Master Poulet : « Notre meilleur influenceur est Karim Bouamrane »

La chaîne de fast-food halal contre-attaque après un bras de fer judiciaire avec la mairie de Saint-Ouen

Master Poulet : « Notre meilleur influenceur est Karim Bouamrane »
Illustration Julie Renault / info.fr

Depuis le 11 avril 2026, la chaîne Master Poulet et le maire PS de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, s'affrontent ouvertement. Blocs de béton, pots de fleurs géants, décision de justice le conflit a pris une tournure nationale. Le 8 mai, le dirigeant de l'enseigne a choisi la dérision il nomme le maire son « meilleur influenceur ».

Depuis le 11 avril 2026, la chaîne Master Poulet et le maire PS de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, s’affrontent ouvertement. Blocs de béton, pots de fleurs géants, décision de justice : le conflit a pris une tournure nationale. Le 8 mai, le dirigeant de l’enseigne a choisi la dérision : il nomme le maire son « meilleur influenceur ».

L’essentiel

  • Ouverture sans autorisation : Master Poulet a ouvert rue Albert-Dhalenne à Saint-Ouen le 11 avril 2026, malgré un refus préalable de la mairie.
  • Justice : Le tribunal administratif de Montreuil a jugé illégale l’installation de blocs de béton par la mairie le 22 avril, ordonnant leur retrait sous 48 heures.
  • Pots de fleurs : Le 24 avril, la municipalité a posé des pots de fleurs géants devant l’établissement pour entraver l’accès à la terrasse.
  • 80 % : Selon Karim Bouamrane, 80 % des administrés le soutiendraient dans sa démarche contre l’enseigne.
  • +50 restaurants : Master Poulet compte aujourd’hui plus de 50 établissements, dont une trentaine en Île-de-France, depuis sa création en 2019.

Une ouverture en force, une mairie qui riposte

Le 11 avril 2026, Master Poulet ouvre un restaurant rue Albert-Dhalenne à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), sans avoir obtenu l’autorisation de la mairie, qui avait fermement refusé l’implantation. Trois jours plus tard, le 14 avril, la municipalité fait fermer l’établissement à la suite de trois contrôles de police et d’un contrôle d’hygiène, selon Le Parisien. Dans la foulée, des blocs de béton sont installés pour bloquer physiquement l’accès au restaurant.

Le bras de fer est immédiat. Master Poulet saisit la justice. Le 22 avril, le tribunal administratif de Montreuil déclare l’installation de ces blocs illégale et ordonne leur retrait sous 48 heures. Le restaurant rouvre partiellement, pour la vente à emporter.

Des pots de fleurs en guise de réponse

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La mairie ne s’arrête pas là. Le 24 avril 2026, des pots de fleurs géants font leur apparition devant le restaurant, entravant l’accès à la terrasse. La municipalité justifie la mesure par un embellissement de la place, selon Le Parisien. Pour les partisans de l’enseigne, la démarche est transparente.

Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen depuis 2020, assume sa position. Sur BFM TV le 4 mai, il dénonce des « odeurs catastrophiques » et des nuisances sonores, et affirme que 80 % de ses administrés le soutiennent dans sa démarche contre la malbouffe. La mairie fait également état d’un conflit de fond sur la qualité de vie dans une commune dense.

La contre-attaque par la communication

Le 29 avril, Master Poulet publie une vidéo satirique moquant le maire, avec des références à un « ministère du poulet » et une « attaque d’hélicoptères », selon BFM TV. L’enseigne invite Karim Bouamrane à visiter ses restaurants. Le ton du conflit bascule vers la communication grand public.

Le 8 mai 2026, dans une interview accordée au Parisien, le dirigeant de Master Poulet franchit une nouvelle étape dans la rhétorique : « Notre meilleur influenceur est Karim Bouamrane, le maire de Saint-Ouen. » Il souligne que la controverse renforce l’attrait de ses produits halal, notamment auprès d’un public jeune.

Contexte dans le département de Paris et en Seine-Saint-Denis

Saint-Ouen compte environ 53 000 habitants en 2022 selon l’INSEE. La commune, en pleine mutation depuis l’ouverture du Village olympique en 2024, concentre des tensions autour de l’urbanisme commercial et de la gentrification. Ce débat dépasse le simple conflit entre une enseigne et un élu : il touche à la place des commerces halal dans les villes de la banlieue parisienne et aux difficultés économiques des ménages populaires qui constituent la clientèle cible de l’enseigne.

Master Poulet, fondée en 2019, spécialisée dans le poulet grillé halal à emporter, revendique plus de 50 restaurants, dont une trentaine en Île-de-France, selon Le JDD et Actu.fr. Ce n’est pas la première fois que ses ouvertures génèrent des oppositions pour nuisances : Le Parisien a documenté des conflits similaires lors d’implantations précédentes à Paris et en banlieue. La Seine-Saint-Denis, département le plus jeune de France métropolitaine, représente un marché naturel pour l’enseigne. Ce conflit résonne également dans d’autres communes d’Île-de-France où des collectifs locaux de Seine-Saint-Denis se montrent attentifs aux décisions municipales.

Un débat qui divise au-delà de Saint-Ouen

L’affaire a rapidement dépassé les frontières de la commune. Sur les réseaux sociaux, le conflit est lu à travers plusieurs prismes : nuisances réelles versus stigmatisation d’un commerce halal, droit des commerçants face aux prérogatives municipales, ou encore instrumentalisation politique. Des voix à gauche ont critiqué publiquement la méthode de Karim Bouamrane, pourtant élu PS, jugeant que les blocs de béton et les pots de fleurs franchissaient une ligne.

La mairie, de son côté, maintient que le problème est avant tout sanitaire et sonore, et que l’implantation s’est faite en violation des règles d’urbanisme. Les raisons précises du refus initial d’autorisation n’ont pas été détaillées publiquement à ce stade.

Sur le fond juridique, la question de la terrasse et des nouvelles entraves reste ouverte. Selon France 3 Île-de-France, une audience au tribunal administratif de Montreuil est prévue fin mai 2026 pour examiner ces points.

Un conflit commercial devenu affaire politique

En quelques semaines, ce qui aurait pu rester un litige d’urbanisme local est devenu une affaire nationale. La médiatisation a servi les deux parties : Karim Bouamrane a pu s’exprimer sur BFM TV, tandis que Master Poulet a vu sa notoriété augmenter, tirant argument du conflit lui-même.

Le dirigeant de l’enseigne revendique que ses produits « plaisent », selon le titre de son interview au Parisien du 8 mai. La couverture médiatique - Le Parisien, BFM TV, 20 Minutes, Ouest-France - a transformé un fast-food de banlieue en symbole d’un débat plus large sur la ville, le commerce populaire et l’autorité municipale. Le débat sur la régulation commerciale dans les communes denses rappelle également d’autres tensions autour des arrêtés préfectoraux encadrant certains commerces dans des zones sensibles.

L’audience de fin mai au tribunal de Montreuil dira si la mairie peut légalement maintenir ses pots de fleurs géants et si la terrasse restera inaccessible. D’ici là, le dirigeant de Master Poulet a déjà annoncé la couleur : chaque obstacle municipal est, pour lui, une publicité supplémentaire.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Julie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Paris (75), avec Paris pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique et premiere place economique française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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