Mboinkou : un programme psychologique pour soigner les plaies invisibles de Chido

À Mayotte, un an et demi après le cyclone dévastateur, l'accompagnement psychologique des victimes s'organise enfin dans la durée.

Mboinkou : un programme psychologique pour soigner les plaies invisibles de Chido
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

Le 9 avril 2026, un programme d'accompagnement post-trauma a été lancé à Mboinkou. Il vise les victimes du cyclone Chido, frappé le 14 décembre 2024. Un territoire déjà fragilisé, une réponse qui se structure laborieusement.

Le cyclone Chido a tué 40 personnes, fait 41 disparus et détruit une partie des infrastructures de Mayotte. Mais c’est l’autre bilan - celui qu’on ne voit pas - qui préoccupe aujourd’hui les professionnels de santé. Selon une étude publiée en 2025, 50 % de la population mahoraise souffre d’un traumatisme psychologique post-Chido, et 11 % - soit entre 35 000 et 40 000 personnes - d’un état de stress post-traumatique avéré.

Un territoire sinistré avant même la catastrophe

La situation n’était pas saine avant le 14 décembre 2024. Mayotte ne comptait que 23 psychologues pour 100 000 habitants en 2023, soit cinq fois moins qu’en Hexagone, selon France Info. Dix lits en psychiatrie pour plus de 300 000 habitants. Des délais de 8 à 12 mois pour un premier rendez-vous en pédopsychiatrie, selon Afrique XXI. Chido a aggravé une situation déjà critique, en détruisant partiellement les infrastructures médicales elles-mêmes.

Le contexte social pesait aussi. En 2020, 59 % des Mahorais de 14 ans et plus se sentaient en insécurité, contre 19 % en Hexagone, rappelle Afrique XXI. Des vulnérabilités préexistantes que le cyclone a amplifiées brutalement.

Une réponse d’urgence, puis une structuration progressive

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Dans les jours suivant la catastrophe, les Cellules d’Urgence Médico-Psychologique (CUMP) ont été déployées. Soixante professionnels se sont relayés du 18 décembre 2024 au 5 février 2025, selon la revue Santé Mentale. Un renfort national, mais temporaire par définition.

Depuis, l’association Terra Psy, financée par la Fondation de France, a installé des cellules d’écoute dans les écoles. Huit psychologues formés au psycho-traumatisme accompagnent élèves et enseignants, rapporte Mayotte Hebdo. En parallèle, un cluster santé mentale a été créé en 2025, réunissant l’ARS, le rectorat, le conseil cadial et des associations. Sa particularité : intégrer les foundis, les guérisseurs traditionnels, dans la coordination des soins, selon Outremers360.

Mboinkou, étape d’un dispositif plus large

Le programme lancé le 9 avril 2026 à Mboinkou s’inscrit dans cette dynamique de territorialisation de la réponse psychologique. Les modalités précises - nombre de bénéficiaires visés, professionnels mobilisés, durée - n’ont pas encore été détaillées publiquement à ce stade.

La loi d’urgence pour Mayotte, adoptée le 24 février 2025, prévoit des financements pour la reconstruction, incluant potentiellement le renforcement des services de santé mentale, selon l’ARS Mayotte. Chido reste, rappellent les Annales of Global Health, le cyclone le plus violent à frapper l’île en 90 ans.

Prochaine étape : l’ARS Mayotte prépare le Projet Territorial de Santé Mentale (PTSM) 2026-2030, avec des formations continues sur le psycho-traumatisme prévues dès cette année. Un cadre qui devra tenir dans la durée, là où les dispositifs d’urgence ont montré leurs limites.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Correspondant à Mamoudzou, suit les tensions sur l'immigration comorienne, les débats sur la départementalisation, les projets hospitaliers et les infrastructures. Formé à l'IUT info-com de La Réunion, il a grandi à Mayotte. Posture éditoriale : interroger les élus, les associations, les préfets, croiser les rapports de l'INSEE avant de publier.

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