Mayotte : une députée alerte sur une situation sanitaire explosive entre dengue, paludisme et pénurie d’eau
Anchya Bamana a interpellé la ministre de la Santé le 13 mai en commission sur les risques épidémiques amplifiés par les bidonvilles et les coupures d'eau prolongées
La députée de Mayotte Anchya Bamana a alerté la ministre des Solidarités et de la Santé le 13 mai 2026 en commission des affaires sociales sur les risques épidémiques à Mayotte. Dengue, typhoïde, hépatite, hantavirus, paludisme plusieurs maladies circulent ou menacent de reprendre, dans un contexte de crise hydrique aggravée.
La députée de Mayotte Anchya Bamana a interpellé la ministre des Solidarités et de la Santé le 13 mai 2026 en commission des affaires sociales sur les risques épidémiques à Mayotte. Dengue, typhoïde, hépatite, hantavirus, paludisme : plusieurs maladies circulent ou menacent de reprendre, dans un contexte de crise hydrique aggravée.
L’essentiel
- 128 cas de paludisme enregistrés à Mayotte depuis janvier 2026, dont 27 suspects d’acquisition locale et 32 nouveaux cas lors de la seule semaine du 7 mai, selon Santé Publique France.
- Déficit hydrique de 10 % acté par le CRSE le 6 mai 2026 : la retenue de Dzoumogné est à 70 % de capacité, avec un manque estimé à 500 000 m³.
- Coupures d’eau prolongées annoncées par la Préfecture pour toute la saison sèche 2026, jusqu’aux pluies de novembre.
- 4 cas de chikungunya détectés en semaine 02-2026, avec un risque de reprise épidémique signalé par Santé Publique France en janvier.
- Anchya Bamana réclame l’activation du plan ORSEC et un décret d’urgence pour importer de l’eau embouteillée depuis le Kenya ou Madagascar.
L’alerte en commission : dengue, typhoïde, hépatite, hantavirus
Le 13 mai 2026, lors d’une audition en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, la députée Anchya Bamana a pris la parole pour décrire ce qu’elle qualifie de « situation sanitaire explosive ». Elle a cité les bidonvilles de Mamoudzou, le camp de Tsoundzou et les coupures d’eau récurrentes comme autant de facteurs aggravants pour la transmission de maladies vectorielles et hydriques.
La députée a listé plusieurs pathogènes : dengue, typhoïde, hépatite, hantavirus. Ces maladies partagent un point commun à Mayotte : elles prospèrent dans les zones de promiscuité, d’eaux stagnantes ou de manque d’accès à l’eau potable. Le camp de Tsoundzou, régulièrement cité dans les rapports sanitaires, concentre une population précaire dans des conditions d’hygiène dégradées.
Bamana demande l’activation du plan ORSEC et un décret d’urgence pour permettre l’importation massive d’eau embouteillée depuis des pays voisins comme le Kenya ou Madagascar, selon Mayotte Hebdo.
Le paludisme en forte hausse depuis janvier 2026
Les chiffres du paludisme illustrent concrètement la dégradation sanitaire. Au 7 mai 2026, Santé Publique France recense 128 cas depuis le 1er janvier, dont 89 importés, 27 suspects d’acquisition locale et 12 indéterminés. La semaine 18 seule a concentré 32 nouveaux cas, dont 20 à Chirongui - 17 classés comme locaux.
C’est une progression nette par rapport à 2025. L’année dernière, Mayotte avait enregistré 111 cas au total, dont 106 importés (95,5 % en provenance des Comores) et seulement 5 acquis localement en juin-juillet. Ces 5 cas de 2025 marquaient déjà une réémergence, la première depuis juillet 2020, selon Santé Publique France.
Mayotte est officiellement en phase d’élimination du paludisme depuis 2014. La recrudescence régionale aux Comores depuis 2024 a relancé les importations de cas, rendant désormais difficile le maintien de l’objectif d’élimination, selon le bulletin de surveillance du 7 mai 2026 de Santé Publique France. Mayotte Hebdo souligne que la pression sanitaire sur le territoire s’accumule dans un contexte de services publics déjà sous tension.
La crise de l’eau, accélérateur du risque épidémique
Le 6 mai 2026, le Comité de Ressources en eau (CRSE) a acté un déficit hydrique de 10 %. La retenue de Dzoumogné, principale réserve de l’île, n’est remplie qu’à 70 % de sa capacité, soit un manque de 500 000 m³ par rapport aux niveaux attendus. La Préfecture a annoncé le 12 mai un renforcement des tours d’eau pour toute la durée de la saison sèche, jusqu’aux premières pluies prévues en novembre.
Les coupures d’eau alimentent directement le risque épidémique. Quand l’eau courante manque, les habitants stockent l’eau dans des récipients ouverts - conditions idéales pour la ponte des moustiques vecteurs de dengue et de paludisme. Le 14 février 2026, une défaillance électrique sur la ligne alimentant le forage de Kwale avait déjà coupé l’eau à Tsoundzou 1 et Passamainty, selon Franceinfo La 1ère.
La crise hydrique n’est pas nouvelle. Selon Franceinfo La 1ère, les coupures progressent depuis une décennie : de une nuit par semaine en 2016 à plusieurs jours consécutifs en 2026. La croissance démographique de l’île amplifie la pression sur des infrastructures sous-dimensionnées. Le département fait face à des défis structurels cumulés qui fragilisent l’ensemble de la réponse publique.
Contexte dans le département (Mayotte, 976)
Mayotte est le département français le plus pauvre, avec une densité de population parmi les plus élevées du pays. La cohabitation entre logements en dur et bidonvilles étendus, notamment à Mamoudzou, crée des poches de vulnérabilité sanitaire permanentes. La proximité des Comores - principale source d’immigration et de circulation virale - complique tout effort d’élimination des maladies vectorielles.
Le chikungunya s’ajoute à la liste des menaces. En semaine 02 de 2026, Santé Publique France signalait 4 cas et un risque de reprise épidémique. Les consultations pour syndromes dengue-like restaient élevées à la même période, selon le bulletin régional du 16 janvier 2026. L’île est donc exposée simultanément à plusieurs arboviroses, dans un contexte de faiblesse infrastructurelle.
Sur le plan de l’eau, des projets de long terme existent : l’usine de dessalement d’Ironi Bé et une 7e campagne de forage sont évoqués comme solutions structurelles. Selon Franceinfo La 1ère et Le Journal de Mayotte, une sortie des coupures systématiques n’est pas envisagée avant 2027.
Réponse institutionnelle attendue
La ministre des Solidarités et de la Santé n’a pas communiqué publiquement de réponse à l’interpellation de Bamana à l’issue de la commission du 13 mai. Aucune activation du plan ORSEC n’a été annoncée à ce stade. La lutte antivectorielle se poursuit à Mayotte, mais son efficacité reste conditionnée à l’accès à l’eau et à la résorption des bidonvilles - deux chantiers dont le calendrier reste incertain.
Les tours d’eau renforcés entreront en vigueur dans les prochaines semaines. D’ici novembre et les premières pluies, la situation hydrique et épidémique sera suivie de près par Santé Publique France, qui publie des bulletins hebdomadaires de surveillance sanitaire pour Mayotte.
Sources
- X / @BamanaAnchya : Tweet d'Anchya Bamana sur l'alerte en commission des affaires sociales
- Santé Publique France : Bulletin de surveillance sanitaire à Mayotte – 7 mai 2026
- Mayotte Hebdo : Mayotte face à une recrudescence du paludisme depuis le début de l'année
- Franceinfo La 1ère : Les tours d'eau à Mayotte vont se durcir dans les prochaines semaines