Bouéni : le rapporteur public recommande l’annulation des municipales
Le rapporteur public a recommandé l'annulation du scrutin du 22 mars, remporté par 43 voix, en raison de 191 procurations jugées irrégulières sur 242 contestées.
Le tribunal administratif de Mayotte a examiné mercredi 17 juin la protestation électorale déposée par l'ancien maire de Bouéni, Assani Saindou. Le rapporteur public a conclu à l'annulation des opérations électorales, mais écarté l'inéligibilité du maire élu Mirhane Ousseni.
L’essentiel
- 191 procurations sur 242 contestées ont été jugées irrégulières par le rapporteur public.
- 43 voix d’écart : le scrutin du 22 mars 2026 a été remporté par Mirhane Ousseni face à Assani Saindou.
- Annulation recommandée mais pas d’inéligibilité pour le maire élu, faute de manœuvres frauduleuses à grande échelle.
- 4 personnes (dont un policier colistier) déférées au parquet pour faux et usage de faux, comparaissent le 30 juin.
- Jugement mis en délibéré, notification attendue autour du 26 juin 2026.
Mercredi 17 juin, le tribunal administratif de Mayotte s’est penché sur la protestation électorale déposée par Assani Saindou, maire sortant de Bouéni battu de 43 voix au second tour des municipales du 22 mars. La liste de Mirhane Ousseni l’avait emporté, mais l’écart était si faible que 191 procurations litigieuses pouvaient inverser le résultat.
Ce qui s’est passé à l’audience
Selon Mayotte Hebdo, le rapporteur public a examiné 242 procurations contestées par la défense. Il en a retenu 191 comme irrégulières, un nombre suffisant pour altérer la sincérité du scrutin remporté par 43 voix seulement. Il a donc recommandé l’annulation des opérations électorales.
En revanche, il a écarté la demande d’inéligibilité visant Mirhane Ousseni et un colistier. « L’absence de manœuvres frauduleuses à grande échelle » a été retenue, selon Mayotte Hebdo. Aucune preuve d’une participation active du maire élu à d’éventuelles fraudes n’a été apportée.
Le détail des procurations irrégulières
Sur les 242 procurations contestées, 191 ont été jugées entachées d’irrégularités. Les motifs précis n’ont pas été détaillés publiquement, mais les sources concordent : le rapporteur public a estimé qu’elles étaient suffisantes pour remettre en cause le résultat du scrutin. La liste d’Assani Saindou avait contesté ces procurations dès le lendemain du second tour.
L’avance de 43 voix rend chaque bulletin déterminant. Selon La1ère, les deux camps se disent prêts à retourner aux urnes si l’annulation est confirmée.
Les suites pénales parallèles
L’affaire ne se limite pas au contentieux électoral. Un courrier du préfet de Mayotte du 13 mars 2026 avait déjà signalé au procureur des faits susceptibles d’infractions pénales liés à ces procurations, comme l’a rapporté Mayotte Hebdo.
Quatre personnes, dont un policier colistier de Mirhane Ousseni, ont été déférées au parquet pour faux et usage de faux. Leur comparution est fixée au 30 juin 2026 devant le tribunal correctionnel de Mamoudzou. Le rapporteur public a estimé que ces faits individuels ne justifiaient pas une inéligibilité collective.
Les réactions des deux camps
Assani Saindou s’est dit confiant à l’issue de l’audience. Selon La1ère, il a déclaré : « Nous sommes prêts à repartir en campagne pour que les Bouéniens choisissent librement leurs élus. » De son côté, Mirhane Ousseni, joint par Mayotte Hebdo, a indiqué respecter la décision du tribunal et se tenir prêt pour une éventuelle nouvelle élection.
L’atmosphère à Bouéni reste calme. Aucun incident n’a été signalé depuis l’audience.
Contexte dans le département de Mayotte
Cette affaire intervient dans un climat politique mahorais marqué par plusieurs contentieux électoraux. En 2025, les municipales de Mtsamboro avaient déjà été annulées par le tribunal administratif pour des irrégularités similaires, conduisant à une nouvelle élection. Bouéni, commune de l’ouest de Petite-Terre, comptait environ 6 000 habitants en 2026. L’enjeu dépasse le simple cadre local : la gestion de l’eau, de la sécurité et de la reconstruction post-cyclone est au cœur des débats, comme l’a rappelé la réunion des maires présidée par le préfet François-Xavier Poisot en juin 2026.
Le nouveau maire sortant, Mirhane Ousseni, avait lui-même pointé 10 millions d’euros d’anomalies héritées de la gestion précédente, ce qui ajoute une dimension supplémentaire au conflit politique local.
Prochaine étape
Le jugement a été mis en délibéré. Les magistrats devraient rendre leur décision autour du 26 juin 2026. Si elle suit l’avis du rapporteur public, de nouvelles élections municipales devront être organisées à Bouéni dans un délai de deux mois. En attendant, l’équipe municipale actuelle reste en place.
Sources
- Mayotte Hebdo : À Bouéni, 191 procurations pourraient faire annuler les municipales
- La1ère France Info : Élections municipales à Bouéni : le rapporteur public recommande d'annuler le scrutin de mars
- Le Journal de Mayotte : Tribunal administratif : le rapporteur public recommande l'annulation du scrutin de Bouéni