Mchangani : campagne pour l’eau potable dans un territoire à sec
Lancée le 13 avril 2026, la mobilisation locale s'inscrit dans une crise hydrique structurelle qui dure depuis près de dix ans à Mayotte.
À Mchangani, dans le nord de Mayotte, des habitants se mobilisent pour réclamer un accès fiable à l'eau potable. Le village d'Hamjago subit des coupures de plus de 48 heures. Derrière cette campagne locale, une crise qui touche l'île entière.
Le 13 avril 2026, une campagne pour l’accès à l’eau potable est lancée à Mchangani, commune du nord de Mayotte. Le contexte est connu : coupures répétées, eau non conforme, population contrainte de faire bouillir avant de consommer. Mais les habitants, cette fois, ne comptent plus attendre.
Hamjago sans eau depuis 48 heures
Dans le village d’Hamjago, les coupures atteignent régulièrement plus de deux jours consécutifs. Un habitant a choisi la protestation directe : il s’est présenté avec son savon et sa serviette dans les locaux de la Société mahoraise des eaux pour y prendre sa douche, selon La 1ère.
Ce geste symbolique illustre une exaspération partagée. En avril 2026, l’eau du robinet est déclarée non conforme pour tout le centre et le sud de l’île, selon La 1ère. Les deux tiers de la population n’ont pas accès à une eau potable directement consommable.
Un déficit de 10 000 m³ par jour
Les chiffres sont stables depuis 2025 et ils ne rassurent pas. La production quotidienne d’eau potable à Mayotte tourne autour de 37 000 m³, selon La 1ère, pour des besoins estimés à 47 500 m³. Soit un déficit de 10 000 m³ chaque jour. Trente pour cent de la population n’est toujours pas raccordée au réseau.
Les retenues collinaires de Combani et Dzoumogné affichent des niveaux à 49-50% de capacité, moins bons qu’à la même période en 2024, d’après Mayotte Hebdo. La sécheresse de 2023 et le cyclone Chido de décembre 2024 ont aggravé une situation déjà fragilisée. Selon France 24, la crise est structurelle depuis 2017, avec 92% de la ressource dépendante de la pluviométrie.
Des plans sur la table, des travaux à venir
La réponse institutionnelle existe. Le Plan Eau Mayotte 2024-2027, financé à hauteur de 350 millions d’euros par l’État, vise la fin des pénuries d’ici fin 2026, selon le site Vie publique. Il prévoit notamment une usine de dessalement à Ironi Bé - 10 000 m³/jour - dont la mise en service est attendue en 2027, et une troisième retenue collinaire. Les travaux doivent démarrer en 2026.
La stratégie quinquennale 2026-2031, présentée par Bâtisseurs d’Outre-mer, alloue 730 millions d’euros au secteur eau et assainissement, avec 26 millions supplémentaires débloqués en 2026 via la loi de finances. Le Syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA) pilote le service dans le cadre d’un contrat de progrès 2022-2026.
Sur le plan politique, la députée Anchya Bamana a lancé une pétition nationale pour exiger des mesures immédiates.
Un plan ORSEC « eau » est également en préparation pour anticiper les pénuries saisonnières, selon La 1ère. Les premières sécheresses à Mayotte remontent aux années 1980. La démographie, avec une croissance de 3,8% par an, pousse les besoins à la hausse : +27% estimés entre 2017 et 2027, d’après une étude de l’ONG Solidarités International.
Prochaine étape : la mise en service de l’usine de dessalement d’Ironi Bé est prévue pour 2027. D’ici là, les habitants de Mchangani et d’Hamjago ne savent pas encore quand leur robinet coulera sans interruption ni mise en garde.
Sources
- La 1ère : Un habitant d'Hamjago prend sa douche dans les locaux de la Société mahoraise des eaux
- France 24 : Gestion de l'eau à Mayotte : trois ans de coupures et un procès qui pointe des dysfonctionnements
- Mayotte Hebdo : Crise de l'eau : une ressource en eau moins bonne dans les retenues qu'en 2024
- Bâtisseurs d'Outre-mer : Eau et assainissement à Mayotte : la stratégie 2026-2031 face à un enjeu vital