Mayotte : l’OIM recense 13 914 passagers sur la route des Comores en six mois
Premier rapport systématique de l'OIM sur les flux irréguliers Comores-Mayotte un corridor documenté depuis l'Afrique de l'Est et centrale, avec un pic à 5 278 passagers en août 2025.
L'Organisation internationale pour les migrations publie en juin 2026 sa première analyse chiffrée sur la route maritime des Comores vers Mayotte. Entre juillet et décembre 2025, 13 914 passagers ont été recensés. L'OIM identifie un corridor majeur dans le canal du Mozambique, alimenté depuis l'Afrique de l'Est et centrale.
L’essentiel
- 13 914 passagers : recensés sur la route des Comores vers Mayotte entre juillet et décembre 2025, selon le rapport OIM/DTM publié en juin 2026.
- Pic en août 2025 : 5 278 passagers documentés en un seul mois, chiffre inédit pour cette route.
- Six points focaux : déployés par l’OIM sur les trois îles des Comores (Grande Comore, Anjouan, Mohéli) pour cartographier les zones de départ.
- 34,7 % d’immigrés : Mayotte reste le département français avec la plus forte proportion, selon le ministère de l’Intérieur (données 2022).
- Financement UE : le dispositif DAMT est financé par l’Union européenne dans le cadre du suivi de la route de l’océan Indien occidental.
Un premier comptage systématique
Jusqu’ici, les flux migratoires entre les Comores et Mayotte étaient documentés côté français - interceptions de kwassa-kwassa, reconduites à la frontière - mais rarement depuis les zones de départ. Le rapport Comores - Outil de suivi des zones de départ (DAMT) - Mouvements vers Mayotte (juin - décembre 2025), publié sur dtm.iom.int, comble partiellement ce manque.
L’OIM y recense 13 914 passagers sur la période juillet - décembre 2025. Le dispositif repose sur six Community Focal Points (CFPs) positionnés sur les trois îles de l’archipel comorien. Ces observateurs de terrain cartographient les zones de départ et documentent les mouvements en temps réel.
Mayotte Hebdo, qui a couvert le rapport dès sa publication, souligne le caractère inédit de la démarche : c’est la première fois que l’OIM déploie un tel outil de surveillance aux Comores.
Un corridor identifié depuis l’Afrique de l’Est et centrale
L’OIM qualifie la route de « corridor important de migration irrégulière dans le canal du Mozambique, avec des migrants transitant principalement depuis l’Afrique de l’Est, l’Afrique centrale ». C’est la première caractérisation systématique de cet axe migratoire par l’organisation.
InfoMigrants a relayé cette formulation officielle dès la parution du rapport.
Le rapport identifie des hotspots de départ précis, notamment Chindini-Ourovéni sur la Grande Comore, ainsi que des sites sur Anjouan et Mohéli. Ces deux dernières îles sont géographiquement les plus proches de Mayotte, Anjouan n’en étant distante que d’une soixantaine de kilomètres.
Le dispositif DAMT est financé par l’Union européenne dans le cadre du suivi de la route de l’océan Indien occidental (OIO). L’objectif affiché : mieux comprendre les dynamiques de départ pour calibrer les réponses humanitaires et sécuritaires.
Pic estival à 5 278 passagers en août
Le mois d’août 2025 ressort comme le plus chargé de la période : 5 278 passagers recensés en trente jours, selon Mayotte Hebdo et le rapport OIM. Ce chiffre dépasse de loin la moyenne mensuelle de la période (environ 2 300 sur six mois).
La saisonnalité est une donnée connue sur cette route : les conditions météorologiques du canal du Mozambique influencent directement le nombre de traversées. L’été austral, correspondant à la saison sèche aux Comores, est traditionnellement associé à une hausse des départs. Le rapport OIM apporte désormais une base chiffrée à cette observation.
Contexte dans le département de Mayotte (976)
Mayotte comptait 329 000 habitants au 1er janvier 2025, selon l’INSEE, soit une croissance de +2,8 % sur un an. Le département enregistre la plus forte proportion d’immigrés de France : 34,7 % de la population en 2022, d’après le ministère de l’Intérieur.
La pression migratoire reste une donnée structurante pour le territoire. En 2024, la préfecture a détecté 809 kwassa-kwassa et intercepté 493 embarcations, soit une baisse de 25 % des interceptions par rapport à 2023. Les reconduites à la frontière ont atteint 19 262 sur l’année, pour 6 764 interpellations en mer.
Le territoire sort par ailleurs d’une séquence exceptionnelle : le cyclone Chido, en décembre 2024, a provoqué des destructions massives. Dans ce contexte, un plan d’investissement en infrastructures est en cours, notamment sur l’eau potable. Un recensement exhaustif exceptionnel s’est tenu de fin novembre 2025 à janvier 2026, à la demande du gouvernement, pour mieux évaluer la population réelle de l’île.
Sur le plan sécuritaire, des habitants de Vahibé ont récemment alerté sur la présence de groupes armés dans leur quartier, signe de tensions sociales persistantes liées, en partie, à la pression démographique.
Une base de données inédite pour la politique migratoire
Le rapport DAMT constitue la première base de données systématique produite côté comorien sur cette route. Jusqu’alors, les chiffres disponibles provenaient essentiellement des autorités françaises - préfecture, gendarmerie maritime, PAF.
Le Journal de Mayotte et Mayotte Hebdo ont tous deux mis en avant le caractère pionnier de cette publication. L’OIM prévoit de poursuivre le suivi au-delà de décembre 2025, sans que le calendrier du prochain cycle ait été précisé à ce stade.
Un deuxième cycle de collecte permettrait d’établir des comparaisons annuelles et d’affiner la connaissance des profils de passagers - données que le premier rapport ne détaille pas encore publiquement.
Sources
- OIM / DTM : Les Comores — Outil de suivi des zones de départ (DAMT) — Mouvements vers Mayotte (juin–décembre 2025)
- InfoMigrants : Entre juillet et décembre 2025, près de 14 000 migrants ont atteint Mayotte selon l'OIM
- Mayotte Hebdo : Jusqu'à 5 278 passagers recensés en un mois
- Le Journal de Mayotte : Près de 14 000 migrants recensés sur la route des Comores vers Mayotte
