Mayotte : après deux semaines de grève, les personnels de l’Éducation nationale alertent sur des conditions « indignes »
Le mouvement des AED, AESH et EMS suspendu le 18 juin, tandis que les enseignants dénoncent classes surchargées, locaux dégradés et manque de 200 postes d'accompagnants.
À Mayotte, la grève des personnels de l'Éducation nationale, entamée le 1er juin, a été suspendue après l'ouverture de discussions avec le rectorat. Les syndicats restent mobilisés et pointent des conditions de travail « indignes de l'École de la République ».
L’essentiel
- 18 juin 2026 : suspension de la grève des AED, AESH et EMS après l’ouverture de négociations avec le rectorat.
- Conditions dénoncées : classes de CAP à 35 élèves, déficit de 200 postes d’AESH, locaux dégradés, recours massif aux contractuels non formés.
- Crise persistante : les conséquences du cyclone Chido (décembre 2024) et la pénurie d’eau perturbent encore la scolarité.
Un mouvement suspendu mais pas enterré
Le 18 juin 2026, le SNES-FSU Mayotte a annoncé la suspension de la grève des assistants d’éducation (AED), accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et employés de maintenance et de service (EMS). Lancée le 1er juin, cette mobilisation intersyndicale regroupait plusieurs organisations - Snuep-FSU, SNES-FSU, CGT Éduc’action - pour dénoncer des conditions de travail jugées « indignes ».
La suspension fait suite à l’ouverture d’un cycle de négociations avec le rectorat de Mayotte. Les personnels grévistes, qui s’étaient réunis le 10 juin au rond-point de Kawéni à Mamoudzou, avaient alors voté la poursuite du mouvement faute de calendrier de discussions. « Nous avons obtenu un engagement à discuter des revendications principales », a indiqué le SNES-FSU dans un communiqué.
Des témoignages accablants
Ali Habla, secrétaire académique du Snuep-FSU Mayotte, décrit une situation « intenable ». Dans les classes de CAP, les effectifs atteignent 35 élèves, contre une moyenne nationale de 20 à 25. « Les conditions de travail sont indignes de l’École de la République », a-t-il déclaré, relayé par Le Café pédagogique.
Le déficit de postes d’AESH est estimé à 200 agents par les syndicats. « Beaucoup d’enfants en situation de handicap n’ont pas d’accompagnement », déplore Ali Habla. Par ailleurs, près de la moitié des enseignants seraient des contractuels sans formation, conséquence du manque d’attractivité du territoire.
La CGT Éduc’action Mayotte réclame une pas de revalorisation salariale immédiate de 400 euros par mois pour tous les AED de l’île. « Nous ne demandons pas l’impossible, juste un salaire décent pour un travail essentiel », insiste le syndicat.
Un contexte mahorais fragilisé
Les difficultés matérielles s’ajoutent aux revendications salariales. Le cyclone Chido, survenu en décembre 2024, a endommagé de nombreuses écoles. « Certains établissements fonctionnent encore en rotation, faute de locaux reconstruits », rapporte le Snuep-FSU.
La crise de l’eau aggrave la situation : l’usine de dessalement de Petite Terre produit un peu moins de 4 500 m3 par jour, loin des 5 300 m3 prévus. L’approvisionnement en eau potable des écoles reste aléatoire, perturbant les conditions d’apprentissage.
Contexte dans le 976
Avec une population très jeune (plus de 50 % des habitants ont moins de 20 ans), Mayotte doit faire face à des besoins éducatifs immenses. Le secteur est freiné par l’éloignement géographique, la précarité des infrastructures et un taux de chômage élevé. Dans ce cadre, la question des salaires impayés - entre 250 et plus de 1 000 agents concernés à l’automne 2025 - avait déjà mis en lumière la fragilité du système.
Le préfet de Mayotte, Poisot, a annoncé en mars 2026 une hausse immédiate de la prime d’activité de 120 € par mois (lire notre article). Une mesure qui ne répond que partiellement aux revendications des personnels de l’Éducation nationale.
Prochaine étape : les négociations
Les discussions avec le rectorat doivent se poursuivre dans les prochaines semaines. Les syndicats attendent des avancées concrètes sur les recrutements d’AESH, la revalorisation des salaires et l’amélioration des locaux. « La suspension de la grève est conditionnée à l’avancée des négociations », prévient le SNES-FSU.
Parallèlement, le contentieux électoral de Bouéni - où 191 procurations ont été jugées irrégulières (voir notre article) - rappelle que l’île traverse une série de crises institutionnelles et sociales. L’Éducation nationale n’en est qu’un volet.