférence de presse à la cour d’appel de Fort-de-France, un bilan détaillé des violences sexuelles commises sur des mineurs en Martinique. Selon lui, les services d’enquête (police et gendarmerie) traitent actuellement 708 procédures, dont 575 en zone police et 133 en zone gendarmerie. Sur ces dernières, 33 ont fait l’objet d’un point de situation.
Au parquet de Fort-de-France, 267 dossiers sont en cours pour des faits de viols, agressions sexuelles ou atteintes sexuelles sur mineurs. Depuis le début de l’année 2026, 65 nouvelles procédures ont été enregistrées, après les 259 déjà comptabilisées en 2025. La même année, les autorités avaient reçu plus de 1 000 signalements pour mineurs en danger.
Une libération de la parole encouragée
Patrice Camberou attribue cette augmentation significative des signalements à une « libération de la parole » des victimes. Il cite plusieurs facteurs : les auditions non suggestives, un meilleur accueil dans les lieux de justice, et le rôle clé des associations locales. « Les victimes osent davantage parler, et les professionnels sont mieux formés à recueillir leur parole », a-t-il expliqué, relayé par Franceinfo La 1ère.
Le procureur a également tenu à rassurer sur l’efficacité du traitement judiciaire : aucune procédure n’est en attente de transmission pour enquête, aucune audience n’est en attente au tribunal correctionnel, et aucun recours contre un classement sans suite n’a été enregistré. Il a affirmé qu’aucune plainte ne fait l’objet d’un classement sans suite si elle comporte des éléments tangibles, se démarquant ainsi des constats nationaux de la CIIVISE.
Des renforts policiers annoncés
Face à l’ampleur des dossiers, des mesures concrètes ont été annoncées. Le groupe « mineurs » de la police, actuellement composé de cinq effectifs, sera renforcé de deux agents supplémentaires dès septembre 2026. Par ailleurs, une unité dédiée à la lutte contre les violences faites aux mineurs va être créée. Le procureur a également exprimé l’espoir de bénéficier de renforts via le plan d’investigation national.
La mobilisation des magistrats est également importante : 15 magistrats sont affectés au traitement prioritaire de ces dossiers, dont trois spécifiquement à la section famille. Ce dispositif humain vise à garantir qu’aucun dossier ne reste en souffrance. À titre de comparaison, d’autres territoires mettent également l’accent sur la réactivité des forces de l’ordre.
Contexte dans le département
La Martinique, département d’outre-mer de 360 000 habitants, fait face à des défis spécifiques en matière de protection de l’enfance. L’insularité et la proximité des communautés peuvent freiner la libération de la parole, mais les acteurs judiciaires locaux multiplient les efforts pour briser l’omerta. Ce recensement des dossiers intervient dans le sillage des directives du ministère de la Justice liées à l’émotion suscitée par l’affaire Lyhanna, qui a marqué l’opinion publique.
Prochaine étape : renforts en septembre
Les deux policiers supplémentaires intégreront le groupe « mineurs » à la rentrée de septembre 2026. La future unité dédiée devrait être opérationnelle dans les mois suivants. Le parquet de Fort-de-France continue de suivre activement les 267 dossiers en cours, tandis que les signalements restent orientés vers les services compétents.